Duceppe n'avait pas vu venir le NPD

Gilles Duceppe: «Il reste du temps. Je me souviens de campagnes où c’était dur et où on y est arrivé à force d’efforts et de détermination.»<br />
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Gilles Duceppe: «Il reste du temps. Je me souviens de campagnes où c’était dur et où on y est arrivé à force d’efforts et de détermination.»

Gilles Duceppe le reconnaît franchement: il n'avait pas anticipé la zone de turbulence dans laquelle se trouve le Bloc québécois, fortement ébranlé par l'éclosion du NPD dans les sondages.

«C'est plus fort qu'on pensait», a avoué le chef du Bloc québécois au cours d'une entrevue éditoriale avec Le Devoir hier midi. M. Duceppe avait pourtant averti ses députés que la campagne «allait être très dure, qu'il ne fallait sous-estimer personne». N'empêche: le mouvement révélé par les derniers sondages l'a pris par surprise.

Questionné sous tous les angles pour qu'il explique la montée du NPD et ses implications au Québec, Gilles Duceppe s'est réfugié derrière sa politique habituelle qui lui proscrit de faire de la «stratégie ouverte».

Mais plusieurs de ses réponses révélaient un sentiment d'urgence et d'incompréhension. M. Duceppe a paru à court d'arguments pour expliquer les raisons de la dégringolade du Bloc québécois, qui ne suit aucune erreur majeure et qui survient après un bon débat en français pour le chef bloquiste. De même, les raisons du transfert des intentions de vote du Bloc vers le NPD semblent le laisser pantois.

«Il reste du temps, a-t-il dit. Je me souviens de campagnes où c'était dur et où on y est arrivé à force d'efforts et de détermination. C'est ce que je vais faire de toutes mes forces.»

Plus loin: «Je vais lutter jusqu'à la fin.» Et encore: «Je n'ai pas l'intention de manger une volée.» Interrogé à savoir s'il était nerveux, il a répondu: «On est toujours anxieux. C'est normal. En politique, on met notre ego sur la place publique. Je suis le genre à me sentir toujours très responsable. C'est difficile. Mais il faut se dire: "J'y vais, je continue, je mène ce combat jusqu'à la fin." C'est mon état d'esprit.»

Gilles Duceppe dit avoir «de la difficulté à comprendre que [les chefs fédéralistes] puissent affirmer une série de choses qui ne tiennent pas». Plusieurs des promesses phares de Michael Ignatieff et de Jack Layton concernent la santé et l'éducation, des champs de compétence des provinces, a-t-il notamment relevé.

«On se bat actuellement contre des gens qui promettent des choses qui ne peuvent pas se réaliser, et qui ignorent le Québec dans ses intérêts fondamentaux et vitaux, estime M. Duceppe. Ils disent vouloir défendre les intérêts du Québec, et ne le font pas dans les faits. À chaque fois qu'ils ont un rendez-vous avec le Québec, ils le manquent.»

Gilles Duceppe affirme que son défi pour la fin de la campagne sera de faire en sorte que les Québécois ne se «fassent pas leurrer» par ce que Jacques Parizeau a appelé la «poudre aux yeux» des trois partis adverses.

«Il faut revenir [au message] de dire aux gens: "Qui défend les intérêts du Québec?"», a argué le chef du Bloc en rappelant les positions du NPD, des libéraux et des conservateurs sur le Bas-Churchill, le chantier Davie ou la loi 101. «Il faut revenir au fond des choses et regarder les positions [de chacun] sur différents enjeux.»

Quant aux positions du Bloc, il estime qu'elles sont bien connues. «Si on regarde la plateforme qui était la nôtre en 1993 et celle d'aujourd'hui, ce sont fondamentalement les mêmes balises!» s'exclame M. Duceppe.

Ce dernier a par ailleurs affirmé qu'il ne quittera pas la direction de son parti advenant une défaite grave: il sera là pour un mandat entier, a-t-il certifié.
73 commentaires
  • Benoit Fortin - Inscrit 27 avril 2011 01 h 09

    Le tout pour le tout

    Un Bloc faible ferait mal au Québec. Selon moi, il doit donc tenter le tout pour le tout. Duceppe devrait défier Layton en lui proposant une offre. Si Layton accept, Duceppe invite son parti à fusionner avec le NPD, s'il refuse, le Bloc démontre encore une fois être la seule option pour les Québécois.

    Quelle offre? Poser les traditionnelles conditions du Québec. Soit d'inclure dans la constitution, la nation Québécoise, le veto constitutionnel, retrait d'un programme fédéral avec pleine compensation, sénateurs Québécois choisi par le Québec, etc... une liste raisonable qui fait traditionnellement concensus au Québec.

    Layton devra alors s'engager à exécuter ces demandes s'il est élu. S'il le fait, le Bloc fusionne avec le NPD. Sinon, le NPD vit avec les conséquences. A mon avis, ça ferait un coup de théatre dans la campagne et les gens en débatteraient beaucoup.

    Mon avis personnel, Layton n'accepterait jamais. Trop contraint à plaire au Canada anglais qui ne veut rien savoir. C'est ainsi depuis 1990. Cela démontrerait aussi aux gens que le Bloc n'est pas là pour encaisser un chèque de paye. Il est là par conviction et pour les intérêts du Québec. Alors que Layton lance que de la poudre aux yeux.

    Avoir du courage politique, c'est faire ce genre de défi. Mais au point où le Bloc en est rendu dans les sondages, ne pas le faire serait peut-être suicidaire.

  • Jerry Paris - Inscrit 27 avril 2011 01 h 15

    Fond retraite

    M.Duceppe pourquoi vous et M.Harper avez-vous voté contre la loi qui aurait permis en cas de fermeture ou de faillite d'une compagnie au Canada que les travailleurs et retraité soit les premiers créanciers. Votre réponse SVP.

  • Pierre Schneider - Abonné 27 avril 2011 03 h 45

    Le cul de sac du Bloc

    Si Duceppe ne comprend pas ce qui se passe actuellement, c'est qu'il est complètement déconnecté de la réalité québécoise.
    La majorité francophone indépendantiste du Québec a bien vu que le Bloc fait le jeu du fédéralisme en siégeant à Ottawa selon les règles désuètes du Canada où les intérêts du Québec ne seront jamais admis par le ROC, qui, incidemment, n'a plus peur que le Québec se sépare parce que le Bloc "défend les intérêts des Québécois.
    Or, je connais des dizaines d'indépendantistes qui, comme moi, n'en peuvent plus de voir des élus dits souverainistes se prêter année après année à cette mascarade politique où le véritable pouvoir échappera toujours aux nôtres.
    C'est tout le Bloc qui doit s'engager à ne plus collaborer avec le système anglo-saxon s'il veut ravoir notre confiance. Ce qui implique le refus de siéger dans ce parlement étranger et de rapatrier au Québec tous leurs élus pour former un gouvernement parallèle et rallier toutes les forces indépendantistes dans un seul but commun: L'Indépendance, et au plus sacrant !
    Mais comment faire comprendre à des ambitieux que le peuple en a marre de leur impuissance ?
    Les vieux partis souverainistes n'ont plus le vent dans les voiles parce qu'ils n'inspirent plus de ferveur et se perdent dans les gouvernances à la petite semaine. Ils réagissent plutôt que de rallier et d'entraîner la population dans la concrétisation du pays du Québec ICI et MAINTENANT.
    Que nous sopmes loin d'un mouvement de libération nationale digne de ce nom...

  • VITRILLOLA - Inscrite 27 avril 2011 03 h 49

    QUELLE EST LA MEILLEURE CHOSE POUR LES SOUVRAINISTES ?

    Je pense qu'il est temps de passer à autre chose après 20 ans dans l'opposition fédérale, quelque chose comme un retour au bercail afin de canaliser les forces souvrainistes pour les prochaines élections générales au Québec. Pour moi, même avec une défaite grave au jour prochain du scrutin, il ne s'agirait justement pas d'une défaite, mais plutôt d'un constat, celui qu'il est peut-être temps de rallier les forces souvrainistes au Québec. C'est aux prochaines élections générales au Québec que l'enjeu sera plus gros, plus important pour tous les québécois. Entre un Harpeur limogé dans un pouvoir fragile et la possible réélection d'un Charest ou du parti libéral du Québec, je vous laisse juge de choisir quelle serait pour les forces souvrainistes la meilleure stratégie politique !

  • Nasboum - Abonné 27 avril 2011 05 h 28

    correction

    Personne, en début de campagne, n'aurait pensé que le NPD serait allé aussi loin dans les sondages, média inclus. Les surprises, c'est toujours bon. Et en parlant de surprise, pourquoi traduire directement de l'anglais «pris par surprise» alors « a été surpris ou en est surpris» aurait été bien suffisant.