Sondage Léger Marketing-Le Devoir - Layton jugé le mieux placé pour bloquer Harper

Jack Layton
Photo: Agence Reuters Mike Cassese Jack Layton

Un peu de lassitude et une grande soif de nouveauté. C'est parce qu'ils estimaient que Jack Layton était mieux placé pour bloquer une majorité conservatrice et qu'ils voulaient du changement après 20 ans de présence du Bloc québécois que les électeurs québécois ont délaissé le Bloc au profit du NPD, révèle un sondage Léger Marketing-Le Devoir.

Le coup de sonde réalisé jeudi et hier auprès de 1022 Québécois ayant voté le 2 mai montre ainsi que la vague néodémocrate a pris sa source quand le «Bloc a perdu le monopole de l'idée qu'il était le seul parti capable de bloquer les conservateurs», soutient Sébastien Dallaire, directeur de la recherche en affaires publiques chez Léger Marketing.

Chez les anciens électeurs bloquistes ayant voté pour le NPD, l'idée de bloquer une majorité conservatrice a influencé le choix d'opter pour M. Layton dans 50 % des cas, indique le sondage. La firme proposait une vingtaine de choix de réponse aux personnes sondées et leur demandait de sélectionner les trois plus importantes.

Le sondage révèle donc également que la lassitude envers les «autres partis» — y compris le Bloc québécois — et le besoin de «changement» a pesé lourd (41 %) dans la décision des bloquistes de se détourner de Gilles Duceppe. La longévité de son parti — pourtant célébrée en grande pompe l'été dernier — a aussi eu une influence négative. Le tiers des ex-bloquistes estime qu'après «20 ans de Bloc québécois, il était temps de passer à autre chose».

Parmi les autres réponses populaires chez les anciens bloquistes devenus néodémocrates, on observe la proximité des valeurs entre le NPD et le Bloc (28 %) ainsi que l'idée de faire en sorte que le Québec «joue un rôle plus constructif à Ottawa» (19 %).

De leur côté, 45 % des électeurs néodémocrates ont mentionné qu'ils en «avaient assez des autres partis et [qu'ils] voulaient du changement».

Derrière ce besoin de nouveauté, 34 % voulaient «bloquer une majorité conservatrice» et estimaient que le NPD était la meilleure option en ce sens — alors que Gilles Duceppe a martelé chaque jour de la campagne que seul le Bloc était en mesure de bloquer cette majorité. «Jack Layton a réussi à s'imposer comme étant une alternative viable au Bloc», note M. Dallaire.

Finalement, un tiers des électeurs du NPD a fait son choix parce qu'il estimait qu'après «20 ans de domination du Bloc québécois, il était temps de passer à autre chose.» La présence de Jack Layton n'arrive qu'en quatrième place de ce palmarès, s'étonne Sébastien Dallaire, ce qui «contredit l'idée que les gens ont voté seulement pour M. Layton».

Intérêts

Ceux qui ont voté pour le Bloc québécois l'ont fait dans une large mesure (55 %) parce qu'ils croient que le parti est le «meilleur pour défendre les intérêts du Québec». D'autres (36 %) n'avaient pas le choix: étant souverainistes, ils ne se voyaient pas voter autrement. L'idée que le Bloc «comprend mieux les besoins des Québécois» a pesé dans la décision du tiers des électeurs bloquistes.

Moins importantes, les préoccupations liées à la protection de la langue française et à la nécessité de contrer une majorité conservatrice ont influencé un électeur bloquiste sur cinq. Quelque 18 % ont aussi pris en compte le fait qu'ils connaissaient bien leur député et voulaient qu'il soit élu.

Quant aux électeurs libéraux, 46 % voulaient bloquer une majorité conservatrice et 24 % croyaient que «le parti est le meilleur pour assurer l'avenir des programmes sociaux, dont la santé», ce qui a été le thème central de la campagne de Michael Ignatieff. La confiance dans les qualités du chef libéral a d'ailleurs compté dans le choix de 21 % de ses électeurs québécois, ce qui en fait le troisième facteur d'importance.

Chez les électeurs conservateurs, c'est l'idée d'«obtenir un gouvernement majoritaire et de mettre fin aux querelles parlementaires» qui a recueilli le plus d'appuis (49 %), suivie par les questions d'ordre économique: 39 % des conservateurs croient que le parti de Stephen Harper «est le meilleur pour assurer la stabilité et la croissance économiques» et pour gérer les dépenses publiques (27 %).

«Dans le cas des libéraux et des conservateurs, on peut voir que le message central de chaque parti a bien passé auprès de leurs électeurs. Mais ça ne leur a pas permis d'élargir leur base», dit M. Dallaire.

Le NPD à la fin

Le sondage démontre par ailleurs que les électeurs bloquistes et conservateurs avaient bien souvent fait leur choix avant le débat des chefs en français (73 % et 65 % respectivement), et même avant le déclenchement de la campagne électorale (62 % et 46 %).

À l'inverse, seulement 34 % des électeurs néodémocrates avaient décidé de voter NPD avant le débat des chefs. Le NPD a donc fait le plein de son vote (64 %) dans les deux semaines suivant le débat. 22 % se sont décidés durant la dernière semaine, 6 % lors de la dernière fin de semaine, et 14 % lors de la dernière journée.

«Le débat aura vraiment été un moment charnière pour M. Layton, indique Sébastien Dallaire. C'est très rare de voir un tel renversement de vapeur.»

Le sondage a été réalisé auprès de 1022 Québécois ayant voté le 2 mai. La marge d'erreur est de 3,1 %. Les données ont été pondérées en fonction des résultats du vote au Québec (les électeurs néodémocrates représentent par exemple 43 % de l'échantillon).

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