Recherche - La part belle à la recherche appliquée

Ottawa — La recherche et la science obtiennent 216 millions de dollars sur deux ans dans le budget déposé hier à Ottawa. Les montants sont dispersés à droite et à gauche, sans véritable fil conducteur.

La plus grosse part revient à Génome Canada, qui obtient 65 millions cette année (mais rien l'an prochain). Les trois conseils subventionnaires fédéraux reçoivent quant à eux une enveloppe supplémentaire de 74 millions sur deux ans. Le Conseil de recherche en sciences naturelles et en génie du Canada touchera 15 millions par année, tout comme les Instituts canadiens en santé. Le Conseil de recherche en sciences humaines du Canada reçoit quant à lui un peu moins, avec 7 millions par année.

Dans ce dernier cas, le Conseil national des cycles supérieurs de la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ) a déploré hier que les sciences humaines soient encore les parents pauvres de la recherche. Le fait que les bourses postdoctorales continuent d'être imposées, comme annoncé dans le budget de 2010, a également déplu à l'organisme. «Les dossiers de dizaines de postdoctorants au Canada sont présentement réévalués et dans certains cas, l'Agence du revenu leur exige des dizaines de milliers de dollars en retour», affirme Laurent Viau, président du Conseil national des cycles supérieurs (CNCS-FEUQ).

Le gouvernement fédéral a également annoncé la création de dix nouvelles chaires d'excellence en recherche, au coût de 53,5 millions de dollars sur cinq ans. La première tranche de 10 millions sera toutefois déboursée en 2012-2013, soit dans un an.

Un fonds de 100 millions devrait quant à lui être créé pour soutenir la recherche sur le cerveau, mais sur une période de 10 ans, au rythme de 10 millions par année. De plus, la recherche sur le climat et l'atmosphère reçoit 14 millions sur deux ans.

Dans le but de resserrer les liens entre les communautés universitaires du Canada et de l'Inde, Ottawa met sur pied un Centre d'excellence pour la recherche Canada-Inde. Un budget de 12 millions sur cinq ans sera octroyé à une université choisie à la suite d'un concours. «Le Centre axera ses efforts sur la création de partenariats entre des personnes et des organisations clés du Canada et de l'Inde», peut-on lire dans les documents budgétaires.

Pierre Noreau, président de l'Association francophone pour le savoir (Acfas), déplore le déséquilibre dans les subventions accordées aux trois fonds de recherche, déséquilibre qui défavorise clairement les sciences humaines, mais qui «va dans le sens de ce que le gouvernement Harper définit comme être de la recherche, une recherche proche de l'industrie».

Le président de la Fédération québécoise des professeures et professeurs d'université (FQFFU), Max Roy, dénonce le fait que les subventions ciblent encore une fois des recherches dont les résultats sont commercialisables. «Pour les professeurs, cette vision ciblée de la recherche vers la productivité économique est une façon de détourner le sens même de la recherche, qui doit être à caractère plus fondamental et libre. On n'est pas contre la recherche appliquée, mais ça ne doit pas être notre seul lieu d'investissement.» M. Roy ne s'enthousiasme pas non plus de la création de nouvelles chaires de recherche, car celles-ci «ont eu jusqu'à maintenant pour effet d'obliger les universités à orienter leurs programmes et leurs infrastructures en fonction de ces nouvelles sources de financement. C'est une façon de s'immiscer dans les orientations intellectuelles et dans la mission première des universités».

***

Avec la collaboration de Pauline Gravel

***

Veuillez noter que ce texte a été modifié après publication.

À voir en vidéo