Chicoutimi-Le Fjord - Convaincre électeur par électeur

Robert Bouchard
Photo: Robert Bouchard

Saguenay — La course électorale dans la circonscription de Chicoutimi-Le Fjord est l'une des plus serrées au Québec et les candidats ne reculent devant rien pour séduire les électeurs un à un. En ce mardi ensoleillé mais frisquet, le candidat conservateur, Carol Néron, fait campagne... dans un hôpital!

Dans les corridors de l'établissement, entre deux rendez-vous chez le médecin, les patients acceptent de serrer la main du politicien, qui affirme aller partout pour passer son message, celui de «voter du bord du pouvoir». De l'avis du chroniqueur politique à TVA et ancien ministre libéral Jean Lapierre, qui a mené plusieurs campagnes, c'est du jamais vu. «Faire campagne dans un hôpital, c'est assez particulier. Disons que les gens ne s'attendent pas à voir un politicien! Je ne suis pas certain que ça marche, les gens ont autre chose en tête ici», dit-il en regardant au loin Carol Néron faire le tour des tables de la cafétéria de l'hôpital de Chicoutimi.

Dans la seule des trois circonscriptions qui échappe aux conservateurs au Saguenay, tous les votes comptent. Le député bloquiste sortant, Robert Bouchard, en est conscient lui aussi. Au centre d'achat Place Saguenay, il serre des mains et lance ses plus beaux sourires aux personnes âgées qui prennent tranquillement un café à la foire d'alimentation. «L'accueil est bon, dit-il. Meilleur qu'en 2008. Les gens me reconnaissent plus. C'est ma 4e élection et ils sont satisfaits de mon travail.»

En 2008, Robert Bouchard l'a emporté par 3000 voix sur le candidat conservateur, qui ne se représente pas. Celui qui le remplace, Carol Néron, était éditorialiste au journal local, Le Quotidien, et jouit d'une bonne notoriété. Mais Robert Bouchard est un redoutable député de terrain. «Il nous envoie tellement de dépliants dans une année qu'on peut chauffer le poêle tout l'hiver!» rigole un homme dans la cinquantaine lorsqu'on lui demande si M. Bouchard est visible entre les élections.

À l'image des élections précédentes, le maire de Saguenay, le très coloré Jean Tremblay, n'a pas hésité à encourager ses concitoyens à voter contre le député du Bloc québécois. Même s'il ne met pas sa machine électorale au service d'un parti, il affirme ouvertement favoriser les conservateurs dans ses «choix personnels». «Quand une ville a des députés au pouvoir, la vie est plus facile. Il faut le dire, on est plus chanceux. Il y a plus de faveurs qui s'accordent à ceux qui sont dans le parti», affirme-t-il en entrevue dans son bureau de l'hôtel de ville, rue Racine. «Les gens votent pour qui ils veulent, mais ça va bien depuis quatre ans et je veux que ça se poursuive», ajoute-t-il.

Le maire Tremblay a appuyé les libéraux en 2004 et 2006, puis les conservateurs en 2008. Chaque fois, le bloquiste Robert Bouchard a maintenu sa majorité de 3000 à 4000 voix. Mais dans un scrutin qui s'annonce plus serré que jamais dans Chicoutimi-Le Fjord, est-ce que cet appui pourrait changer la donne?

Robert Bouchard repousse l'hypothèse du revers de la main. «J'ai gagné à chaque fois parce que je travaille fort. Je rencontre 2000 personnes par jour. Les gens du Saguenay savent que je les représente bien à Ottawa. Les tactiques à la Duplessis, c'est du passé», dit-il.

Le NPD monte

La nouvelle menace pour le Bloc se situe plutôt du côté néodémocrate. Même si pas un seul citoyen rencontré à Chicoutimi ne peut citer le nom du candidat du NPD, Dany Morin, qui a très peu de pancartes, plusieurs disent avant tout aimer «Jack». «Il est sympathique. Il travaille pour la classe moyenne et se bat pour nos pensions», affirme Michel, rencontré au centre d'achat Place du Royaume. Il votait Bloc québécois, mais pas cette fois. «Je vais essayer autre chose. Le Bloc, ça tourne en rond.» Une ritournelle souvent entendue au Saguenay.

Même si aucune vague orange ne se profile à l'horizon, la force du NPD — qui n'avait pourtant pas de candidat dans deux des trois circonscriptions de la région une semaine après le déclenchement de la campagne — pourrait suffisamment gruger le vote bloquiste pour avantager le conservateur Carol Néron. Robert Bouchard prévient ses électeurs. «Mon vote est assez fidèle depuis 2004, mais c'est possible que certains regardent plus Layton cette année. Je leur répète qu'un vote pour le NPD aide Harper. Seul le Bloc peut empêcher Harper d'être majoritaire», dit-il. Le député sortant peut compter sur la machine du Parti québécois, en grande forme au Saguenay, pour lui donner un coup de main durant la campagne.

Dans la rue, plusieurs citoyens confient avoir peur que le Parti conservateur soit majoritaire aux Communes. «Je ne veux pas ça», dit une dame. Un homme ajoute: «Néron et Harper, ce n'est pas trop trop avant-gardiste ce monde-là. Deux conservateurs sur trois au Saguenay, c'est assez!»

D'autres pensent au contraire qu'il est temps que le Bloc disparaisse de la région. «Moi, je suis Harper. Il fait un bon travail», dit une dame. La diversité des opinions confirme à quel point la lutte est serrée.

Dans le camp libéral, c'est le calme plat. Le candidat Marc Petterson, qui se représente, avait recueilli à peine 13,5 % des voix en 2008. Sur ses pancartes, le logo du Parti libéral est si petit qu'il est pratiquement invisible. Plusieurs anciens électeurs libéraux rencontrés voteront pour le NPD ou le Parti conservateur.

Ailleurs dans la région

Dans les deux autres circonscriptions de la région, la course est différente. Dans Jonquière-Alma, le ministre Jean-Pierre Blackburn devrait être réélu sans trop de mal. Inquiet en début de campagne — de l'aveu même de son équipe —, la montée du NPD, qui présente un bon candidat contre lui, l'ancien syndicaliste chez Alcan Claude Patry, devrait aider à diviser le vote et lui assurer une réélection, dit-on chez les conservateurs.

Dans Roberval-Lac-Saint-Jean, le ministre Denis Lebel travaille d'arrache-pied, lui qui a remporté les élections de 2008 par seulement 1500 voix. Le Bloc québécois profite de la grogne des travailleurs de la forêt, très présents dans cette région, notamment à Dolbeau. Pour aider Denis Lebel dans cette course chaudement disputée, les maires de plusieurs municipalités de la circonscription viennent de lui accorder leur appui.

***

Chicoutimi-Le Fjord

La circonscription, qui compte 96 483 électeurs, est représentée depuis 2004 par le bloquiste Robert Bouchard, élu en 2008 avec 41,31 % des votes. Il avait devancé le conservateur Jean-Guy Maltais par 3057 voix.

Les candidats des principaux partis:

  • PC: Carol Néron
  • PLC: Marc Pettersen
  • NPD: Dany Morin
  • BQ: Robert Bouchard
  • PV: Charles-Olivier Bolduc-Tremblay
9 commentaires
  • jeanclro - Inscrit 22 avril 2011 07 h 50

    Bilan Harper faits vérifiables

    Je vous invite à vérifier ces chiffres sur internet sur les sites même du Gouvernement du Canada.

    En 93 quand les libéraux ont prit le pouvoir le déficit de Mulroney était de 42 milliards (voir Rapport financier du gouvernement du Canada de 1993)

    En 2006 quand que Harper prit le pouvoir les Libéraux lui avaient laissé un surplus de 13.1 milliard.
    (Voir Le rapport financier du gouvernement du Canada pour 2005-2006)

    En 2007, Harper a baissé la TPS de 7% a 5%......Il y a eu un manqué à gagner de 12milliards dans les coffres de l’état. (voir le rapport financier de 2007)

    En 2008 Harper a baissé le taux de taxation des compagnies privés de 22% a 15% le déficit a grimper a 100 milliards.

    En 2010 pour la période se terminant le 31 mars .Le gouvernement Harper a déclaré un déficit de 55.6 milliards.

    Présentement Le Canada a une dette de 586 milliards. (Voir rapport financier du Canada 2011)

    Dans le dernier budget le ministre des finance proposait un déficit de 29.6 tout en voulant baissé les impôts aux grosses compagnies..et acheter des avions pour un autre 30milliards.

    La seule fois ou les conservateurs n’ont pas fait de déficit c’est sous un gouvernement de John A McDonald.

    Le 28 mars 2011 Il promet des crédits d’impôt pour les familles une fois le budget soit équilibré soit pour 2016.

    Opinion :
    Harper se pavane qu’il a bien géré la récession mais en novembre 2008 il niait en chambre et sur les médias que le Canada était en récession. Devant la pression de l’opposition il a dû admettre qu’on était en récession. (Vérifiable cela aussi)

    Le Canada c’est bien sorti de la récession parce que Paul Martin avait refusé le dérèglement des banques Canadienne même sous la pression de Harper alors chef de l’opposition.(vérifiable)

    Les coupures dans les organismes pour défendre les droits de minorité, pour l’égalité salarial pour les femmes, les coupures dans les arts.. Ont débutés à Ottaw

  • Sanzalure - Inscrit 22 avril 2011 08 h 00

    Voter du côté du pouvoir...

    Dans l'espoir que le pouvoir nous favorise en retour davantage que ce que l'on mérite vraiment. C'est pas très beau comme raisonnement !

    Serge Grenier

  • Geoffroi - Inscrit 22 avril 2011 09 h 48

    «...faveurs qui s'accordent à ceux qui sont dans le parti» St-Jean Tremblay

    « Tout est grand dans le temple de la faveur, excepté les portes qui sont si basses, qu'il faut y entrer en rampant. »

    Duc de Lévis
    Extrait de Maximes et réflexion

  • Monique Thibault - Inscrite 22 avril 2011 10 h 19

    Les faits

    Si l'économie canadienne s'est si bien comportée durant la crise économique, ce n'est pas grâce à Harper, mais bien aux réglementations qui ont été votées bien avant et que les Conservateurs désapprouvaient. D'ailleurs, ils s'opposent toujours au moindre contrôle étatique de l'économie. Bref, s'ils avaient été élus dix ans avant la crise, on en mangeait toute une!

  • François Dugal - Inscrit 22 avril 2011 10 h 23

    Voter du «bon bord»

    Voter «du bob bord» veut-il dire que le clientélisme, le favoritisme et le népotisme sont érigés en système?