De Daisy à Iggy, cinq décennies d'attaques

1964 Daisy est au cœur de la première «vraie» publicité négative télévisée. Lyndon B. Johnson y cultivait la peur à propos du candidat républicain qui avait évoqué la possibilité d’utiliser l’arme nucléaire contre les communistes au Vietnam.<br />
Photo: 1964 Daisy est au cœur de la première «vraie» publicité négative télévisée. Lyndon B. Johnson y cultivait la peur à propos du candidat républicain qui avait évoqué la possibilité d’utiliser l’arme nucléaire contre les communistes au Vietnam.

Ottawa — La toute première, ce fut Daisy, en 1964. L'image d'une fillette comptant maladroitement les pétales d'une marguerite dans un champ. À 10, la caméra plonge dans la pupille de l'enfant, et une voix hors champ entame un compte à rebours. «Trois, deux, un, zéro»... et une bombe atomique explose.

Le message? «Vous avez le choix entre bâtir un monde où chaque enfant peut vivre, ou plonger dans la noirceur. Nous devons nous aimer les uns les autres ou nous devons mourir. Votez Lyndon B. Johnson». Pour tous les spécialistes, c'est là la première «vraie» publicité négative télévisée, qui cultivait la peur à propos du candidat républicain qui avait évoqué la possibilité d'utiliser l'arme nucléaire contre les communistes au Vietnam.

Publicité «Daisy»: Lyndon Johnson contre Barry Goldwater, 1964

Ce sont encore les communistes qui ont inspiré à l'équipe de Ronald Reagan une autre publicité qui a fait date: celle de l'ours, en 1984. Sur des images d'une bête en liberté, un narrateur illustre la menace rouge en quelques phrases. Il y a un ours dans les bois, dit-on. Pour certains, il est facile à voir. D'autres ne le voient pas du tout. Certains disent qu'il est gentil, d'autres qu'il est dangereux. Mais comme personne ne peut être complètement sûr qu'il a raison, n'est-il pas prudent de se montrer au moins aussi fort que l'ours?

Le doute était instillé: le candidat démocrate Walter Mondale saurait-il faire face à la guerre froide? Cette année-là, Reagan a remporté 49 des 50 États lors de l'élection, en route pour une victoire historique.

Publicité «The Bear»: Ronald Reagan contre Walter Mondale, 1984

Au Canada, c'est la publicité visant Jean Chrétien en 1993 qui a la première marqué les esprits. Les conservateurs de Kim Campbell avaient tenté d'exploiter le handicap physique de M. Chrétien — sa paralysie d'un côté du visage — pour faire valoir que le chef libéral n'avait pas l'apparence d'un premier ministre. Le tollé a été immédiat, forçant Mme Campbell à s'excuser et à retirer la publicité. M. Chrétien avait eu cette réplique: «C'est vrai que je parle d'un seul côté de la bouche. Mais c'est mieux que les conservateurs, qui eux parlent des deux côtés de la bouche...»





En 2005-2006, les libéraux ont aussi fait leur erreur de parcours en produisant une publicité laissant entendre que Stephen Harper mettrait des soldats partout dans les villes canadiennes. Le mensonge était gros: la publicité a eu l'effet contraire à celui escompté et a contribué à la défaite libérale.





En 2007-2008, les conservateurs ont eu plus de succès en s'attaquant à Stéphane Dion avec une campagne sur le thème «pas un leader». En quelques publicités, ils ont réussi à caricaturer le chef libéral et à miner durablement sa crédibilité politique. La même stratégie est employée depuis 2009 contre Michael Ignatieff, attaqué non pas sur ses qualités de leader, mais sur ses réelles ambitions et motivations. Il ne fait que visiter le pays, martèle-t-on, et s'il est revenu au Canada, c'est pour sa propre gloire, pas pour les Canadiens.






Les conservateurs ont toutefois dû retirer une des publicités de cette campagne, pour cause de citation hors contexte. «Est-il logique d'augmenter les taxes pour ceux qui créent de l'emploi étant donné le contexte économique difficile?» disait la publicité. «Demandons à Ignatieff», ajoutait-elle avant d'insérer un extrait où M. Ignatieff scandait des «yes! yes! yes!» lors d'un rassemblement. Or, les «yes! yes! yes!» étaient extraits d'un discours de M. Ignatieff dans lequel il demandait si «les libéraux sont prêts à servir la population? Prêts à se battre pour le Canada qu'on aime?».





2 commentaires
  • Pierre Marcotte - Inscrit 29 mars 2011 12 h 49

    Tristesse et bassesse élémentaire

    C'est tellement dommage qu'on en soit rendu là. Les mensonges, les coups fourrés, les demi-vérités, les cachotteries, les attaques personnelles, tout ça me fait presque perdre espoir.

    Les différents candidats devraient vanter leur programme, pas ridiculiser la personne derrière l'autre. Les campagnes de salissage n'ont réussi qu'à détourner l'électorat de son rôle principal, soit celui de choisir le gouvernant. Élevons-nous, élevez-vous, je vous en supplie.

    Restons dans le domaine des idées et des discussions. Ne tombons pas au niveau des Star Cacadémie ou des télé-réalités de ce monde.

  • Daniel Bérubé - Abonné 29 mars 2011 15 h 31

    Il y a bas... et bas...

    Quand on est rendu dans une faiblesse telle, que l'on ne réussit plus a remonter comparativement aux autres ou aux concurents... et que l'on doivent essayer de leur monter sur la tête (ou les dévaloriser) ont est rendu bas, mieux vaux de se retirer et laisser sa place à ses concurents.

    Il est décevant de réaliser que des bassesses semblables soient utlilsées, et je considère que la politique continuera à descendre dans mon estime; je compare la chose à un combat de boxe professionnel, et qu'au début du match, un des combattant donnerait un bon coup de pied sur les testicules de son adversaire, qui "écraserait" évidemment sur le coup... et l'on verrait celui ayant donné le coup de pied se promener sur le ring, les bras en l'air, demandant des applaudissements, comme s'il était fier de son coup... et l'on verrait l'arbitre compter jusqu'à dix pour éliminer celui qui s'est "écraser" sous la force du coup de pied...

    Que ces choses soient accepté par les responsables des élections est... plus que décevant. Si ont permet de RIDICULISER le handicap d'une personne (Mr. Jean Chrétien), voulant démontrer que les handicapés sont "inférieur" aux normaux... ceci en dit long...

    Peut-être que pour certains canadiens (es), il faut être fort pour oser faire ça ! Et bien, c'est curieux, pour ma part, je trouve qu'il faut être lâche, sans idées, sans projets a présenter. Je considère que pour en arriver là, il ne faut pas être capable de se remonter : donc, ont abaisse les autres...

    Continuez comme ça, et d'ici peu, si je vois mes enfants écouter une annonce politique venant des cons-servateurs, je dirai aux jeunes : écoutez un film de guerre, de tueries, de sexe ou autre... c'est mieux que ces bassesses...