Portneuf-Jacques-Cartier - Le fief ( menacé ) du roi Arthur

Clovis Santerre prétend avoir coiffé la plupart des députés de l’histoire de la circonscription de Portneuf–Jacques-Cartier. «Dans le temps qu’[André Arthur] était à la radio, personne ne l’écoutait sauf que tout le monde avait entendu ce qu’il avait dit, affirme-t-il. Et quand il s’est présenté, tout le monde l’haïssait mais il a été élu.»
Photo: Yan Doublet - Le Devoir Clovis Santerre prétend avoir coiffé la plupart des députés de l’histoire de la circonscription de Portneuf–Jacques-Cartier. «Dans le temps qu’[André Arthur] était à la radio, personne ne l’écoutait sauf que tout le monde avait entendu ce qu’il avait dit, affirme-t-il. Et quand il s’est présenté, tout le monde l’haïssait mais il a été élu.»

Québec — Se promener dans la circonscription d'André Arthur (Portneuf-Jacques-Cartier) est une expérience déroutante. Dans les restos comme les commerces, personne ne s'explique comment il a pu parvenir à se faire élire en 2006 et en 2008. À part peut-être le barbier de Saint-Raymond...

De Donnacona à Saint-Raymond, pas moyen de trouver un partisan d'André Arthur. Chez Valentine, à Donnacona, à deux pas de son bureau de circonscription, les clients nous parlent de son élection comme d'un mystère. «Je ne sais pas du tout pourquoi il est rentré là, observe Josée Lirette. J'ai aucune idée. Y a personne qui l'aime, c'est pas normal.»

Pourtant, c'est à Donnacona qu'André Arthur s'était replié il y a quelques années quand il a été banni des stations de radio de Québec. Située à l'ouest de la capitale, la petite ville de 6000 habitants était connue pour son usine de pâtes et papier, Abitibi-Bowater, qui a fermé ses portes en 2007. Les temps sont difficiles, mais le boom immobilier dans la région de Québec commence à rajeunir la population des environs. Employée dans une école, Charmaine Guindon a observé une hausse du nombre d'écoliers. «On en a 76 cette année et l'année prochaine, on va être quasiment 100. J'ai jamais vu des inscriptions comme ça.»

À Saint-Raymond de Portneuf (9200 habitants), plus au nord, on parlait beaucoup lors de notre passage de Hockeyville, un concours organisé par Kraft permettant à une petite ville d'être l'hôte d'un match présaison de la LNH tout en rénovant sa patinoire (Saint-Raymond s'est finalement incliné derrière Conception Bay South, à Terre-Neuve). Mais aucune trace d'une quelconque fièvre électorale ou «arthurienne». À la boutique de chasse et pêche, le propriétaire Mario Moisan se demande encore comment la population a pu élire André Arthur, non pas une, mais deux fois. «La première fois, c'était un vote de contestation: le monde était tanné de ce qui se passait; mais la deuxième fois, j'ai pas compris.»

Différentes allégeances

La circonscription a souvent changé de camp dans son histoire. Après avoir longtemps élu le Bloc québécois, elle a brièvement donné une chance aux libéraux (2000) pour ensuite renouer avec le Bloc (2004) et enfin élire André Arthur. Élu avec une majorité de 7000 voix devant le Bloc en 2006, le député Arthur a dû se contenter d'une avance de quelques centaines de votes deux ans plus tard. Et de l'avis de bien des observateurs, sa circonscription est l'une de celles qui risquent le plus de virer de bord le 2 mai dans la grande région de Québec.

Sur place, bien des gens confient ne pas le porter dans leur coeur. On lui reproche son absentéisme à Ottawa et dans la circonscription, on le soupçonne de ne solliciter un nouveau mandat que pour obtenir sa pension. On se moque de son bus... Hier, le principal intéressé a fait une rare sortie publique pour se défendre, se décrivant comme «un modèle d'assiduité», rapportait Radio-Canada.

Quant à ses critiques, ils ne parlent pas toujours très fort. «Je ne vous donnerai pas d'entrevue, mais je peux vous dire que je ne voterai pas pour Arthur, lance le patron d'un restaurant derrière son comptoir. Vous devriez aller voir le barbier, lui il va vous parler.»

Le barbier en question, Clovis Santerre, vit à Saint-Raymond depuis 30 ans et prétend avoir coiffé la plupart des députés de l'histoire de la circonscription. Sur le mystère André Arthur, il a sa petite idée. «Dans le temps qu'il était à la radio, personne ne l'écoutait sauf que tout le monde avait entendu ce qu'il avait dit. Et quand il s'est présenté, tout le monde le haïssait, mais il a été élu.»

M. Senneterre ne veut pas dire pour qui il compte voter «parce qu'il a un commerce», mais mentionne qu'il a déjà voté Crédit social et ADQ. Quant à André Arthur, il a le dos large, selon lui. «Il a pas fait pire que les autres qui ont été dans le comté depuis Michel Pagé [député libéral provincial de 1973 à 1992] que ce soit au fédéral ou au provincial. S'ils ont pas été ministres, ils n'ont rien fait.»

«Si la tendance se maintient», l'ancien animateur de radio ne sera pas réélu, prédit-il, en signalant les résultats serrés du dernier scrutin.

Pourtant, on ne sent chez lui comme chez les autres aucun enthousiasme pour le Bloc qui présente le même candidat que lors de la dernière élection, Richard Côté. Au Tim Hortons de Donnacona, Mme Guindon disait même n'avoir aucune idée de son nom ou de son visage, alors que son affiche trônait fièrement au centre du boulevard, juste devant le restaurant. Quant au Parti libéral, il n'avait pas encore dévoilé le nom de son candidat lors de notre passage la semaine dernière. Comme le faisait remarquer Mme Guindon, qu'on l'aime ou pas, André Arthur a au moins un avantage: on le connaît.

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