Projet hydroélectrique du Bas-Churchill - Stephen Harper promet une garantie de 4 milliards

Hier à St. John's, en présence de la première ministre de Terre-Neuve, Kathy Dunderdale, Stephen Harper a fait cette annonce lors d'une assemblée de partisans.
Photo: Agence Reuters Chris Wattie Hier à St. John's, en présence de la première ministre de Terre-Neuve, Kathy Dunderdale, Stephen Harper a fait cette annonce lors d'une assemblée de partisans.

Québec — C'est un véritable affront qu'a fait, hier, le chef conservateur Stephen Harper au gouvernement du Québec en promettant de garantir un prêt de 4,2 milliards pour la construction du projet hydroélectrique du Bas-Churchill, au Labrador, évalué à 6,2 milliards.

Stephen Harper a fait cette annonce à St. John's lors d'une assemblée de partisans en présence de la première ministre Kathy Dunderdale.

Pour Terre-Neuve-et-Labrador, il s'agit d'un avantage financier majeur puisque cette garantie de prêt permettra à la province d'emprunter au même taux que celui du gouvernement canadien. À l'heure actuelle, il existe un écart de 0,725 % entre une obligation à long terme de Terre-Neuve et le même titre émis par le Canada, mais l'émission d'obligations d'une valeur de 4,2 milliards par Terre-Neuve pourrait commander un écart supérieur, a indiqué au Devoir une source du marché obligataire. Sur une période de 30 ans, cet avantage financier pourrait atteindre 1milliard de dollars.

Avec la garantie de prêt du fédéral, Terre-Neuve jouira d'un financement bien moins onéreux que celui que doit supporter Hydro-Québec pour son actuel programme d'investissements, qui s'élève à 25 milliards entre 2008 et 2013.

Jusqu'ici, il avait été question que le gouvernement Harper offre à Terre-Neuve une garantie de prêt pour un projet beaucoup plus modeste, soit 375 millions pour l'installation d'un câble sous-marin entre la province et sa voisine, la Nouvelle-Écosse. Mais déjà le gouvernement Charest s'était opposé avec énergie à cette garantie de financement qui apparaît, avec l'annonce d'hier, bien anodine.

Encore hier, le premier ministre Jean Charest a réitéré cette opposition. «Nous n'acceptons pas que le gouvernement fédéral s'immisce dans ce secteur-là pour appuyer financièrement des projets de lignes de transport. C'est une position que nous défendons avec beaucoup de fermeté depuis toujours», a-t-il déclaré. Il semble bien que Stephen Harper ne l'ait pas informé de ses intentions lors de l'entretien que les premiers ministres ont eu il y a deux semaines à l'aéroport de Québec. Au moment de mettre sous presse, le gouvernement Charest s'était réfugié dans le mutisme.

À plusieurs reprises, le gouvernement Charest a rappelé qu'Hydro-Québec n'a jamais reçu l'aide d'Ottawa pour construire son réseau de centrales et de lignes de transport.

Comme s'il voulait faire un pied de nez à son homologue québécois qui l'a enquiquiné avec les enjeux environnementaux, Stephen Harper a placé l'annonce d'hier sous le signe des énergies propres. Un gouvernement conservateur «envisagera d'offrir un soutien financier à des projets majeurs d'infrastructure d'énergie propre ayant une importance régionale ou nationale aux quatre coins du Canada», a affirmé Stephen Harper dans un communiqué.

Ainsi, le projet hydroélectrique du Bas-Churchill permettra de réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES) de 4,5 millions de tonnes par année, «ce qui équivaut au retrait de 3,2 millions de voitures de la circulation chaque année», a souligné le chef conservateur.

Le plan conservateur, qui profiterait à Terre-Neuve, serait en principe offert à toutes les provinces pour des projets d'énergie propre dans la mesure où ils sont nouveaux. Dans leur communiqué en français, les conservateurs ont donné un exemple québécois d'un investissement d'Ottawa dans de tels projets, soit la construction du gazoduc entre Vallée-Jonction, en Beauce, et Thetford Mines pour lequel le gouvernement Harper a consacré 18 millions.

L'énergie produite par le complexe hydroélectrique du Bas-Churchill sera transportée en Nouvelle-Écosse et, de là, pourra être acheminée sur les marchés de la Nouvelle-Angleterre où Hydro-Québec est déjà présente. À l'heure actuelle, les provinces de l'Atlantique sont fortement dépendantes des énergies polluantes — le charbon notamment — pour leur production d'électricité.

Le Bas-Churchill devient ainsi le troisième dossier dans lequel les conservateurs déçoivent le Québec en quelques mois. Le gouvernement Harper a refusé de financer le futur amphithéâtre de Québec et tarde à en arriver à une entente au sujet de l'harmonisation de la TPS et de la TVQ, pour laquelle le gouvernement de Jean Charest réclame 2,2 milliards.

De passage à Louiseville, dans le Centre-du-Québec, le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, a dénoncé l'engagement pris par les conservateurs.

«On a payé ça seul [Hydro-Québec], a-t-il tonné. Or tout d'un coup, avec notre propre argent, on va venir nous concurrencer? Ça n'a pas de sens.» Sur Twitter, le chef bloquiste a écrit que c'était «une gifle pour le Québec».

De son côté, le chef néodémocrate, Jack Layton, a accueilli l'idée favorablement. «On accepte la proposition que le fédéral peut aider un tel projet, dans un contexte où les règles sont claires et [que] toutes les autres provinces, incluant le Québec, puissent avoir le même type d'appui pour les projets qu'elles veulent présenter», a-t-il affirmé.

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Avec La Presse canadienne

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