L'épreuve des faits - Les coalitions sont-elles légitimes?

Le premier ministre australien John Howard en compagnie de Stephen Harper, en 2006, lors d’une visite officielle. En Australie, où le parlementarisme britannique est en vigueur comme au Canada, les coalitions sont fréquentes.
Photo: Agence Reuters Dave Chan Le premier ministre australien John Howard en compagnie de Stephen Harper, en 2006, lors d’une visite officielle. En Australie, où le parlementarisme britannique est en vigueur comme au Canada, les coalitions sont fréquentes.
Les faits: Ces déclarations sont fausses. Les exemples de gouvernement de coalition foisonnent dans le monde. L'Italie, Israël, l'Allemagne, la Finlande, l'Australie sont des abonnés aux coalitions. Même la Grande-Bretagne s'y frotte ces jours-ci. Mais deux cas en particulier attirent l'attention.

En Australie d'abord, où le parlementarisme britannique est en vigueur comme au Canada, les coalitions sont fréquentes. Et elles ne sont pas toujours formées du parti s'étant classé premier au chapitre du nombre de sièges.

Ainsi, lors de l'élection législative fédérale de 1998, le Parti libéral de John Howard, qui était au pouvoir, a perdu des plumes. Il a laissé échapper 11 sièges, pour n'en conserver que 64. Son partenaire de coalition, le Parti national, a aussi perdu trois sièges pour n'en conserver que 16. Le grand gagnant de la joute électorale: le Parti travailliste australien qui a augmenté ses gains de 18 sièges, pour en obtenir 67 au total. Les travaillistes n'avaient pas la majorité, mais ils avaient le plus grand nombre de députés. Cela n'a pas empêché le libéral John Howard de reformer sa coalition avec son partenaire, ce qui lui a permis de coiffer le «vainqueur» de l'élection. M. Howard est resté en poste.

M. Harper a-t-il dénoncé le manque de légitimité de John Howard? Au contraire. Il a érigé son Parti libéral (l'équivalent d'un parti conservateur en Australie) au rang de modèle pour ses troupes ici au Canada. Les stratèges de M. Harper se sont inspirés des campagnes électorales australiennes de M. Howard pour bâtir la campagne de 2005-2006 qui l'a porté au pouvoir. Grand symbole s'il en est, M. Howard a été le premier chef d'État à officiellement rendre visite à Stephen Harper en mai 2006. John Howard s'est alors fait offrir l'insigne honneur de s'adresser à la Chambre des communes. Il y a eu bien des poignées de mains, des sourires et des rires. Mais aucune accusation de lèse-légitimité.

Rappelons qu'en Israël, à l'heure actuelle, le gouvernement est dirigé par le premier ministre Benjamin Nétanyahou du parti Likoud. Seul hic: à l'élection du 10 février 2009, le Likoud de M. Nétanyahou a obtenu 27 sièges, soit un de moins que le parti Kadima. Mais voilà: c'est lui que le président a chargé de former un nouveau gouvernement, ce qu'il a fait en formant une coalition avec le Parti travailliste d'Éhoud Barak. Stephen Harper a rencontré M. Nétanyahou à deux reprises depuis son élection. À aucun moment ne lui a-t-il dit qu'il était illégitime.

Notons enfin qu'en Ontario, en 1985, le gouvernement conservateur de Frank Miller a été défait sur une motion de défiance après seulement quatre mois de gouvernement. Des élections n'ont pas été lancées. Les deux partis de l'opposition ont plutôt formé une coalition gouvernementale qui a duré deux ans.

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