Aucune mesure pour réintégrer le Québec

C’est lors du cinquième et avant-dernier segment du débat, consacré à la Constitution, que les quatre chefs ont fait preuve d’un peu de passion. <br />
Photo: Agence Reuters C’est lors du cinquième et avant-dernier segment du débat, consacré à la Constitution, que les quatre chefs ont fait preuve d’un peu de passion.

Ottawa — La place du Québec au sein du Canada a donné lieu aux moments les plus passionnés du débat des chefs en français hier soir. Et un constat s'est imposé: ni Michael Ignatieff ni Stephen Harper n'ont l'intention de prendre des mesures pour réintégrer le Québec dans le giron constitutionnel canadien. Pour les deux hommes, ce débat est dépassé.

C'est lors du cinquième et avant-dernier segment du débat que les quatre chefs ont fait preuve d'un peu de passion. Le chef du Bloc québécois, dans son élément, s'en est pris à chacun de ses adversaires tour à tour pour leur reprocher leur absence de propositions sur le front constitutionnel.

À Michael Ignatieff, il lui a reproché de ne rien proposer d'autre aux Québécois que de participer au projet canadien. «Vous êtes le chef du parti qui a imposé une Constitution au Québec. Vous devriez avoir une position. Moi je suis souverainiste. Vous me dites que vous l'aimez, vous l'aimez, vous l'aimez le Québec. J'aimerais cela que vous le prouviez!» a-t-il lancé.

Dans un élan de candeur, M. Ignatieff s'est exclamé: «Nous sommes en 2011, M. Duceppe! [...] Oui, j'aimerais cela que le Québec soit inclus dans la Constitution, mais les familles que je rencontre, ce n'est pas leur priorité principale.» L'idée de concéder des pouvoirs supplémentaires a aussi été écartée par le chef libéral. «Vous avez tout ce qu'il vous faut pour être souverain dans les domaines de compétences provinciales. Le Québec est plus respecté que jamais! Je ne comprends pas pourquoi la souveraineté reste pertinente dans un monde actuel.»

À cela, Stephen Harper lui a donné raison. Le chef conservateur n'était toutefois pas en reste. C'est lui qui a dû entamer le face-à-face avec Gilles Duceppe dans ce segment. Ce dernier l'a accusé de ne pas avoir respecté sa promesse de donner un siège au Québec à l'UNESCO. «Il a raison de dire que le Québec se tient debout à l'UNESCO. Il a raison: il n'a pas de siège!» M. Harper a soutenu que ce siège existait et qu'il avait le même poids que celui du Québec à la Francophonie, ce qui est faux.

M. Harper a vanté sa reconnaissance de la nation québécoise «dans un Canada uni». «Pour la première fois, on a utilisé le mot "canadien" pour désigner la nation», s'est félicité le chef conservateur. Encore là, M. Duceppe a saisi l'occasion pour marteler que cette reconnaissance ne s'était pas accompagnée de gestes concrets. Il a rappelé la tentative de rapatrier à Toronto la commission des valeurs mobilières ou encore l'abolition du registre des armes à feu, deux initiatives auxquelles l'Assemblée nationale s'était opposée unanimement. «Vous contredisez systématiquement les consensus de l'Assemblée nationale.»

Quant à Jack Layton, il s'est vanté de diriger un parti qui le premier a reconnu la nation québécoise... en 1961. «Et après cela, vous avez approuvé le rapatriement de la Constitution et l'adoption de la loi sur la clarté!» a répliqué du tac au tac Gilles Duceppe.

M. Harper, après le face-à-face avec M. Duceppe, s'est totalement effacé de ce débat entre les trois autres. Après près de 10 minutes de discussion, il a réintégré la conversion, les bras en croix, pour dire que c'était la raison pour laquelle il demandait un gouvernement majoritaire: parce que les souverainistes de M. Duceppe et les «centralisateurs» de M. Ignatieff ne pourraient jamais s'entendre.

Gilles Duceppe, le plus expérimenté du groupe — c'était son 14e débat —, s'est d'ailleurs rapidement présenté comme le seul chef capable de défendre les intérêts du Québec. «Mon engagement est de servir le Québec. Si c'est bon, on appuie et c'est tant mieux. Si ce n'est pas bon, je m'oppose et je vis avec les conséquences.» Jack Layton lui a alors répliqué que le Bloc québécois est «une équipe de défenseurs», sans aucun attaquant. «Le NPD peut compter des buts», a lancé Jack Layton. «Depuis que le Bloc existe, il a toujours eu plus de joueurs sur la glace que le NPD!» lui a lancé M. Duceppe.

Stephen Harper, qui cherche à consolider ses circonscriptions au Québec, a réussi à passer son message axé autour de l'économie, n'étant pas attaqué avec force sur le sujet par ses adversaires. Le chef conservateur a martelé que les élections en cours sont la responsabilité des partis d'opposition aux Communes. «On est le pays qui est sorti le plus vite de la récession. Le Canada est sur la bonne voie économique. Il faut un gouvernement stable et majoritaire pour poursuivre», a-t-il dit, ajoutant qu'il faut «baisser les taxes et les impôts pour stimuler la croissance».

Le chef du NPD a rappelé qu'il y a encore des milliers de chômeurs au pays malgré la fin de la récession. «Les baisses d'impôt aux grandes sociétés ne sont pas la solution», a-t-il soutenu. Le chef libéral, Michael Ignatieff, a affirmé que les priorités des conservateurs «ne sont pas les bonnes», ajoutant: «Harper propose des avions de chasse, des mégaprisons et des baisses d'impôt aux entreprises. Or, il faut faire du développement régional. Il faut des investissements en Mauricie, pas à Ottawa», a-t-il dit en référence à la question d'une citoyenne qui ouvrait le débat.

À un certain moment, le message du chef conservateur destiné aux régions «qui doivent être au pouvoir» a même incité Stephen Harper à jouer la carte anti-Montréal dans le dossier du pont Champlain. «Je ne prendrai pas les ressources en région pour un pont à Montréal», a-t-il dit, alors que tous les autres chefs soutenaient que rebâtir ce lien avec la Rive-Sud est prioritaire.

Gilles Duceppe a soutenu que le gouvernement Harper n'a pas aidé l'économie du Québec. «Vous avez fait des choix au détriment du Québec en mettant 10 milliards de dollars dans l'industrie automobile de l'Ontario et seulement 170 millions pour la forêt au Québec», a-t-il dit. M. Harper a soutenu que son gouvernement avait consenti «des milliards» à l'industrie forestière, amenant M. Duceppe à lancer: «Ah oui? Ils sont bien cachés!»

Le chef libéral, Michael Ignatieff, pour qui c'était le premier débat en français, a paru nerveux en début de débat, cherchant ses mots avant de retrouver ses marques et de regarder régulièrement droit dans la caméra. Il a, dès le départ, martelé le message que le Parti libéral «est la seule alternative à un gouvernement conservateur». Il a réussi, contrairement au débat en anglais, à parler de ses propositions, notamment en matière d'éducation et de garderies.

Dans le segment sur «les valeurs», Michael Ignatieff a renouvelé sa défense du registre des armes à feu, «vital pour la protection des femmes». Stephen Harper s'est inscrit en faux. «On a déjà des restrictions sévères pour les armes à feu. Mais les gens en région se demandent pourquoi chaque fois qu'il y a des crimes à Montréal et Toronto, on impose plus de contrôle aux chasseurs», a-t-il dit.

Gilles Duceppe a répliqué, en pointant Stephen Harper, qu'un système de justice «à l'américaine» n'est pas la solution étant donné que le taux de criminalité baisse au Canada. «Plus d'armes en circulation et plus de monde en prison, c'est un cocktail explosif. L'idéologie, au détriment des vrais enjeux, c'est le problème qui afflige le pays.»

Le chef conservateur, en matière de justice, a soutenu qu'il est nécessaire «de ne pas voir des peines bonbons pour les crimes graves». Vrai, mais il faut davantage de prévention et un équilibre, a répliqué Michael Ignatieff. «Il faut aider les jeunes à aller au collège et à l'université pour éviter qu'ils ne tombent du mauvais côté.»

Le débat en français, qui s'est déroulé au Centre des conférences d'Ottawa, marquait le milieu de la campagne, alors que les caravanes politiques reprennent aujourd'hui la route pour un sprint final de deux semaines et demie jusqu'au vote du 2 mai. 
71 commentaires
  • Assez merci - Inscrit 14 avril 2011 03 h 55

    Le ROC?

    La majorité de québécois ont écoutés le 1 er débat des chefs en anglais avec traduction et c`était diffusé sur toutes les stations francophones du Québec.

    Mais hier, pas un seul poste de télé anglophone diffusait le débat en français avec traduction.

    Faut croire que le Québec, les idées du Québec, la Nation distincte du Québec n`intéressent pas les canadiens.

    Moi je ne suis pas surpris puisqu`ils nous ont dans la poche comme on dit, puisqu`ils nous ont imposés leur constitution et nous n` avons qu`à les suivre!

    La fièvre du grand amours de 95 a disparue...

    Il me semble que ca devrait éveiller certains soupçons chez des québécois?

  • Pierre Blain - Abonné 14 avril 2011 04 h 00

    Ridicule

    Je n'ai jamais vu de débat aussi ridicule et ennuyeux, tant en français qu'en anglais.

  • Loraine King - Inscrite 14 avril 2011 05 h 28

    Mon constat

    Le chef le moins intéressé à prendre des mesures pour réintégrer le Québec dans le giron constitutionnel canadien c'est Gilles Duceppe. Il l'a démontré admirablement hier. Alors que Jack Layton expliquait qu'en 2004 sa conscience lui avait conseillé de se retirer du trio Harper, Duceppe, Layton, Duceppe a rétorqué que lui il avait eu ce qu'il voulait de Harper : des milliards pour combler le déséquilibre fiscal.

    La voila la véritable raison pour l'absence de propositions sur le front constitutionnel : les Québécois envoient des députés qui ne veulent pas proposer quoi que ce soit sur le front constitutionel. Ils veulent du cash, un point c'est tout.

    Qu'on s'insurge par la suite que 'les anglais' ne sont pas intéressés aux discussiions consitutionelles c'est le comble de l'hypocrisie. Monsieur Ignatieff a raison, et Monsieur Duceppe le démontre : les Québécois sont intéressés par l'argent et le bien-être que l'avoir procure à leur famille.

    Le journalisme politique québécois d'aujourd'hui est à ce monde ce que le 45-tours est à la musique : dépassé. Vous êtes égratigné et vous répéter toujours la même chose au point d'abrutir le cerveau de vos lecteurs.

  • Francois - Inscrit 14 avril 2011 06 h 01

    Un Québec souverain pour son total retour d'impôt

    Il n'y a pas seulement que le Québec qui demande un retour des ses impôts payés. Voilà pourquoi le désir de faire la souveraineté. Nous donnons 1$ au gouvernement du Canada et puis il nous en retourne 4 sous dans les services de plus en plus restreins. Toutes les provinces du Canada qui ne reçoivent pas de façon équitable ne veule plus faire à faire avec gouvernement du Canada. Des reconnaissances bidons qui ne mène à aucun règlement compte ne me satisfont pas. Le Québec pour être riche doit être souverain du Canada. Et pour l'instant le Canada nuit à son développement économique.

  • Veronique D.D. - Inscrit 14 avril 2011 06 h 22

    Ou est le Parti autochtone?

    Pendant que je me disais que les Premières Nations étaient déja la ....

    Chez les machos (discrimination et abus) ....(maladie mondial)

    On s'est qui accusé quand ca va mal.

    Aniways, je vais allé voté VERT encore une fois.