Le Parti libéral est anéanti

Souriant malgré tout, Michael Ignatieff a suivi le déroulement de la soirée électorale en compagnie de sa femme, Zsuzsanna Zsohar.<br />
Photo: Agence Reuters Mike Cassese Souriant malgré tout, Michael Ignatieff a suivi le déroulement de la soirée électorale en compagnie de sa femme, Zsuzsanna Zsohar.

Toronto — Le Parti libéral de Michael Ignatieff a été aplati par les rouleaux compresseurs conservateur et néodémocrate hier soir, concédant à l’un sa troisième victoire et passant à l’autre le statut d’opposition officielle à la Chambre des communes. Il enregistre le pire résultat de son histoire, ne réussissant même pas à faire élire son chef, Michael Ignatieff. Il restera quand même en poste pour rebâtir le parti.

Les mines étaient basses au Sheraton Centre de Toronto hier soir, où se réunissaient les libéraux pour écouter la soirée électorale. À peine une poignée de militants s’étaient déplacés et seuls les stratèges de tout acabit sillonnaient la salle, mine sombre et regard ébahi par l’ampleur du revirement. Certains pleuraient.

Le Parti libéral a terminé la soirée avec 34 sièges, soit 43 de moins qu’au moment de la dissolution du Parlement. Il s’agit du pire résultat de son histoire, le précédent ayant été les 40 sièges obtenus sous John Turner en 1984. Pour la première fois, il ne formera même pas l’opposition officielle à Ottawa. Tous les gros noms sont tombés au combat. Au Québec, à peine six ont tenu le coup: Justin Trudeau, Denis Coderre, Stéphane Dion, Irwin Cotler, Massimo Pacetti et Francis Scarpaleggia, tous sur l’île de Montréal. Même les Marc Garneau (Westmount), Marlene Jennings (Notre-Dame-de-Grâce), Bernard Patry (Pierrefonds-Dollard) et Pablo Rodriguez (Honoré Mercier), pourtant dans des circonscriptions confortables, sont tombés au combat.

En Ontario, c’était l’hécatombe. Des 37 sièges que le PLC détenait à la dissolution, il n’en a conservé que 12. Ken Dryden a perdu et Michael Ignatieff a été défait par le NPD dans Etobicoke-Lakeshore. En Colombie-Britannique, le PLC s’est accroché à deux de ses cinq sièges.

Michael Ignatieff a pris la parole à 23h15. Il a offert ses félicitations à Stephen Harper et à Jack Layton. «La démocratie nous enseigne des leçons difficiles, a-t-il dit d’une voix profonde. Nous devons être assez grands, avoir le cœur assez grand, être assez courageux pour écouter les leçons que le peuple canadien a enseignées à notre parti ce soir [hier]. Les chefs doivent aussi être assez grands pour accepter la responsabilité historique de leurs défaites historiques. J’accepte mes responsabilités pour ce qui est arrivé.» M. Ignatieff s’est dit malgré tout «très fier de la campagne» qu’il a menée. «Nous avons tenté de faire une campagne différente».

«Il y avait un désir de changement, a analysé M. Ignatieff. On peut être fier du rôle que nous avons joué pour amorcer ce changement. Malheureusement, nous n’en avons pas été le bénéficiaire.»

Il a laissé entendre qu’il resterait en poste tant que le parti le voudra bien. «Je vais jouer quelque rôle que le parti voudra bien que je joue, a-t-il conclu, sous les applaudissements de la petite foule. Je ne suis pas venu en politique canadienne pour voir cette tradition [libérale] mourir. Pour la transformer, la renouveler, la réformer et la faire grandir, je vais avoir besoin de l’aide de tous les libéraux pour rester avec moi pour reconstruire ce parti. Je vais servir tant et aussi longtemps que le parti voudra que je serve.»

M. Ignatieff tiendra une conférence de presse ce matin à Toronto et donnera plus de détails sur son avenir. Dans son entourage, on expliquait hier soir qu’il resterait en poste seulement si le PLC lui laisse l’occasion de le faire. D’une certaine manière, le parti se sentait soulagé que sa défaite cuisante s’accompagne d’une majorité conservatrice. «Ce sera plus facile de procéder à la reconstruction du parti, explique un proche de M. Ignatieff. C’était difficile de toujours devoir trouver un équilibre entre défendre nos idées et ne pas provoquer une élection. Sans compter être sur le qui-vive électoral en permanence. Là, on pourra se concentrer sur l’avenir.»

Dans les quatre provinces atlantiques, le Parti libéral a tenu à peu près le fort. Des 17 sièges qu’il avait au moment de la dissolution du Parlement, il en a conservé 12. À Terre-Neuve, il a conservé 4 de ses 6 sièges. Le NPD a fait un gain, pour un total de 2 sièges, et le Parti conservateur a pris l’autre avec à peine 231 voix d’avance. Visiblement, les Terre-Neuviens n’ont pas encore pardonné à Stephen Harper d’avoir rompu sa promesse à propos de la péréquation. Dans les trois autres provinces, les libéraux ont obtenu 8 sièges, contre 11 en 2008, sur les 25 en jeu. Les sièges restants sont allés aux conservateurs (13) et aux néodémocrates (4).
9 commentaires
  • Carole Dionne - Inscrite 3 mai 2011 01 h 14

    DÉSOLÉ M IGNATIEFF, VOUS AVEZ CHOISI LE MAUVAIS CHEVAL

    Un qui doit rire dans sa barbe: Denis Coderre. Il a été chassé par Ignatief pour faire plaisir à l'establissement du parti qui soutenait Cauchon. Pourtant. Coderre aurait mené une chaude luette au Québec plutot que le fade Garneau, qui était encore pris entre ciel et terre ou tournait autour de la terre.

  • Nelson - Inscrit 3 mai 2011 01 h 51

    QUAND LE DINAMIQUE POLITIQUE SE CLIVE ENTRE GAUCHE ET DROITE, LES PARTIS DE CENTRE N'ONT PAS DE RAISON D'ÊTRE.

    Les conservateurs rigides de droite au Canada que sont juste 12% des électeurs au Québec et un peu plus du tiers des canadiens, ont réussi à faire peur et faire tomber le pays dans un clivage gauche-droite.

    Les partis de centre comme le libéral n'ont plus de place dans la nouvelle réalité politique canadienne.

    Pourtant il y avait des gens que voulaient une alliance centre-gauche, libéral-NDP, mais Ignatieff n'ai pas voulu embarquer.

  • Richard Deschenes - Inscrit 3 mai 2011 06 h 13

    Dommage

    Désolé pour M. Ignatieff,

    La politique n'est pas faite pour les intellectuels, les partisans du ''fair-play'' et à fortiori les débats d'idées. Les gens sont à la recherche de gens charismatiques et énergiques qui savent manier le discours pour duper ou faire miroiter de belles promesses.

    Le réveil est brutal pour les gens à la recherche de politiques d'ouverture, de respect de l'individu et de libertés.

    Le Canada tel que nous l'avons connu est irrémédiablement voué à son démantèlement et certainement pas pour le mieux; brique par brique au gré de chaque loi qui sera votés par le gouvernement d'Harper.

  • Jacques Morissette - Inscrit 3 mai 2011 07 h 22

    Au Québec.

    Au Québec, il semble qu'on ne voulait pas des Libéraux et qu'on ne voulait plus du Bloc québécois? Dans le cas du Bloc, je pense que ça n'a aucun rapport avec monsieur Duceppe? Les québécois voulaient probablement juste brasser la cage pour des raisons difficile à cerner pour le moment?

    Il ne faudrait pas trop s'en faire avec Harper et sa majorité. Il peut devenir un grand Premier ministre pour tout le Canada, sinon la démocratie pourrait le faire tomber de haut. À moins qu'il décide, avec sa majorité, de tripatouiller les règles de la démocratie à l'avantage de son parti.

    Entre autres, il se vante de ne pas être un interventionniste, ce qui est faux. Mais, il a déjà dit que le gouvernement fédéral ne devrait pas subventionner les partis politiques au fédéral, peut-être à partir de son soi-disant principe de non intervention du gouvernement. Ainsi, les partis politiques vivraient avec les dons des contribuables. Ce serait vraiment inéquitable pour la démocratie.

  • northernbud - Inscrit 3 mai 2011 09 h 19

    Ils ont eu ce qu'ils méritent !

    En ressortant à la dernière minute le vieil épouvantail à Jean Chrétien, ils se sont tirés dans le pied droit. Et le pied gauche boitant déjà, ça laissait plus grand chose sur quoi se tenir. J'espère sincèrement voir cette formation disparaître complètement de l'échiquier politique canadien. Quand tout ce qu'il te reste de députés au Québec sont des êtres aussi vils et pathétiques que les Cotler, Dion et Coderre... Le vieux PET doit se retourner dans sa tombe et c'est tant mieux.