Le PLC expulse le candidat André Forbes

Michael Ignatieff, ici entouré de Bob Rae et de Denis Coderre lors d’un rassemblement hier à Brossard, a promis un nouveau pont Champlain d’ici dix ans si les libéraux sont élus.<br />
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Michael Ignatieff, ici entouré de Bob Rae et de Denis Coderre lors d’un rassemblement hier à Brossard, a promis un nouveau pont Champlain d’ici dix ans si les libéraux sont élus.

Brossard — Pour la deuxième fois en deux semaines, la campagne électorale a été marquée hier par des propos controversés à l'encontre des autochtones. Et cette fois, le fautif s'est fait montrer la porte: André Forbes ne sera pas candidat libéral dans Manicouagan.

Des propos de M. Forbes énoncés en 2002 et en 2004 ont forcé Michael Ignatieff à abandonner son candidat en milieu d'après-midi. «Les propos tenus par M. Forbes n'ont aucune place au sein du Parti libéral», dont le programme s'appuie sur le concept «d'égalité», a indiqué M. Ignatieff par voie de communiqué. «Nous condamnons de façon catégorique tout commentaire qui cherche à diviser les Canadiens en vertu de leur culture ou de leur ethnicité.»

Le chef libéral a été averti hier matin des commentaires d'André Forbes, et il a «immédiatement demandé à [son] personnel d'enquêter sur leur véracité. À la suite de cette enquête,

M. Forbes a été informé qu'il n'était plus candidat du Parti libéral», a confirmé M. Ignatieff. Lors d'un point de presse tenu à Compton plus tôt dans la journée, Michael Ignatieff avait qualifié «d'inacceptables» les propos de son candidat.

C'est le Nouveau Parti démocratique qui a mis André Forbes sur la sellette en rappelant quelques déclarations passées de l'ancien porte-parole de l'Association des droits des Blancs et membre de Métis Côte-Nord.

En mars 2002 — dans le contexte de la Paix des Braves —, M. Forbes déclarait au Soleil avoir travaillé avec des autochtones et ne se souvenir que «d'un seul qui faisait son travail correctement». Quelques mois plus tard, M. Forbes indiquait au même journal que les droits accordés par les gouvernements aux autochtones étaient trop généreux et représentaient une forme de «politique haineuse qui amène des tensions sociales et qui se termine comme en Israël». Puis, à un journaliste de L'Actualité, le candidat libéral déchu demandait en septembre 2002 s'il savait «combien ça coûte [à l'État], une tête à plumes».

Comme le mentionnaient en août 2009 des articles annonçant son intention de briguer l'investiture libérale dans Manicouagan, M. Forbes est aussi membre de Métis Côte-Nord. Or cette organisation a affirmé en janvier 2009 que «si la communauté métisse était constituée de musulmans, d'homosexuels ou de dames âgées qui fabriquent des mocassins en peaux de caribous», elle aurait droit à un meilleur traitement de la part d'Hydro-Québec.

Joint par Radio-Canada hier, M. Forbes n'a pas renié ses déclarations.

Picard déçu

La semaine dernière, le candidat bloquiste dans Abitibi-Baie-James-Nunavik-Eeyou avait lui aussi fait la manchette en affirmant que la candidature du leader cri Roméo Saganash pourrait décourager certains électeurs de voter pour le NPD, parce que

M. Saganash est autochtone. Yvon Lévesque s'est excusé et rétracté le lendemain.

Ces deux événements ont grandement déçu Ghislain Picard, chef de l'Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador. «C'est ironique de voir que ça prend ça pour qu'on parle des autochtones dans la campagne électorale», a-t-il lancé lors d'un entretien téléphonique hier.

Sans se prononcer à savoir si les propos de M. Forbes et de M. Lévesque traduisent un racisme anti-autochtone ambiant, Ghislain Picard estime qu'ils démontrent à tout le moins qu'il y a des lacunes dans le processus de sélection des candidats. «Je constate une distance importante entre les candidats et la connaissance qu'ils ont — ou n'ont pas — du dossier autochtone.»

Le Parti libéral a jusqu'au 11 avril pour trouver un remplaçant à André Forbes.

Pont Champlain

Cette histoire a obscurci la journée de Michael Ignatieff, passée entre Compton et Brossard. En soirée, les libéraux ont tenu un rassemblement de quelque 500 personnes dans Brossard-La Prairie, circonscription gagnée par 69 voix par la libérale Alexandra Mendes.

M. Ignatieff a profité de l'occasion pour promettre un nouveau pont Champlain d'ici 10 ans. Mais si les libéraux l'emportent le 2 mai, ils se mettraient à la tâche immédiatement pour planifier les travaux, a-t-il affirmé. «C'est un engagement formel.» Le Fonds Chantiers Canada serait utilisé. Les conservateurs privilégient plutôt de réparer le pont — ils ont promis 158 millions pour ce faire.
4 commentaires
  • JAMAIS UN QUeBEC PAYS - Inscrit 7 avril 2011 09 h 13

    Il a eu le courage

    Michael Ignatieff, contrairement à Gilles Duceppe a eu le courage de se défaire de ce candidat. Gilles Duceppe s'est contenté d’excuse…. De simples excuses……
    M. Duceppe je m’excuse moi aussi mais c’est inacceptable.

  • François Ricard l'inconnu - Inscrit 7 avril 2011 09 h 53

    Démocratie?

    Le PLC est un parti démocratique.
    Dans un parti démocratique, ce sont les membres en règles de ce parti qui choisissent leur représentant. Si un représentant est jugé indigne pour occuper le poste, ne revient-il pas aux membres de le limoger? Le chef de parti peut suggérer son renvoi, mais les membres devraient avoir la décision finale. En système démocratique, bien sûr.
    Il faut admettre que la démocratie que nous avons est très primaire...

  • Sylvain Auclair - Abonné 7 avril 2011 09 h 57

    À JAMAIS

    J'imagine que si M. Duceppe avait expulsé son candidat, vous auriez aussi trouvé à redire...

  • Pierre Rousseau - Abonné 7 avril 2011 11 h 50

    Parti polique

    C'est un parti politique pas un gouvernement et un parti n'a pas à être démocratique - c'est un organisme qui s'auto-gouverne et ses dirigeants peuvent limoger qui ils veulent si quelqu'un contrevient à l'idéologie d'un parti.

    Ce parti sera éventuellement soumis au jugement des électeurs pendant une élection et si les électeurs trouvent que le parti en question n'est pas assez démocratique ou ne répond pas à leurs aspirations, ils ne voteront pas pour ce parti - ça c'est la démocratie.

    Ignatieff avait parfaitement le droit d'expulser un candidat qui ne répond pas à l'idéologie du parti et devrait aussi s'attaquer à la manière qu'ils ont de choisir un candidat et vérifier que chacun est représentatif de la philosophie du parti qu'il veut représenter - ça leur éviterait l'embarras de le faire plus tard, en public!

    D'autre part Duceppe peut très bien soutenir son candidat Lévesque qui a tenu des paroles pas mal méprisantes aussi et il sera jugé par les électeurs de cette circonscription, de même que par les électeurs de tout le Québec s'ils trouvent que Duceppe n'a pas bien agi dans ce cas.