Vers des élections le 2 mai

Le chef du NPD, Jack Layton, expliquant aux journalistes, hier, que son parti ne pourra appuyer le budget Flaherty, ouvrant ainsi la porte à une campagne électorale.
Photo: Fred Chartrand The Canadian Press Le chef du NPD, Jack Layton, expliquant aux journalistes, hier, que son parti ne pourra appuyer le budget Flaherty, ouvrant ainsi la porte à une campagne électorale.

Ottawa — Il durait depuis longtemps, mais il semble que le suspense électoral tire désormais à sa fin. À moins d'un exceptionnel désir de compromis de dernière minute de la part du gouvernement conservateur, le budget déposé hier par le ministre des Finances, Jim Flaherty, restera tel qu'il est et sera battu par les trois partis d'opposition. Le Canada se lancera dans sa 41e campagne électorale, la quatrième en près de sept ans.

Jack Layton, le chef du Nouveau Parti démocratique vers qui tous les regards convergeaient, a indiqué hier qu'il jugeait le contenu du budget insuffisant par rapport à ses demandes. «Il n'y a rien dans ce budget qui m'a convaincu que Stephen Harper a changé d'avis et qu'il est prêt à faire fonctionner le Parlement pour donner un répit aux familles de la classe moyenne. C'est pourquoi le NPD n'appuiera pas le budget dans sa forme actuelle.» Selon lui, M. Harper «a fait un choix».

C'est sur M. Layton, qui se remet à peine d'un cancer de la prostate et d'une chirurgie à la hanche, que reposait le déclenchement de cette élection, le Parti libéral et le Bloc québécois ayant laissé peu de doute sur leurs intentions. De fait, le chef libéral Michael Ignatieff a annoncé son opposition au budget parce que celui-ci ne reflète pas les priorités des Canadiens, et le chef bloquiste, parce que la compensation du Québec pour l'harmonisation de sa taxe de vente n'est pas au rendez-vous.

«On dépense mille fois plus sur les avions de chasse que sur l'aide aux étudiants au postsecondaire, a dit M. Ignatieff. Mille fois plus sur les prisons que pour la prévention du crime. Ce sont des priorités qui n'ont rien à voir avec les priorités des Canadiens. [...] Le gouvernement a perdu la confiance de la Chambre.» Selon lui, il est «évident que la bataille est déjà commencée».

M. Duceppe s'est défendu d'avoir trop exigé d'Ottawa, lui qui ne semble obtenir aucune concession dans le budget Flaherty. «Nous avons été le seul parti à prendre une décision sur la base de chiffres rigoureux rendus publics le 25 janvier. On ne se base pas sur le sondage de la veille comme d'autres partis peuvent le faire.»

M. Flaherty a déclaré sur CBC qu'il n'apporterait aucun changement à son budget. «Le travail d'un gouvernement n'est pas d'apaiser les partis d'opposition», avait-il dit plus tôt dans la journée en point de presse. La chute du gouvernement pourrait donc survenir dès demain, lors du premier vote sur le budget. Le NPD a fait savoir que tous ses députés se présenteront au vote. L'élection aura alors lieu le 2 mai prochain, à moins que le premier ministre Stephen Harper décide que la campagne doit durer plus longtemps que les cinq semaines minimales.

Grosses compressions au menu


Le ministre Jim Flaherty a déposé hier un budget qui cache ses orientations conservatrices derrière quelques mesures sociales qui, toutes timides soient-elles, visaient à rallier le Nouveau Parti démocratique, d'une part, et à couper l'herbe sous le pied du Parti libéral, d'autre part. Le gouvernement de Stephen Harper espérait que les réductions de 5 à 10 % des dépenses des ministères qu'il propose à compter de l'an prochain seraient oubliées grâce à l'aide bonifiée consentie aux aînés et aux aidants naturels. Peine perdue.

Le budget 2011-2012 sera cette année encore déficitaire. Le manque à gagner sera de 29,6 milliards de dollars. Par contre, Ottawa estime que le déficit pour l'année 2010-2011 sera de 5 milliards inférieur à ce qui avait été prévu, soit de 40,5 milliards. Ottawa maintient le cap sur le retour à l'équilibre en 2015-2016, avec toutefois un peu plus de confiance. Les surplus cette année-là seront de 4,2 milliards. C'est sans prendre en compte les importantes restrictions budgétaires annoncées hier.

Car la mesure la plus spectaculaire et pourtant la moins mise en évidence de ce budget 2011 est ce nouvel «examen stratégique et fonctionnel» que mettra en branle le gouvernement dès cette année. Chaque ministère fédéral, à l'exclusion des agents du Parlement, tel que la vérificatrice générale ou Élections Canada, devra soumettre deux plans de réduction permanente de ses dépenses: un prévoyant une diminution de 5 % de ses budgets et un autre, de 10 %. (Ce taux de 10 % n'apparaît dans aucun document budgétaire présenté hier, mais il a été confirmé par les fonctionnaires.) Le gouvernement décidera ensuite lequel de ces deux plans devra être mis en place par chaque ministère. Au total, Ottawa espère retrancher de 4 à 8 milliards de dollars par année. Ce montant n'est pas pris en compte dans le calcul du solde budgétaire pour l'instant.

«Cela nous permettra d'accomplir plusieurs choses, a expliqué le ministre Flaherty en point de presse. Cela pourrait avoir pour effet d'équilibrer le budget en 2014-2015 au lieu de 2015-2016. Deuxièmement, cela nous donnera une marge de manoeuvre pour rembourser la dette. Et troisièmement, cela nous donnera l'occasion de réduire encore plus les impôts.»

Ces compressions permanentes s'ajouteront à celles déjà décidées dans le cadre d'un précédent exercice dont les résultats ont été publiés dans le budget d'hier. Au total, 195 millions seront retranchés de l'État dès cette année, 271 millions l'année prochaine et 569 millions en 2013-2014. Le ministère des Ressources humaines écope le plus, avec des compressions de 274 millions, suivi par les Travaux publics (99 millions). On ignore quels programmes seront affectés.

Layton courtisé


Cette révision occupe à peine deux pages dans le budget et deux courtes lignes dans le discours de 14 pages du ministre. L'accent a davantage été mis sur les mesures ciblées qui étaient susceptibles de rallier les partis de l'opposition, en particulier le NPD.

Aussi Jack Layton était-il servi. Il voulait venir en aide aux aînés? Ottawa annonce une nouvelle prestation complémentaire pour les moins nantis pouvant atteindre 600 $ par personne seule par année. L'investissement est de 300 millions pour Ottawa. Il voulait augmenter le nombre de médecins et d'infirmières en région? Ottawa annulera à partir de 2012 le prêt étudiant de ceux-ci, jusqu'à concurrence de 40 000 $ pour les médecins et de 20 000 $ pour les infirmières qui déménagent en régions éloignées, pour un coût de 9 millions de dollars. Il voulait la reconduction du programme de rénovation domiciliaire? Le programme écoÉnergie est renouvelé, mais seulement pour un an, au coût de 400 millions. Il n'y a rien toutefois concernant sa demande d'annulation de la taxe sur le chauffage domiciliaire. M. Layton a vu qu'au-delà des intitulés, les montants offerts n'étaient pas à la hauteur de ses attentes.

Le Parti libéral, quant à lui, voyait les conservateurs empiéter sur ses platebandes. Le parti de Michael Ignatieff compte beaucoup sur sa nouvelle prestation aux aidants naturels pour accrocher l'imaginaire des Canadiens en campagne électorale. Les libéraux proposent qu'à l'image des congés de maternité, le congé pour aidant naturel proposé permette de s'absenter plus longtemps du travail pour s'occuper d'un proche malade. Les prestations seraient puisées à même la caisse d'assurance-emploi. Un crédit d'impôt remboursable de 1350 $ serait aussi versé chaque année.

Les conservateurs empruntent quant à eux uniquement la voie du crédit d'impôt, par ailleurs moins généreux et qui n'entrera en vigueur qu'en 2012. Ce crédit annuel de 2000 $ se traduira par 300 $ de plus dans les poches de toute personne s'occupant d'un proche malade (conjoint, enfant, parent, frère ou soeur). Le plan des conservateurs coûtera 160 millions par année, contre près d'un milliard pour celui des libéraux.

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