Les promesses électorales laissent les aidants naturels sur leur faim

Il existe un crédit d’impôt non-rembourable pour les personnes qui hébergent ou subviennent aux besoins d’un proche, adulte, souffrant de déficience physique ou mentale. C’est trop peu, s’accordent aujourd’hui pour dire les quatre grands partis.<br />
Photo: Agence Reuters Nacho Doce Il existe un crédit d’impôt non-rembourable pour les personnes qui hébergent ou subviennent aux besoins d’un proche, adulte, souffrant de déficience physique ou mentale. C’est trop peu, s’accordent aujourd’hui pour dire les quatre grands partis.

Ottawa — Sans eux, notre système de santé et nos services sociaux s'écrouleraient sous le poids de la tâche. Les aidants naturels ont la cote durant cette campagne électorale fédérale. Tous les partis proposent des mesures pour leur venir en aide. La réponse est-elle la bonne? Tour d'horizon et réactions.

Fiscalité

Il existe déjà un crédit d'impôt fédéral pour aidants naturels pour les personnes hébergeant un parent âgé ou un proche, adulte, qui souffre de déficience physique ou mentale, ou subvenant à ses besoins. Les soins aux époux sont exclus, comme ceux pour les enfants mineurs, et l'importance du crédit décroît à mesure que le revenu de la personne aidée augmente. Et comme il s'agit d'un crédit non remboursable, seuls les aidants payant de l'impôt peuvent en bénéficier.

Les conservateurs proposent de créer un nouveau crédit, non remboursable encore, dont pourront bénéficier les personnes prenant soin d'un conjoint ou d'un enfant mineur. Ce crédit ferait épargner un maximum de 300 $ par année.

Le Bloc, lui, recommande d'élargir l'application du crédit existant aux conjoints, de presque doubler sa valeur et d'augmenter le plafond à partir duquel le revenu de la personne aidée prive l'aidant de crédit.

Les libéraux et les néodémocrates, eux, proposent la création d'une prestation fiscale qui serait versée à tous les aidants naturels à faible et moyen revenu, qu'ils paient de l'impôt ou non. Les libéraux viseraient toutes les familles dont le revenu familial annuel est inférieur à 106 000 $. Le NPD, pour sa part, précise que la somme pourrait atteindre jusqu'à 1500 $ par année.

Directeur général de la Confédération des organisations de personnes handicapées du Québec, Richard Lavigne ne doute pas de la bonne foi des partis, mais note que le maintien de crédits non remboursables laisse en plan le grand nombre d'aidants dont les revenus sont trop bas pour payer de l'impôt. Pour cette raison, une prestation universelle est plus attrayante. Les sommes restent toutefois modestes et nettement insuffisantes pour compenser les pertes de revenus.

Soutien au revenu


Le soutien au revenu des aidants naturels ou des personnes qu'ils soutiennent occupe une place limitée dans cette campagne. Tous les partis proposent d'augmenter le supplément de revenu garanti versé aux personnes âgées les plus démunies. Les conservateurs proposent une hausse allant jusqu'à 600 $ de plus par année pour une personne seule et 840 $ pour un couple. Les autres partis proposent au moins le double.

Les conservateurs et les bloquistes ne proposent rien pour rendre plus généreux le congé de compassion de l'assurance-emploi qui permet à un salarié de s'absenter jusqu'à six semaines pour prendre soin d'un proche gravement malade. Libéraux et néodémocrates, en revanche, suggèrent d'offrir jusqu'à six mois de congé qui n'auraient pas à être pris de façon consécutive. Ils ne veulent plus non plus que le certificat médical exigé confirme un «risque de décès important». Ils privilégient la formulation suggérée par la Société canadienne du cancer, à savoir un «besoin important de soins en raison d'une maladie potentiellement mortelle».

Améliorer la situation financière des personnes âgées les plus pauvres est bien accueilli, tout comme l'amélioration du congé de compassion. Mais encore faut-il, note M. Lavigne, que les gens aient un emploi qui donne droit à l'assurance-emploi. Et ce congé fort utile ne répond pas aux besoins des aidants dont les proches ont une maladie chronique ou «des limitations fonctionnelles».

Logement

Le seul parti à aborder directement la question du logement dans un contexte d'entraide familiale est le NPD. Sa proposition, inspirée d'un programme manitobain, est qu'Ottawa accorde un prêt d'une valeur limitée aux familles qui veulent rénover leur maison pour y aménager un logement pour leurs parents âgés. Pour éviter la spéculation, le prêt n'est effacé que si la résidence reste entre les mains des mêmes propriétaires pendant dix ans.

M. Lavigne avoue ne pas bien connaître cette promesse néodémocrate, mais fait remarquer que, pour en profiter, il faut avoir les moyens d'avoir une maison et de la rénover. «Ce n'est pas le cas de la majorité de notre monde», dit-il. Marc-André Burelle-Savron, de l'organisme Ex aequo, croit qu'un tel programme peut avoir son utilité pour les familles désirant aider un proche dans le besoin.

L'essentiel

Le plus important reste les services, mais c'est une responsabilité des provinces. Le NPD en parle quand même. Il dit vouloir travailler avec elles pour faire des soins prolongés et des soins à domicile des services assurés en vertu de l'assurance maladie et inscrits dans la Loi canadienne sur la santé. Il veut aussi créer un transfert fédéral pour les soins de longue durée.

M. Burelle-Savron ne se fait pas d'illusion sur le potentiel d'accrochages qu'une telle politique pourrait provoquer entre Ottawa et les provinces, M. Lavigne non plus. De l'avis de ce dernier, Ottawa devrait aider financièrement les provinces, mais laisser ces dernières organiser les soins.

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Collaboratrice du Devoir