Gatineau - La candidate-vedette du NPD fut congédiée par les libéraux

Jack Layton et Françoise Boivin<br />
Photo: Agence Reuters Patrick Doyle Jack Layton et Françoise Boivin

Ottawa — C'est peut-être sur Françoise Boivin que le NPD fonde le plus d'espoir pour décrocher un second siège au Québec, mais il devra décider s'il défend ou non son passé. La candidate-vedette de Jack Layton dans Gatineau n'a pas quitté le Parti libéral en 2008 à cause des valeurs défendues par la formation: c'est plutôt le Parti libéral qui lui a montré la porte parce qu'elle avait enfreint les règles de la Chambre des communes et qu'elle a refusé de l'admettre.

Selon les informations obtenues par Le Devoir, lorsqu'elle était députée libérale de 2004 à 2006, Françoise Boivin a embauché à son bureau parlementaire Ursula Strolenberg, que les libéraux affirment être sa conjointe, ce qui serait selon eux un fait de commune renommée. Or l'embauche d'un conjoint est formellement interdite par les règles de la Chambre des communes. Lorsque le Parti libéral a eu vent de ces informations, il a interrogé Mme Boivin. Celle-ci a tout nié, soutenant que Mme Strolenberg n'était que sa colocataire. Le Parti libéral lui a alors montré la porte.

Françoise Boivin est une des deux candidates-vedettes que le NPD espère faire élire au Québec, en plus de Thomas Mulcair. Elle porte les couleurs du parti dans la circonscription de Gatineau, qu'elle a représentée à titre de libérale sous le leadership de Paul Martin. Elle s'est fait battre par le bloquiste Richard Nadeau en janvier 2006. À la fin de 2007, Mme Boivin avait tenté de se faire confirmer candidate libérale pour le prochain scrutin, mais les choses ont tant traîné qu'elle est passée dans le camp de Jack Layton.

Officiellement, on n'a jamais su pourquoi Mme Boivin était passée au NPD. Selon nos informations, le nouveau chef, Stéphane Dion, avait eu vent d'irrégularités concernant les embauches de l'ex-député. Une vérification a été demandée. Une fois les résultats en main, la lieutenant pour le Québec d'alors, la sénatrice Céline Hervieux-Payette, l'a rencontrée pour lui poser des questions. Devant le déni de Françoise Boivin, qui s'entêtait à présenter Mme Strolenberg comme sa colocataire, la décision a été prise de ne pas lui permettre de se porter candidate pour le Parti libéral. C'est alors que Mme Boivin est passée au NPD, répétant à qui voulait l'entendre que le PLC avait changé.

«À Gatineau, tout le monde sait que c'est sa conjointe. C'est un fait connu», raconte un libéral qui désire conserver son anonymat. Plusieurs autres sources ont soutenu la même chose. Françoise Boivin, elle, nie. Oui, reconnaît-elle, Mme Strolenberg a travaillé à son bureau de députée. Et oui, les deux femmes habitent ensemble, «mais c'est une coloc». «Quand j'aurai quelqu'un qui sera dans ma vie au niveau personnel, ce sera la question, dit-elle. Mais je n'accepterai pas de me faire écoeurer alors que ce n'est pas le cas. J'en ai pas [de conjoint]. J'ai déjà cautionné le char de ma secrétaire, Roxane. Ça n'en fait pas ma conjointe pour autant. Je suis comme ça. Je développe des liens avec mes bons amis.»

Mme Boivin et Mme Strolenberg sont effectivement très proches. Lorsqu'elle donne à un parti politique, Mme Strolenberg fournit l'adresse du cabinet d'avocat de Mme Boivin, où elle a travaillé. Les deux femmes ont siégé aux conseils d'administration du Centre hospitalier de la vallée de l'Outaouais (CHVO) et de sa fondation en 2003-04. Mme Strolenberg a travaillé au bureau de Mme Boivin lorsque celle-ci était députée libérale et elle est maintenant agente au bureau de recherche du NPD à la Chambre des communes. En 2008, Mme Strolenberg a été la directrice de campagne électorale de Mme Boivin, et cette année, elle en est l'agente officielle.

Les règles de la Chambre des communes sont claires. Il est interdit pour les députés d'embaucher «des membres de leur proche famille ou leurs parents», c'est-à-dire un conjoint, des enfants, des petits-enfants et les conjoints de ceux-ci. Toute infraction est portée à l'attention du bureau de régie interne de la Chambre des communes, qui détermine comment régler la situation.

«Elle avait commis une infraction sévère», raconte un libéral qui a vécu l'histoire de près, en 2008. «S'il fallait que les 300 députés et les 100 sénateurs embauchent leur famille, on n'aurait pas fini! Stéphane Dion voulait être irréprochable d'un point de vue éthique.»

Mme Boivin rétorque qu'elle n'a pas fait l'objet d'une plainte, justement. «C'est une tentative de salissage, parce qu'on est en avant [dans les sondages]!»

Cette délicate histoire rend bien des libéraux mal à l'aise, car ils ne veulent pas être perçus comme s'attaquant à l'orientation sexuelle de quelqu'un. Ils n'en pensent pas moins que cette orientation sexuelle ne devrait pas servir de paravent pour contourner les règles. Les deux femmes cohabitent depuis plusieurs années déjà. Cette allégation avait aussi fait surface en 2004, quand Paul Martin avait songé à nommer Mme Boivin au cabinet. Lucienne Robillard avait interrogé la députée. «On n'avait pas de preuves. On ne va quand même pas installer des caméras de surveillance dans les chambres à coucher. Alors on a laissé tomber», raconte une personne aux premières loges à l'époque.

On raconte que cette règle a été instaurée pour empêcher les députés d'accorder des emplois fictifs à des proches et de s'en mettre plein les poches. Cependant, le statut de conjoint a toujours été difficile à établir tant qu'un mariage n'a pas été célébré.

Mme Boivin s'attaque fréquemment au Parti libéral. Lors de son départ, elle avait déclaré que «les libéraux ne sont pas assez représentatifs de leur monde. Ils regardent toujours si ça peut leur apporter des votes». Elle a toujours affirmé que ses valeurs n'avaient pas changé, mais que celles du Parti libéral avaient mal évolué. «C'est peut-être le Parti libéral qui est devenu un peu vire-capot.»

En 2008, l'élection dans Gatineau a été l'une des plus serrées au pays. Le bloquiste a gagné avec à peine 29 % des voix. Il était suivi de près par Mme Boivin, à 26 %, et par le candidat libéral, à 25 %.
22 commentaires
  • Jaque Parisien - Inscrit 19 avril 2011 05 h 54

    Dans les faits...

    Personnellement, que Mme Boivin est une conjointe ou non m'est tout à fait égal et ça ne regarde personne. Quant aux allégations concernant l'embauche de sa prétendue conjointe, il faut bien être en période électorale pour s'en scandaliser quand on sait qu'ici le népotisme est monnaie courante. Si on était sérieux, on se serait attaqués à ce problème depuis belle lurette.

  • Mimi37 - Inscrit 19 avril 2011 07 h 11

    Les potins journalistiques

    Quand c'est rendu que les journalistes (tout média confondu) n'ont rien d'autre à faire que du COMMÉRAGE journalistique, c'est qu'ils n'ont pas grand chose d'important à faire et ils n'ont rien à dire de vraiment important.

    En anglais l'expression est très claire pour ce genre d'individu: "Get a life!"

  • G A - Inscrit 19 avril 2011 08 h 03

    Je connais Mme Boivin personnellement

    Françoise Boivin est victime d'une campagne de salissage sans précédant attaquant son intégrité parce qu'elle est en avance dans la campagne électorale et que les gens à Gatineau veulent l'avoir comme députée. Les propos de cet article sont entièrement mensongers, irresponsables et diffamatoires. Je n'ai JAMAIS vu la politique s'abaisser à ce niveau là à Gatineau, et c'est HONTEUX.

  • rouah - Inscrit 19 avril 2011 08 h 15

    Le Devoir jauniste?

    J'ai bien retapé l'adresse une seconde fois pour voir si je n'étais pas sur le site de Écho Vedette... eh bien non! Je suis réellement sur le site du Devoir, et je lis un "article" d'Hélène Buzzetti... je dis article pour être poli. Parce que des qualificatifs moins honorables me passent par la tête... Bizarre, on sort des ragots au moment où le NPD vient de dépasser les libéraux. Où le NPD chauffe le Bloc au Québec. Désespoir, quand tu nous tient...

    Bonne chance à madame Boivin! Nous sommes tous derrière elle à Gatineau. On va avoir une vraie députée, pas un bloquiste comme Richard Nadeau qui soumet des dépenses électorales d'un souper à Montréal (article Le Citizen, 9 avril- http://www.ottawacitizen.com/life/Some candidates push limits/4587184/story.html#ixzz1JsM8st00) lors de la campagne de 2008. Ou que les libéraux, qui se cachent sous le couvert de l'anonymat, nous ont volé des millions en commandites...

  • Claude Kamps - Inscrit 19 avril 2011 09 h 03

    je suis pas de Gatineau

    mais si je pouvais voter pour un candidat qui a su résister à la «mise en boite idéologique» du parti libéral ou si on dit pas « oui » on est pas libéral , je voterais pour lui ou elle.

    Quand a savoir son orientation sexuelle, sachant que nous sommes proches tous de la bi-sexualité, suivant les circonstances, ça me laisse froid pas mal.