Parizeau au secours du Bloc

Jacques Parizeau a lancé un appel aux militants souverainistes en leur demandant de «se mobiliser de toutes [leurs] forces pour le Bloc». L’ex-premier ministre a aussi tendu la main aux fédéralistes nationalistes pour qu’ils ne succombent pas à la tentation des partis centralisateurs.<br />
Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir Jacques Parizeau a lancé un appel aux militants souverainistes en leur demandant de «se mobiliser de toutes [leurs] forces pour le Bloc». L’ex-premier ministre a aussi tendu la main aux fédéralistes nationalistes pour qu’ils ne succombent pas à la tentation des partis centralisateurs.

Saint-Lambert — Les électeurs québécois doivent se méfier de la «poudre aux yeux» et des «messages tordus» du NPD, des libéraux et des conservateurs, a prévenu hier Jacques Parizeau, appelé en renfort par le Bloc québécois pour battre le rappel des souverainistes et donner un second souffle à une campagne qui éprouve des difficultés imprévues.

Soumis à une pression nouvelle par la montée soudaine du NPD dans la province, Gilles Duceppe a refusé hier de qualifier de geste de panique l'invitation lancée à M. Parizeau. Mais il a reconnu qu'il «faut donner un coup de barre sérieux» pour empêcher que les néodémocrates ne grugent le vote bloquiste. «Une élection se joue beaucoup dans les derniers moments», a indiqué M. Duceppe.

Il y a longtemps que l'on n'avait vu Jacques Parizeau ainsi sollicité dans une campagne du Bloc québécois. En 2004, M. Parizeau s'était plutôt fait demander de se tenir loin du Bloc pour éviter tout dérapage. Il s'était contenté d'une apparition à un rassemblement sur la Rive-Sud.

Sa plus récente présence auprès de Gilles Duceppe lors d'une campagne électorale datait du 19 novembre 2000. Lucien Bouchard était aussi présent ce soir-là.

La démarche fragile mais le discours limpide, M. Parizeau s'est donc posé hier en allié indéfectible de la cause bloquiste. Selon lui, le «rôle de chien de garde que joue le Bloc n'est pas le plus facile, mais il est essentiel». «On a besoin du Bloc comme jamais», a lancé M. Parizeau, qualifié de «vieux sage» par Josée Beaudin, candidate dans Saint-Lambert où avait lieu l'événement.

M. Parizeau a dressé la liste des promesses sociales des trois grands partis pour conclure qu'ils ne cherchent qu'à empiéter dans les champs de compétence des provinces et de Québec. Que ce soit l'augmentation du nombre de médecins, l'aide au soutien à domicile, le réseau de garderies, les prêts et bourses ou les aidants naturels, ce sont tous là des dossiers qui se règlent à Québec, a fait valoir M. Parizeau.

«On ne leur demande pas de venir s'additionner au gouvernement du Québec», a lancé M. Parizeau, qui a fait plusieurs références directes à la souveraineté du Québec. «Le système fédéral canadien est plein de trappes. On sait qu'il est temps d'en sortir», estime-t-il.

«Quand on a des préoccupations sociales et que ceux qui proposent des idées [en ce sens] sont sympathiques, c'est sûr que ça touche les gens, a ajouté M. Parizeau dans une allusion directe à Jack Layton. C'est évident. Toutes ces questions touchent les gens de très près. Avec le sourire combiné, on peut se dire "c'est tentant". Mais attention à la poudre aux yeux et aux messages tordus.»

Âgé de 80 ans, M. Parizeau a lancé un appel aux militants souverainistes en leur demandant de «se mobiliser de toutes [leurs] forces pour le Bloc». Mais il a aussi tendu la main aux fédéralistes nationalistes pour qu'ils ne succombent pas à la tentation des partis centralisateurs. «Dans le moment, on a tous le même intérêt au Québec: faire en sorte qu'on nous rende notre butin», soit une part plus grande des impôts qui sont payés à Ottawa.

Ni gauche ni droite

Dans un long discours présenté tout de suite après celui de Jacques Parizeau, Gilles Duceppe a pour sa part confirmé la nouvelle tangente du message du Bloc québécois: cette élection ne se joue pas «entre la gauche et la droite». Plutôt, «le choix des Québécois se fera entre des partis canadiens et un parti qui considère que le Québec a le droit d'être lui-même, de défendre ses propres intérêts, ses propres valeurs et ses façons de faire à lui».

Il a détaillé les points de divergence entre Québec et Ottawa (place du français, environnement, gestion des programmes sociaux, commission des valeurs mobilières, vision de la justice...) pour conclure qu'«aucun des partis fédéralistes ne va appuyer le Québec. Nous savons que les partis canadiens, quand ils doivent choisir entre le Québec et le Canada, vont toujours choisir le Canada».

En point de presse, M. Duceppe n'a pas répondu directement à la question de savoir si la souveraineté était la bouée de sauvetage du Bloc québécois. «Ça a toujours été au coeur du projet du Bloc», a-t-il simplement répondu.

Mais bien qu'il recentre son message sur la souveraineté et qu'il attise la ferveur des électeurs favorables à cette perspective, M. Duceppe ne croit pas que les résultats de l'élection pourront servir de lecture de l'état de l'option souverainiste au Québec. «Ce n'est pas un référendum.»

Plus largement, M. Duceppe estime que «le sens de cette dernière semaine de campagne est de replacer les choses en place et regarder ce qu'il en est [de] la position de chaque parti sur les enjeux importants, comme le projet du Bas-Churchill».

Au moment d'entamer le dernier sprint de la campagne, M. Duceppe a indiqué hier qu'il n'était ni en mode offensif ni défensif, mais «un peu des deux».
53 commentaires
  • Joseph Latulippe - Inscrit 26 avril 2011 00 h 49

    Na na na na, na na na na, hey hey-ey, goodbye

    Il est minuit moins cinq et les carottes sont cuites. Il ne reste qu'à récolter ce qu'on a semé et dans le cas du Bloc c'est trop peu trop tard. Au lieu de se donner des perspectives, Gilles Duceppe et cie ont choisi à nouveau de brandir l’épouvantail. Si la tendance se maintient, le réalignement du système politique sur l’axe gauche/droite va se poursuivre.

  • lephilosophe - Inscrit 26 avril 2011 01 h 04

    Un «wake-up call» à tous les progressistes du Canada

    C'est bien beau tout ce discours sur la nation, mais en attendant (Godot?) le gouvernement régressiste-conservateur démolit les fondements sociodémographique du progressisme québécois. La réforme du Code pénal canadien entreprise vient tordre le cou de la philosophie juridique qui anime le Québec. Les attaques contre la culture, les chercheurs, les femmes, les gais et les lesbiennes, certains immigrants, l'environnement n'ont plus de cesse sous ce gouvernement rétrograde. Ce pays fait la guerre, s'aligne sur Israël, menace la tradition parlementaire britannique, méprise les institutions, s'entoure de personnages douteux pour dire le moins, est reconnu avoir fraudé la loi électorale. Et tout ce qu'on nous offre c'est de bloquer leur majorité sous prétexte que «l'autre nation» vote en leur faveur. C'est trop facile et nous en avons marre tout simplement. Les Québécois ont décidé de lancer un «wake-up call» à tous les progressistes du Canada, en particulier ceux des grandes villes qui ont été tant malmenées dans leur mode de vie et leur structure sociodémographique...
    Et pour ceux qui prônent la politique du pire en se disant que si les Conservateurs sont majoritaires, les Québécois se réveilleront en s’engageront dans la marche pour la souveraineté, je leur réponds que c'est à eux de se réveiller avant qu'ils se retrouvent dans un pays comme la Serbie... Les arrestations du G8 sont un indicateur de ce dont ce gouvernement est capable (la plus grande rafle de l’histoire du Canada!).
    Le statu quo, le Parti unique des intérêts du Québec, c'est fini et la démocratie, thème si cher à Duceppe, n'en sera que mieux servie!

    Bernard Gadoua

  • Naturelebo - Inscrit 26 avril 2011 03 h 02

    Message pour la paix-politique

    La Création d'une nouvelle Citoyenneté n'en détruit aucune !!!
    Un nouveau pays = une nouvelle Citoyenneté

    Mais, connaissez vous qq1 qui a plus que la Citoyenneté Canadienne : ex: Canada-France, Canada-USA, Canada-Maroc, etc,,, alors qui a-t-il à perdre pour les tenants de la Citoyenneté Canadienne au Québec = RIEN, car ils peuvent la garder s'ils désirent, en plus de celle Québécoise qui leurs sera accordée de droit à tout le monde du Québec au jour 1 du Québec-Pays.

    Cependant, d'un autre côté, il y a cette réalité du Québec en Amérique, il y a ce rêve de le voir Pays,,, pourquoi le détruire quand vous êtes conscients maintenant qu'un OUI pour un Québec pays au même type que le Costa Rica, le Panama, le Bénin, la Suisse, la Finlande, la Norvège, etc, n'est pas un Non pour la Citoyenneté Canadienne !!!

    je vous demande d'y réfléchir !!! merci beaucoup !!!

    "Je suis le plus grand des fédéralistes, je suis Pour une intégration du Québec à la plus Grande Fédération du Monde = l'ONU."

  • René Girard - Inscrit 26 avril 2011 03 h 49

    Geste anti-démocratique

    Pourquoi dire aux gens pour qui voter? Ne sont-ils pas capable de prendre eux-mêmes cette décision? Obliger les gens à voter pour un candidat est un geste anti-démocratique qui frôle même la dictature, qui signifie dicter la façon de se conduire. C'est prendre les gens pour des imbéciles.
    Est-ce que cette idée de faire sortir un dinosaure ne serait pas l'idée du lobby syndicaliste qui depuis des années tire davantage pour eux les cordons de la bourse?

  • Michelle Bergeron - Inscrit 26 avril 2011 04 h 34

    Bravo! pour ce coup de pouce

    EN espérant que les québécois entende le message. Nous serons toujours en minorité peu importe le parti et c'est bien ainsi c'est la démocratie. C'est à nous de bouger pour s'en donner une.