Internet - Les médias sociaux contournent la Loi électorale

Québec — Soirée effervescente sur le Web hier soir alors que Twitter et les médias sociaux ont permis dans un premier temps de contourner la Loi électorale du Canada et dans un deuxième, de déverser un flot d'information et de réactions inouï, reflétant une soirée électorale invraisemblable.

Vers 20h15, alors que les bureaux de vote n'étaient pas encore fermés au Québec, les résultats ont commencé à être divulgués par des dizaines de personnes sur Twitter à l'aide du mot-clic #tweettheresults. Les chiffres présentés n'étaient toutefois pas toujours convergents. Le mot-clic s'est vite hissé au sommet du palmarès des thèmes les plus discutés au Canada et au troisième rang au monde.

L'article 329 de la Loi électorale du Canada a pour effet d'interdire de diffuser «le résultat ou ce qui semble être le résultat du scrutin d'une circonscription dans une circonscription avant la fermeture de tous les bureaux de scrutin de cette dernière», selon ce qu'a rappelé John Enright d'Élections Canada au Devoir hier.

Si plusieurs se réjouissaient de transgresser l'interdit, d'autres s'amusaient à le railler. «Ce mot-clic est-il illégal? #tweettheresults», écrivit l'un. Un autre affichait un message Twitter complètement caviardé. Des plaisantins encodaient leurs gazouillis en assimilant les couleurs des partis à certaines équipes de hockey: «Il n'y a pas encore de Nordiques sur la glace!» écrivait l'un.

On a vite compris que la tendance était favorable dans les Maritimes au NPD dans plusieurs messages sur Twitter. Par exemple, la reporter de CBC, Rosemary Barton, a laissé entendre qu'elle avait perdu une gageure lorsqu'elle a écrit: «Ce message n'enfreindra pas la loi, mais je dois maintenant un souper à @KarleBElanger.» M. Bélanger est l'attaché de presse de Jack Layton.

Des internautes actifs sur Twitter signalaient que les Américains encourageaient les Canadiens à leur envoyer les résultats par courriel afin qu'ils les publient sur Twitter à leur tour. Un tel stratagème contournerait l'esprit de la Loi électorale.

CBC Newsworld a diffusé, en totale contravention de la Loi, les résultats des Maritimes, alors que les bureaux du Québec n'étaient pas fermés. Vers 21h6, la diffusion a été cessée abruptement: le message «Sorry we're experiencing technical difficulties» est alors apparu.

Déferlement de messages


À partir de 22h, les résultats ont déboulé et les messages de profonde surprise se sont multipliés sur Twitter. «Fini l'axe souverainiste-fédéraliste à Ottawa. La bataille se fera maintenant gauche-droite», écrit Frédéric Baril.

Journaliste à Québec, Rémy Charest a résumé la nouvelle donne en écrivant: «Majorité NPD au Québec, majorité conservatrice ailleurs. Société distincte, anyone?»

Marie-Pierre Isabelle, présidente de la Commission jeunesse, a écrit: «On parle Canada dans le Québec :) et le Québec parle Canada!»

L'ancien animateur de radio et ex-conseiller politique de Jean Charest, Jacques Tétrault, a fait remarquer que «le député vendeur de balayeuses, André Arthur... aspiré par la vague!» Un autre ancien animateur, Winston McQuade, a publié ce message: «Je verse une grosse larme pour tous les travailleurs du monde culturel, dont je suis.»

Un peu avant 23h, un anonyme sur Twitter, Antagoniste_net, a eu ce trait d'esprit: «Les autres grands perdants de l'élection: les sondeurs et les sites de projections.»

Par ailleurs, ceux qui ont publié des résultats avant l'heure permise sur le Web s'exposent à une amende maximale de 25 000 $. Il serait pourtant

étonnant qu'Élections Canada puisse sévir compte tenu du nombre incommensurable de violations constatées. Lors des élections fédérales du 27 novembre 2000, un blogueur de Colombie-Britannique, Paul Charles Bryan, a voulu contester cette limite en transmettant les résultats électoraux des circonscriptions du Canada atlantique et en les affichant sur son site Web, alors que des bureaux de vote restaient ouverts dans l'Ouest. Il a été accusé, en a appelé de la décision et s'est rendu jusqu'en Cour suprême, laquelle a tranché en 2007: le blogueur n'avait pas le droit de divulguer ces informations. M. Bryan a dû payer les 1000 $ d'amende.