Quand la machine électorale s'enraye

Vieux routier des campagnes électorales, Gilles Duceppe a semblé déstabilisé par la montée du NPD ces dernières semaines.<br />
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Vieux routier des campagnes électorales, Gilles Duceppe a semblé déstabilisé par la montée du NPD ces dernières semaines.

1. L'usure de l'opposition

Gilles Duceppe a lui-même alimenté la réflexion populaire sur la longue présence du Bloc québécois à Ottawa lorsque le parti a organisé une tournée en 2010 pour souligner les 20 ans de l'élection de Duceppe à la Chambre des communes. Déjà 20 ans, se sont dit plusieurs électeurs...

Gilles Duceppe, qui menait une campagne sans histoire, à la limite, terne, où il répétait ses lignes habituelles — notamment qu'il défend les intérêts du Québec avant tout — n'a pas bien mesuré le goût du changement des électeurs. Le discours n'a pas été adapté, renouvelé, et le mauvais slogan de campagne, «Parlons Qc», a entretenu l'idée — pas toujours justifiée — que le Bloc ne fait que parler sans pouvoir changer les choses. Sur le terrain, on sentait les appuis du Bloc plus fragiles dès les premiers jours.

2. Le débat des chefs: remporter la bataille, perdre la guerre

Remporter d'une manière décisive le débat des chefs ne garantit pas une victoire dans les urnes. La campagne 2011 en est une preuve éloquente, alors que les Québécois ont largement donné Gilles Duceppe gagnant lors de cette joute oratoire, selon les coups de sonde des firmes CROP et Léger Marketing. Le chef du NPD s'est classé deuxième, devant Harper et Ignatieff.

Or, dans une campagne où la fatigue des électeurs envers le Bloc commençait à poindre, la bonne performance de Jack Layton lui a permis de se présenter comme une solution de rechange aux yeux de beaucoup d'électeurs tentés par le changement.

Alors que Harper inspire encore la crainte et que le Parti libéral continue de traîner le boulet des commandites, Jack Layton est apparu comme une nouveauté, même s'il en est à sa quatrième campagne électorale. Le choix est tout à coup devenu, chez les francophones, entre le Bloc et le NPD. D'un côté, un Gilles Duceppe qui paraît souvent enragé. De l'autre, un Jack Layton souriant qui revient d'une maladie.

3. La chute, sans contre-attaque

Les premiers sondages après les débats des chefs ont montré une rapide progression des intentions de vote pour le NPD au Québec. En dix jours, les appuis du Bloc québécois sont passés de 38 % à 28 %. Le NPD a bondi de 24 % à 35 %. Soudainement, les électeurs du Bloc et du NPD sont devenus des vases communicants. Mais comment freiner cette chute, alors que le Bloc a planifié et mené toute sa campagne autour de la crainte de la droite et d'un gouvernement conservateur majoritaire? Gilles Duceppe et son entourage ont passé plusieurs jours à ne pas croire les sondages et à ne pas contre-attaquer. Puis, la caravane bloquiste a été incapable de changer de cap pour tirer également à gauche.

4. Les bonzes souverainistes à la rescousse

Aux yeux des nationalistes «mous» ou des électeurs qui ne se définissent pas avant tout par la place du Québec dans le Canada, Gilles Duceppe a accentué l'impression d'un parti qui tourne en rond, avec son grand discours sur la souveraineté prononcé au congrès du Parti québécois, le 17 avril. La chute dans les sondages s'est accélérée dans la semaine suivante.

En quelques jours, les intentions de vote pour le Bloc ont dégringolé sous l'appui à la souveraineté du Québec, généralement autour de 35 % à 39 % dans les sondages. Pour ramener les brebis égarées, le Bloc a fait appel à Jacques Parizeau et Gérald Larose, des figures de proue du mouvement, mais qui sont dans l'arène depuis des décennies... accentuant l'impression d'immobilisme. Les coups de sonde montrent que l'hémorragie des appuis du Bloc a été arrêtée, alors que les purs et durs sont restés à bord du bateau bloquiste, mais les intentions de vote n'ont pas remonté.

5. Une opération «sortie de vote» délicate

La machine du Bloc québécois sur le terrain peut-elle sauver les meubles et permettre des victoires inattendues lundi? C'est possible. Mais plusieurs organisateurs avouent qu'ils hésitent à mettre toute la gomme sur la sortie du vote. C'est que le pointage effectué dans les circonscriptions depuis le début de la campagne ne tient plus la route. La montée du NPD a été si rapide et si largement réalisée aux dépens du Bloc québécois que beaucoup d'électeurs s'étant identifiés comme bloquistes en début de campagne sont aujourd'hui des néodémocrates en attente. Le Bloc et sa machine pourraient donc aider à faire sortir le vote... pour le NPD s'il ne fait pas attention! Les circonscriptions les mieux organisées refont leur pointage à toute vitesse depuis quelques jours, espérant mieux identifier les bloquistes. Mais, dans les endroits où les bénévoles sont moins nombreux, la machine du Bloc pourrait être discrète afin de ne pas avantager les candidats néodémocrates sans ressources.
7 commentaires
  • Jean-Pierre Bouchard - Inscrit 30 avril 2011 20 h 12

    Départager les clichés des erreurs

    On retrouve beaucoup de choses déjà dites ici. G.Duceppe est essentiellement le même qui a gagné plus d'une campagne. Les médias disent des clichés incroyables lorsqu'on sait qu'on demande aux chefs d'être énergiques et vigoureux. M.Castonguay est peut être tenté par le NPD ou encore le BQ c'est l'un ou l'autre, il sait que si Duceppe aurait été amorphe ou discret comme un Ignatieff on aurait dit que le chef bloquiste est apathique. Là, le curé médiatique a décidé que Duceppe est un enragé et que Saint Jack Lawton en tant que miraculé politicien méritait tous les égards avec sa canne. En voilà un autre cliché sorti par la machine médiatique!

    Le problème du BQ est d'avoir conçu une campagne trop sobre, trop dépouillée et trop concentré autour de la seule figure de G.Duceppe. Duceppe expressif n'a pas mis son équipe autour de lui.
    Le slogan Parlons Québec est oui un échec qui n'aurait jamais dû être accepté tel que l'a exprimé J.F.Lisée. Autre erreur, avoir fait une campagne trop régionale pour répondre aux conservateurs, la campagne nationale est trop devenue régionale par moments.

    L'erreur chez nous tous: citoyens politisés, journalistes c'est de n'avoir pas compris que la protestation politique est devenu une vaste opération de lynchage plus ou moins aveugle au Québec. Le BQ à pensé que Charest est rejeté, non! Toute la classe politique est rejetée.
    Et avant les bloquistes et péquistes, ce sont les libéraux fédéraux et provinciaux puis conservateurs qui sont rejetés dans ce cas les libéraux de Charest ont un sursis. Leur tour viendra avec ou sans Charest si ce dernier à le courage de se représenter!

    Le BQ à bien fait, il survivra au vent fort après lundi.

  • Horace Blunt - Inscrit 30 avril 2011 21 h 36

    Pour moi, ce sera BLOC QUÉBÉCOIS

    Mon choix est sans équivoque. On aura beau argumenter à qui mieux mieux "l'immobilisme" du BLOC en disant qu'il ne peut rien faire n'étant pas au pouvoir, je ne changerai pas d'avis. Premièrement, ce n'est pas vrai. Les députés du BLOC sont extrêmement compétents et ont permis et empêcher bien des choses d'arriver en la défaveur du Québec (et même du Canada). Souvenons nous par exemple des incarcération des jeunes de 16 ans dans les pénitenciers pour adultes, cette excellente idée d'Harper (sarcasme...). Deuxièmement, un gouvernement majoritaire pro-fédéralisme, vous croyez vraiment qu'il sera généreux pour le Québec ?

  • Patrick Seguin - Inscrit 30 avril 2011 22 h 52

    21 ans à radoter la même hargne souverainiste...et à isoler les Québécois...à un moment donné, il faut que ça finisse...


    Au cours des derniers jours, les dénigrements mesquins de Gérald Larose et de Gilles Duceppe envers Jack Layton et l’ensemble des fédéralistes du Québec ont atteint un niveau totalement insupportable…et pas besoin d’être un ardent fédéraliste pour l’avoir ressenti et pour avoir saisi avec le NPD, un véhicule pour manifester notre ras-le-bol de la grande noirceur dans laquelle nous enferme depuis trop longtemps le Bloc. Ce parti, qui ne fait qu’isoler le Québec du pouvoir, avait réussi à nous faire croire que lui seul pouvait parler pour nous et que tous les Canadiens (que nous ne serions pas) nous haissaient…

    Cette semaine, cependant, les Bloquistes ne se sont pas attaqués seulement à des Libéraux fédéraux (démonisés depuis longtemps au Québec), mais à Jack Layton, un anglophone bilingue, sympathique et résolument pas anti-Québec…Bien des Québécois ont été indignés de ces sorties de vieux frustrés et, à mon avis, ce fut le véritable tournant de la campagne au Québec et la consolidation du vote néo-démocrate.

    On a réalisé qu’il pouvait être encore possible d’être fédéraliste et populaire au Québec, mais ça faisait longtemps qu’on avait pas vu cela, étant donné le lessivage de cerveaux continuel du très influent mouvement souverainiste qui carbure aux tentatives continuelles de démontrer que le Canada n’aimerait pas le Québec…En fait, j’ai très honte de l’image d’aboyeur frustré et revanchard que Gilles Duceppe (et toute sa bande de bloqueux) projette des Québécois tant au Québec que dans le reste du Canada.

    Nous avons besoin de gens positifs et qui croient en l’avenir du Québec dans le Canada. Mme Papillon, candidate du NPD dans Québec, est assurée d’avoir mon vote. Car c’est le temps qu’on se DÉBLOQUE et qu’on participe et influence le Canada…et qu’on fasse entendre efficacement nos voix progressistes du Québec partout au Canada…

    Jérôme Poulin
    Québec

  • lephilosophe - Inscrit 1 mai 2011 07 h 36

    Et dernière erreur en date: Pauline Marois

    Alors que c'est pendant la fin de semaine du Congrès du Parti Québécois que les intentions de vote des Québécois se sont mis à migrer en masse vers le NPD, ce n'est pas en sortant Pauline Marois que cela va aider. Ça ne fait qu'aggraver le mal. On a beau chercher on ne trouve plus de «relève» mobilisatrice au Bloc...

    Bernard Gadoua

  • Céline A. Massicotte - Inscrite 1 mai 2011 08 h 50

    Essentiellement le même?

    Gilles Duceppe est devenu hargneux après sa mésavanture lors de cette course à la chefferie du P. Q. de laquelle il s'est retiré, sous des motifs peu crédibles. Plusieurs dont j'étais, auraient préféré Duceppe à Marois, mais il s'est débiné avant même le début de la campagne à cause des sondages bien sûr. Pourtant, ceux des maisons spécialisées n'étaient pas fiables: on demandait à des citoyens en majorité fédéralistes qui ferait le meilleur chef... du P. Q.! Il ne faut pas oublier non plus que le vote pour le Bloc est à la baisse depuis un bon bout de temps, car à Québec comme à Ottawa le nombre de députés ne reflète en rien la proportion du vote envers un parti...

    Peu après sa mésavanture, on a pu l'entendre et le voir à l'émission L'Infoman, à la SRC, traiter José Verner de conne, aux communes, à micro fermé, et à la précédente campagne fédérale, lors des bulletins de nouvelles il récidivait traitant un candidat, conservateur ou libéral, d'imbécile ou quelqu'autre nom d"oiseau; vrai, ce n'était pas une lumière mais est-ce qu'un tel mépris affiché publiquement honorait cet ambassadeur de la souveraineté qui rêvait peut-être encore d'être un homme d'état? Et des cruches... y en a dans tout les partis.

    Les combats du Bloc concernant les dossiers typiquement québécois sont questionnables. Après s'être fait chipper sa motion de reconnaissance de la nation québécoise au profit d'une "nation dans un Canada uni" , le Bloc a appuyé dernièrement cette motion du NPD "le Québec a le droit de françiser ses immigrants". Il l'a fait au mépris de la réalité (positions répétées de la Cour suprême à l'encontre de la loi 101) position frôlant l'hypocrisie et la lâcheté. Un parti prisonnier de lui-même...

    Le Bloc aurait dû penser à se saborder avant bien avant la défaite. En tant qu'indépendantiste, j'annulerai mon vote, comme avant le Bloc. L'indépendance se fera au Québec.