50 % + 1: Layton rajuste le tir

Jack Layton a affirmé hier qu’il reconnaîtrait le résultat d’un référendum où le Oui récolterait 50 % des voix plus une.<br />
Photo: Agence Reuters Chris Wattie Jack Layton a affirmé hier qu’il reconnaîtrait le résultat d’un référendum où le Oui récolterait 50 % des voix plus une.

Ottawa — Il n'aura fallu que 48 heures à Jack Layton pour clarifier sa position sur la clarté référendaire. Devant les critiques unanimes de l'Assemblée nationale, le chef du Nouveau Parti démocratique et nouveau chef de l'opposition officielle à la Chambre des communes a réitéré hier qu'il reconnaîtrait le désir des Québécois de se séparer du Canada dès lors que le camp du Oui récolterait 50 % plus une voix lors d'un référendum.

«Ce qui constitue une majorité, c'est 50 % + 1», a déclaré M. Layton en conférence de presse hier, alors qu'il présentait son cabinet fantôme. «C'est clair comme de l'eau de roche que c'est la politique de notre parti depuis cinq ans.»

Mardi, M. Layton s'était fait demander à neuf reprises par les journalistes s'il appuyait toujours la règle du 50 % +1. Il avait louvoyé sans jamais reprendre à son compte ces chiffres. Il avait plutôt évoqué l'avis de 1998 de la Cour suprême en disant que la meilleure chose à faire en cas de référendum gagnant serait de suivre la voie tracée par le tribunal. Il laissait du coup entendre que la «déclaration de Sherbrooke» que le NPD s'est donnée en 2005, et qui contient ce seuil, ne tenait plus. Ce n'est pas le cas, a-t-il assuré hier.

«La décision de la Cour suprême a dit qu'on a besoin d'une majorité claire et notre déclaration de Sherbrooke a chiffré cette majorité à 50 % +1.»

M. Layton a essuyé de vives critiques de la part de The Gazette hier, le quotidien montréalais lui reprochant d'appuyer un seuil contraire à l'esprit de la Loi sur la clarification, dite loi sur la clarté. «Peut-être a-t-il besoin de se faire rappeler que son titre complet est désormais "chef de l'opposition loyale de Sa Majesté". Répudier la Loi sur la clarification implique un manque de loyauté envers le Canada et sa sauvegarde et fait paraître Layton indigne de sa nouvelle fonction.»

Une autre équipe au front

M. Layton a surtout présenté l'équipe qu'il enverra au front pour donner la réplique aux ministres conservateurs. Et cette équipe est populeuse. En tout, Jack Layton s'est adjoint les services de 42 députés pour faire face à 38 ministres. Du lot, 18 proviennent du Québec, soit 42 % du total alors que sa députation québécoise représente 57 % de tout son caucus. Il fait la part belle aux nouveaux élus (19 d'entre eux) et aux femmes (17).

Certaines grosses pointures semblent perdre de l'importance. C'est le cas de Thomas Mulcair, qui perd son poste de critique en matière de finances pour devenir le leader parlementaire. C'est le cas aussi de Françoise Boivin, qui a déjà été députée libérale et qui n'obtient que le poste de critique en matière de condition féminine. Nathan Cullen, élu en 2004, perd son poste de critique en matière d'environnement. Quant au vétéran Pat Martin, une sorte d'Amir Khadir dont la verve et les remarques incisives font sa marque de commerce, il n'obtient que le poste de critique pour la Commission canadienne du blé.

M. Layton s'est montré rassurant en indiquant que d'autres annonces étaient à venir très bientôt. Les postes de porte-parole adjoints doivent encore être pourvus, tout comme ceux de whip et de whip adjoint et la présidence du Comité des comptes publics, toujours réservée à l'opposition officielle.

M. Layton ne croit d'ailleurs pas que le poste de critique à la condition féminine n'en soit pas un d'importance. «Le gouvernement Harper a attaqué le ministère des affaires des femmes et on anticipe une grande lutte avec M. Harper sur ce dossier.»

Le trio économique de M. Layton sera composé de la Torontoise Peggy Nash (Finances), du Québécois Alexandre Boulerice (Conseil du Trésor) et de Peter Julian (Industrie). Le comédien montréalais Tyrone Benskin affrontera James Moore au patrimoine et Hélène Laverdière, cette ancienne diplomate qui a délogé Gilles Duceppe, aura la responsabilité de la coopération internationale. L'ancienne dirigeante syndicale dans la fonction publique fédérale Nycole Turmel donnera la réplique à Rona Ambrose aux travaux publics et Romeo Saganash sera aux ressources naturelles.

Le syndicaliste Claude Patry (Jonquière-Alma) reçoit le dossier de l'assurance-emploi. Enfin, le Québécois Raymond Côté (Beauport-Limoilou) donnera la réplique à Maxime Bernier aux petites entreprises et au tourisme.

N'y a-t-il pas un risque de confier autant de postes de critique à des néophytes? «On a besoin de nouvelles voix à la Chambre des communes», a soutenu M. Layton, avant d'ajouter qu'«il y a certains mythes par rapport à la nécessité d'avoir beaucoup d'expérience à la Chambre des communes».
20 commentaires
  • helene poisson - Inscrite 27 mai 2011 00 h 19

    1h. plus tard dans les Maritimes mais 48h. après au NPD...

    Nouvelle version donc de M. Layton, en attendant la prochaine.
    Le NPD reconnaîtrait la majorité de 50% 1.
    Mais reconnaîtrait-il la ''clarté'' de la question référendaire ?
    Question purement théorique, M. Harper est majoritaire pour l'instant.
    Et le NPD implosera, selon Mme Payette dans sa chronique.
    ''Tell us again about freedom and democracy'' disait la poète Michèle Lalonde dans ''Speak White''.

    Au Québec, le congé férié du 23 mai souligne la Fête des Patriotes.
    Trois jours plus tard, voici l'unique déclaration émise par M. Layton à l'occasion de ce congé férié. Quand en aurons-nous une nouvelle version?
    (source: npd.ca):

    ''Déclaration de Jack Layton, chef du NPD, à l’occasion de la fête de Victoria
    Le 18 mai 2009

    La fête de Victoria vise à rend hommage à la reine Victoria, première souveraine de la confédération du Canada, et à souligner la naissance de l’actuelle reine du Canada, Sa Majesté Elizabeth II. Ce jour nous rappelle la place qu’occupe le Canada au sein du Commonwealth et nos racines européennes. Il nous rappelle également notre histoire ainsi que les triomphes et les tragédies qui ont ponctué l’édification de notre pays.

    De nombreux Canadiens profiteront de cette longue fin de semaine pour se détendre, pour voir des membres de leur famille ou pour passer du temps ailleurs qu’à la maison. Au nom des néo-démocrates du Canada, je vous souhaite une très belle fête de Victoria.''
    (fin)

    Pour le congé férié du premier juillet, le titre de la déclaration de M.:
    Layton sera-t-il en français
    ''Mon Canada comprend le Québec'' et en anglais
    ''My Canada includes Quebec'' ?

  • Pascal Travers - Inscrit 27 mai 2011 01 h 14

    Jack à pas le choix

    Juste de demander au Canadien, si ils reconaitrais la décision des Québecois positive à une césession avec le Canada à pas d'allure. Une preuve de faiblesse, un sentiment d'inférieurité envers le Canada et le monde entier. Ont n'ai libre et très riche. Moi je vote pour une équipe olympique de 24 joueurs Québecois avec un entréneur Québecois et un président Québecois au lieu de 1 à 3 joueurs dans l'Équipe Canada. Nous somme invisible dans le monde entier......

  • jean brunet - Inscrit 27 mai 2011 07 h 31

    Opinion

    Le mons que l'on ouissse dire, c'est que le NPD est sous surveillance même par les fédéralistes Qc.

  • Roland Berger - Inscrit 27 mai 2011 07 h 38

    Layton a raison

    « il y a certains mythes par rapport à la nécessité d'avoir beaucoup d'expérience à la Chambre des communes », a déclaré Layton. Il a tout à fait raison. Il est tellement rare que se tiennent de vrais échanges à la Chambre des Communes. La naïveté des nouveaux élus perturbera sans doute la langue de bois usuelle, le temps de quelques sessions. Après, tout rentrera dans le désordre habituel.
    Roland Berger

  • Bernard Gervais - Inscrit 27 mai 2011 08 h 11

    Sur une corde raide !

    Vu le nombre énorme de députés québécois, que compte son équipe depuis le 2 mai, et les critiques venues de l'Assemblée nationale, Jack Layton n'avait pas d'autre choix que de rajuster sa position concernant la règle du 50 % 1.

    Toutefois, qu'en penseront les élus néo-démocrates des autres provinces ? Pas de doute, le chef du NPD est bel et bien pris entre l'arbre et l'écorce. Et ce n'est pas fini !

    Quant à son cabinet fantôme, il compte des noms intéressants (Mulcair, Turmel, Boivin...). Cependant, qu'est-ce que cela va changer. Même quand il était minoritaire, le gouvernement conservateur portait peu attention aux demandes des partis d'opposition. Imaginez ce que ce sera maintenant !