Des citations controversées de Harper recueillies par... son parti

La plupart des citations controversées de Stephen Harper recueillies par les conservateurs tranchent avec les positions défendues par le chef du PC ces jours-ci.
Photo: Agence Reuters Chris Wattie La plupart des citations controversées de Stephen Harper recueillies par les conservateurs tranchent avec les positions défendues par le chef du PC ces jours-ci.

Ottawa — Le Parti libéral a mis la main sur un document de quelque 500 pages de citations controversées du chef conservateur Stephen Harper, relevées par... le Parti conservateur.

Ce document, un véritable trésor pour les rivaux politiques de M. Harper, regroupe des déclarations du leader conservateur en ordre alphabétique, selon les sujets, et recense tous ses commentaires susceptibles de faire des vagues.

Les propos de M. Harper, de l'avortement à l'aliénation de l'Ouest, ont été passés au peigne fin depuis les années 1980.

Le fait que les conservateurs aient recueilli toutes ces citations de leur chef peut laisser croire qu'ils craignent que la réputation qu'a déjà eue M. Harper de tenir des propos tranchants et sans compromis puisse lui nuire pendant la campagne électorale qui s'achève.

Cette hypothèse semble justifiée puisque la plupart des citations incluses dans le document tranchent avec les positions défendues par M. Harper ces jours-ci.

Avortement, compressions et statut du Québec

Au cours de la présente campagne électorale, le leader conservateur a soutenu qu'il n'avait aucunement l'intention de rouvrir le débat sur l'avortement. Le document contient toutefois une phrase de M. Harper prononcée en 2002, alors qu'il était candidat au leadership de l'Alliance canadienne: «Je n'ai pas honte de dire qu'au caucus, il y a davantage de députés pro-vie qui soutiennent ma candidature que celle de Stockwell Day», avait-il soutenu.

Le leader du Parti conservateur a répété à maintes reprises pendant la campagne qu'il effacerait le déficit d'ici 2014, grâce à des compressions de quatre milliards par année dans les dépenses inutiles et le «gaspillage». En 1995, M. Harper avait cependant soutenu qu'il serait impossible d'éradiquer le déficit sans imposer une cure minceur aux programmes sociaux qui, avait-il noté, représentent «les deux tiers des dépenses fédérales».

La même année, il avait aussi affirmé que soutenir les Canadiens les plus démunis relevait des provinces et non d'Ottawa.

Depuis son arrivée au pouvoir, le chef conservateur a tenté de séduire l'électorat québécois, entre autres choses avec l'adoption d'une motion reconnaissant que le peuple du Québec formait une nation. Toutefois, le document renferme plusieurs références relatant les refus passés de M. Harper d'accorder tout statut spécial à la province de Québec.

En 1992, il s'était opposé à une mesure assurant 25 % des sièges de la Chambre des communes à des députés québécois, sans regard à la population de la province.

Et en 1999, M. Harper avait argué que la loi sur la langue française au Québec avait pour but de «supprimer les libertés fondamentales des Québécois anglophones et d'assurer la ghettoïsation de la majorité francophone dans un État ethnique».

Le Parti conservateur a accordé peu d'importance au dévoilement de ce document, affirmant que le bilan de M. Harper au sein du gouvernement devrait suffire aux électeurs, contrairement à des commentaires de longue date alors qu'il siégeait à l'opposition ou dirigeait un groupe militant de droite.

«Le premier ministre Stephen Harper peut se targuer d'avoir produit [des résultats] pour les Canadiens, grâce à son leadership hors pair depuis cinq ans», a réagi Ryan Sparrow, porte-parole du Parti conservateur, dans un courriel.

Tous les partis politiques cherchent à déterrer les commentaires pouvant être dommageables pour leurs adversaires. Il est toutefois inusité qu'un parti effectue ce travail de recherche sur son propre leader.

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