Larose s'enflamme... puis s'excuse

Gérald Larose
Photo: Jacques Grenier - archives Le Devoir Gérald Larose

Gérald Larose n'avait pas tant envie de «Parler Québec» hier matin que de parler crûment: le président du Conseil de la souveraineté a dû s'excuser en après-midi après avoir qualifié Jack Layton d'«imposteur» et les autres adversaires du Bloc québécois de «crosseurs professionnels».

Visiblement ulcéré par la tournure de cette campagne électorale, M. Larose a sommé le chef néodémocrate de clarifier sa position à l'égard de cinq questions concernant le statut du Québec (loi 101, gestion des fonds en culture, immigration, intégration du principe de la nation québécoise dans la Constitution, etc.). «S'il n'a pas répondu le 1er mai au soir, ce sera un imposteur, et peut-être plus crapuleux parce qu'il se drape du drapeau du progrès social, a lancé l'ancien président de la CSN. Il a des responsabilités plus grandes que les autres: eux, c'est des crosseurs professionnels. Ils ont eu une longue vie pour le prouver.»

M. Larose participait à une activité officielle du Bloc québécois, dans les locaux de la campagne bloquiste à Montréal. Il était entouré de six candidats du parti, dont les têtes d'affiche Vivian Barbot et Bernard Bigras.

Le bouillant souverainiste a lancé qu'une absence de réponse de M. Layton à ses questions indiquerait «qu'il nous prend pour des imbéciles ou des valises. On n'a pas de poignées dans le dos: soyez clair, mon cher Jack! Il faut arrêter de zigonner, et qu'on discute des vraies questions», a-t-il dit.

Quelques heures plus tard, M. Larose reconnaissait qu'il n'avait peut-être pas employé le bon ton pour discuter de ces «vraies questions». «Je regrette sincèrement certains termes inappropriés utilisés», a-t-il indiqué par voie de communiqué. Il a dit souhaiter que le débat électoral «puisse se poursuivre dans le respect mutuel de tous les participants».

M. Larose a expliqué son emportement par la passion qu'il éprouve pour l'avenir du Québec et l'importance des «enjeux soulevés» par l'élection du 2 mai. Mais «cette préoccupation face aux choix qui seront bientôt faits ne saurait justifier d'avoir recours à des termes abusifs à l'égard de membres des autres formations politiques», reconnaît-il.

Duceppe d'accord sur le fond

Interrogé sur la sortie rugueuse de M. Larose, Gilles Duceppe a refusé de prendre le blâme «pour les propos tenus par quelqu'un d'autre». Depuis Drummondville, le chef du Bloc québécois a affirmé que M. Larose «parlait en son nom», même si sa sortie s'est faite dans le cadre d'un événement de campagne du Bloc.

M. Duceppe a indiqué qu'il était «entièrement d'accord sur le fond» — c'est-à-dire que le NPD est un parti «extraordinairement centralisateur, qui a l'option canadienne férocement ancrée», comme l'affirme M. Larose —, mais pas avec les termes employés.

«Ce n'est pas une bonne chose [d'employer ce genre de mots], mais ça arrive quelques fois. Thomas Mulcair l'a déjà fait à la Chambre des communes. Ce sont des débordements verbaux qu'il faut éviter.» Le chef du Bloc a souligné que «certains en font plus souvent que d'autres, c'est dans le style».

L'incident concernant M. Mulcair s'est déroulé le 31 mars 2010. Pour dénoncer le refus d'Ottawa d'offrir une compensation pour l'harmonisation des taxes au Québec, le chef adjoint du NPD avait demandé si Stephen Harper «réalise qu'il est en train de donner des munitions à ceux qui disent que le fédéral, c'est des crosseurs?». Rappelé à l'ordre, il s'était défendu en citant la version anglaise de ses propos: «crosseurs» était devenu «double crossers», soit «traîtres»...

Dernière attaque


Thomas Mulcair a par ailleurs réagi hier aux diverses attaques suggérant que le «NPD ne se démarque pas des autres partis fédéralistes lorsque vient le temps de prendre parti en conformité avec les valeurs canadiennes», comme le répétait hier Bernard Bigras.

Selon M. Mulcair, c'est la «dernière attaque qu'il reste au Bloc» pour tenter de contrer la montée du NPD. «Mais quand on mesure ces attaques à l'aune de nos engagements et de la réalité, on voit que ça ne colle pas», dit-il.

M. Mulcair a rappelé quelques positions de son parti pour contrer le tir: opposition à une refonte de la carte électorale qui désavantagerait le Québec, dépôt du projet de loi C-455 sur l'usage du français comme langue de travail, plein droit de retrait du Québec de programmes fédéraux touchant à ses champs de compétence... «Des attaques comme celle de Gérald Larose aujourd'hui, ou de Jacques Parizeau lundi, c'est la principale raison qui fait que les Québécois veulent du changement aujourd'hui», affirme-t-il.
43 commentaires
  • Benjamin Trottier - Abonné 28 avril 2011 04 h 10

    Et les autres ??

    Est-ce que Jean Chrétien s'est excusé du Scandale des commandites ?

    Est-ce que Jean Charest s'est excusé des pertes astronomiques de la Caisse de dépôt (40 000 millions) ?

    Est-ce que Paul Martin s'est excusé d'avoir caché une véritable fortune dans des paradis fiscaux alors qu'il était... Ministre des finances ?

    Est-ce que Stephan Harper s'est excusé d'avoir été accusé et avec raison d'outrage au parlement, provoquant du même coup une élection qui coutera la bagatelle de 340 millions de dollars ?

  • François Ricard l'inconnu - Inscrit 28 avril 2011 06 h 11

    Pourquoi je ne voterai pas NPD

    Layton : un faux jeton
    Lorsque le Bloc a présenté à la Chambre des Communes une motion pour obliger les grosses compagnies qui font faillite à faire du fonds de retraite des employés un créancier privilégié, Jack Layton a voté NON.
    Jack Layton appuie le projet du Bas-Churchill, et ce à l'encontre des intérêts du Québec.
    En plus de garantir le prêt pour le projet hydroélectrique du Bas-Churchill à Terre-Neuve, comme le propose les conservateurs, le NPD y investirait 375 millions de dollars en argent public. Alors que le Québec a payé seul ses installations hydroélectriques, les Québécois devront payer une partie des sommes qui financeront la concurrence à Hydro-Québec.
    Le NPD accepte le pillage des chômeurs:
    Le NPD se prétend un ardent défenseur des travailleurs et des petites entreprises. Or, tout comme le parti conservateur, le cadre financier du NPD prévoit que le parti détournera à d’autres fins les surplus de la caisse d’assurance-emploi,mentionne un groupe de défense des chômeurs,Les Sans-Chemise. Le NPD a dit OUI au pillage.
    L'Assemblée nationale a voté unanimement l'interdiction du port du kirpan en son sein. M" Harper et M. Ignatieff se sont indignés d'une telle mesure. M" layton a proposé une motion à la Chambre des Communes reconnaissant les cinq symboles sikhs et le droit de les afficher partout.
    Il faut juger un homme à ses actes. Voilà des gestes bien concrets posés par M. Layton.
    Il nous dit une chose et fait le contraire. M. Larose a dit la vérité mais en des termes trop francs. La vérité choque.

  • Socrate - Inscrit 28 avril 2011 06 h 35

    has been

    Il y a beaucoup de has been en politique qui feraient le plus grand bien à la démocrrrrassie en disparaissant tout simplement du décor sans plus...

  • Caroline Moreno - Inscrit 28 avril 2011 06 h 57

    LA FLAMME

    On veut des politiciens qui s'enflamment mais... qui ne passent pas leur temps à demander pardon.

  • Gilles Delisle - Inscrit 28 avril 2011 07 h 12

    Parlons de vulgarité!

    Ce n'est pas un terme impoli qui va changer les vrais choses. Le peuple québécois a très bien compris ce que M. Larose a voulu dire, et sait aussi qu'il a dit vrai. La vraie vulgarité, c'est de nous sortir la face de Chrétien, premier ministre des commandites , artisan du rapatriement unilatéral de la constitution et collaborateur de la Nuit des longs couteaux. C'est de voir dans Portneuf, Bernier et Arthur marchant bras dessus et bras dessous, se vantant d'avoir un dossier d'assiduité irréprochable à la Chambre des Communes, alors que les conservateurs ne présentent aucun candidat dans ce comté. C'est aussi de voir le beau sourire de Mulcair dans Outremont, camouflant son passé d'ex-souteneur d'Alliance-Québec, et tentant de nous faire oublier qu'il fut l'un des plus vicieux députés de l'Assemblée Nationale du Québec. Çà, c'est de la vraie vulgarité!