Drames en vue à Ottawa

La semaine du premier ministre s’annonce mouvementée.<br />
Photo: Agence Reuters Mike Cassese La semaine du premier ministre s’annonce mouvementée.

Ottawa — Y aura-t-il suffisamment de jours la semaine prochaine pour que tous les drames à l'horaire du Parlement fédéral puissent prendre l'affiche? La question se pose, tant la semaine politique risque d'être mouvementée. Les votes de confiance succéderont aux menaces d'outrage au Parlement et au budget, autant d'occasions de précipiter le pays dans une campagne électorale fédérale que tout le monde dit ne pas désirer, mais que personne ne tente d'éviter.

On sait maintenant que le gouvernement pourra présenter son budget en paix mardi, la possibilité d'un vote de confiance tenu la veille étant désormais écartée. Les conservateurs misent sur ce budget pour, sinon convaincre leurs adversaires à la Chambre des communes de les maintenir en poste, du moins pour mettre la table électorale. «Il y aura plus qu'assez de raisons pour que quiconque intéressé par l'économie et la création d'emplois appuie ce budget», a quand même prédit le premier ministre Stephen Harper mardi.

Le Nouveau Parti démocratique a indiqué qu'il subordonnera ses votes de la semaine à son appréciation du budget, mais il n'en reste pas moins que la véritable toile de fond de l'activité politique de la semaine sera l'intégrité du gouvernement et son respect des institutions parlementaires. Trois rendez-vous sont donc à surveiller.

D'abord, les allégations de lobbying illégal visant Bruce Carson, un ancien proche conseiller de Stephen Harper, alimenteront les périodes de questions. Ensuite, le Comité de la procédure et des affaires de la Chambre saisira les députés de son rapport sur le refus du gouvernement conservateur de fournir aux élus les coûts de ses projets de loi. Les députés doivent décider si le gouvernement a commis un outrage en ne divulguant pas tous les coûts anticipés de ses projets de loi en matière de justice.

Le gouvernement a d'abord estimé à 2,7 milliards le coût de six d'entre eux, mais ce montant paraît incomplet. Ainsi, Ottawa a évalué cette semaine à 717 millions sur cinq ans sa réforme de la justice pour jeunes délinquants alors que son coût avait été jugé nul le mois dernier. De plus, les coûts d'incarcération ne sont pas pris en compte partout sous prétexte, dixit le ministre de la Sécurité publique, Vic Toews, que l'opposition ne les avait pas réclamés spécifiquement. «Où, dans la motion, voyez-vous cela? Le comité et le président de la Chambre n'ont jamais rien demandé quant aux coûts des prisons.»

Mise en marché ?

Enfin, ce même comité fera aussi rapport vendredi sur la ministre de la Coopération internationale, Bev Oda, dont les explications contradictoires concernant le financement du groupe Kairos l'exposent à une déclaration d'outrage. Chose certaine, au moins un vote de confiance se tiendra au plus tard vendredi, le gouvernement n'ayant pas le choix de faire adopter certains crédits budgétaires avant le 26 mars.

Les sondages sont plutôt mauvais pour le Parti libéral depuis maintenant quelques semaines. Les diverses maisons créditent le Parti conservateur d'une confortable avance de près de 13 points sur leur adversaire. Même en Ontario les libéraux ont perdu pied. Pourquoi alors Michael Ignatieff voudrait-il tant aller à l'abattoir?

Les libéraux calculent que la campagne électorale sera la seule enceinte où leur chef pourra se faire valoir et déconstruire l'image d'une personne distante et supérieure que les publicités négatives conservatrices ont réussi à imposer. Ils estiment qu'ils ne peuvent que perdre en crédibilité en maintenant Stephen Harper au pouvoir dans l'attente d'une embellie dans les sondages.

Cet état d'esprit libéral, combiné à la détermination bloquiste d'entrer en période électorale, eux qui jouissent de très bonnes intentions de vote même dans la région de Québec qu'ils aspirent à reconquérir, fait tourner tous les regards vers Jack Layton. Le NPD refuse d'être placé dans l'inconfortable rôle du dernier à se prononcer sur le destin du gouvernement minoritaire. Aussi, lorsqu'on les interroge sur leur stratégie en vue d'un vote de confiance, les conseillers néodémocrates détournent le sujet en répétant que les libéraux ont déjà changé d'avis dans le passé et que leur vote n'est pas acquis non plus. Ils admettent toutefois que les problèmes d'éthique du gouvernement font hausser la barre de leurs attentes par rapport au budget. «Il y a un effet de combinaison», explique un stratège du NPD.

Les néodémocrates soutiennent qu'ils ne voient pas de majorité conservatrice en vue, le seuil des 40 % d'appuis n'étant pas atteint. «On pense que Stephen Harper a atteint un plafond.» Le croient-ils vraiment ou tentent-ils de le faire croire à cette frange de leur électorat susceptible de les abandonner pour le Parti libéral dans le but de faire barrage au Parti conservateur?

Cet épouvantail a été agité par le Parti libéral à toutes les récentes campagnes électorales fédérales, rappelle ce stratège, et les résultats sont de moins en moins probants. «Michael Ignatieff n'est pas aimé des électeurs susceptibles de faire la transition du NPD vers le Parti libéral parce qu'il n'a pas de racines progressistes. C'est l'homme de la guerre en Irak, de la lutte contre le terrorisme. Ce n'est pas quelqu'un que le Conseil des Canadiens, par exemple, regarde en disant: "C'est l'un des nôtres!"»

Les libéraux répliquent en pointant les résultats des récentes élections partielles à Winnipeg et à Toronto. Le NPD a perdu Winnipeg-Nord au profit du Parti libéral. Ses appuis sont passés de 63 % à 41 % tandis que ceux du PLC ont crû de 9 % à 46 %. À Vaughan, les libéraux ont perdu face à la vedette conservatrice Julian Fantino, mais leurs appuis sont restés stables, de 49 % à 47 % alors que ceux du NPD sont passés de 10 % à 1,7 %. «On les a battus avec cet argumentaire, explique ce stratège. Évidemment qu'on va jouer cette carte. Pour gagner, il nous faut capter cette vague de mécontentement vis-à-vis de Harper.»

L'instabilité démocratique

Officiellement, M. Harper dit vouloir éviter un scrutin non désiré par la population. Il évoque même la crise au Japon pour justifier sa recherche de stabilité. Ce n'est pas la première fois que le premier ministre amalgame processus électoral et instabilité. La semaine dernière, M. Harper a déclaré que les accusations d'outrage au Parlement et les menaces électorales représentaient des «distractions». Il y a un an, alors qu'il essuyait un flot de critiques pour avoir prorogé le Parlement, il avait déclaré que celui-ci nuisait à l'économie. «Dès que le Parlement reviendra, [...] il y aura des votes de confiance et des conjectures électorales chaque semaine pendant le reste de l'année. C'est le genre d'instabilité, je pense, qui préoccupe actuellement les marchés.»

Le gouvernement n'a donné jusqu'à présent aucun signe de vouloir amadouer au moins un des partis d'opposition pour se maintenir en poste. Les exigences des partis d'opposition sont en outre nombreuses. Le Bloc québécois à lui seul aligne des demandes d'une valeur de 5 milliards de dollars en martelant que «c'est au tour du Québec». Gilles Duceppe exige que Québec obtienne, comme l'Ontario et la Colombie-Britannique, une compensation pour l'harmonisation de sa taxe de vente (2,2 milliards), le versement des arriérés dus depuis la crise du verglas de 1998 (421 millions) et une bonification du financement de l'éducation postsecondaire (800 millions).

Le Parti libéral demande le gel des réductions d'impôt des entreprises le temps que le Canada renoue avec les surplus budgétaires et la suspension de la promesse d'acheter 65 avions de chasse F35. Les blitz pancanadiens conservateurs vantant ces deux mesures rendent improbables des concessions sur ces fronts. Le NPD, enfin, réclame notamment la réforme du Régime de pensions du Canada et l'abolition de la taxe de vente de 5 % sur les factures de chauffage.
8 commentaires
  • Clothaire - Inscrite 19 mars 2011 05 h 43

    POURQUOI LES CANADIENS L'AIMENT-ILS ?

    On le connait mieux depuis qu'il gouverne. il nous avait promis de s'occuper des citoyens ordinaires et il représente surtout les cies pétrolières et les mégacorporations à qui il consent des réductions d'impot pour 6 molliards dans le procahin budget alors que le déficit du Canada est de 50 milliards cette année. Il nous a promis de gouvernner différemment mais il méprise la démoratie et la Chambre des Communes en cachant des informations sur l'achat des avions de chasse. Il est contre la science et il sabote le recensement canadien qui nous donne une image de l'évolution du Canada. Parlant de science, il ne croit pas non plus aux statistiques qui montrent que la criminalité diminue alors il durcit les lois, construit de nouvelles prisons. Il ne croit pas à Darwin ni à l'évolution des espèces mais plutôt au créationisme et à la Bible. On est revenu à l'ère de Duplessis, c'est la grande noirceur canadienne. Sa chance c'est d'arriver juste après le scandale des commandites qui a mis les Libéraux au banc des pénalités pour un siècle encore.

  • Sanzalure - Inscrit 19 mars 2011 08 h 22

    Tous contre un

    Je ne sais pas qui a intérêt à ce que l'on trouve «odieux» de déclencher des élections ? Je ne sais pas qui a peur de l'instabilité ? Quand il y a un changement, il y a forcément de l'instabilité. Mais sans changement, c'est la mort. La mort, évidement c'est la stabilité parfaite. Mais je préfère vivre et je ne veux plus vivre dans un pays dirigé par Stephen Harper. Alors, je propose que l'on s'unisse dans une coalition «Tous contre un». Dans chaque circonscription, il faut que toutes les forces s'unissent pour soutenir le candidat ou la candidate qui a le plus de chances de défaire le conservateur en place.

    Serge Grenier

  • Daniel Gagne - Inscrit 19 mars 2011 11 h 33

    Le moment de payer est arrivé.

    Voilà ce que nous ont légué les libéraux, en voulant s'en mettre plein les poches: un gouvernement plus que conservateur, des élus de la bible belt canadienne.
    Ce que les libéraux doivent maintenant porter, c'est le poids des morts occasionnés par les politiques que nous devons subir. Ce ne sont pas les Conservateurs qui sont responsables, dieu décide pour eux, ce sont bel et bien les libéraux, qui étant la seul force de remplacement de ces arriérés, nous laissent sans choix. En vous brûlant pour longtemps chers libéraux, vous nous avez condamné et c'est cette balise qui devraient dans un prochain scandale vous concernant, ou d'autres partis de votre acabit, servir de base pour sévir.
    Votre héritage est d'une lourdeur insoutenable et la seule façon de changer de cap serait d'oublier ce que vous avez fait, pour ce pays...pour son peuple.
    Suite à la dictature du cash, la dictature du plus coûteux encore.
    Bravo! Vous avez vraiment mit la barre haute...au delà de ce que vous pouvez maintenant vous payer...même avec notre argent.

  • Gilbert Talbot - Abonné 19 mars 2011 12 h 27

    La droite conservatrice monte partout, sauf au Québec.

    En fait c'est la droite qui monte au Canada comme ailleurs en Occident.Et je veut dire par droite, le néoconservatisme idéologique et religieux. À mesure que les crises éclatent, financière, sociale ou écologique, c'est cette droite qui rassure l'opinion publique avec ses appels à la sécurité, au renforcement des lois pénales et au garde-fou contre la marée immigrante. Ce qui bat en brèche de plus en plus, c'est le libéralisme politique : le laisser-faire économique, mais aussi le respect des droits humains. Je ne parle pas de la gauche, ni de l'extrême gauche, car depuis plusieurs années la gauche s'est recentrée autour de la social-démocratie et rejoint davantage les thèses de Keynes que celles de Marx. Donc devant la faiblesse des libéraux et la baisse du NPD on peut prévoir que s'il y a élections au Canada au printemps, il est très possible que Harper gagne son pari d'en arriver à un gouvernement majoritaire, même sans l'appui du Québec. Car tel est le scénario qu'on doit envisager : un Québec de plus en plus bloquiste qui barre le chemin à une marée conservatrice dans le reste du pays. Et là on est pas loin d'un tsunami politique au Canada anglais ! Si la pression canadienne fait sauter le Bloc à Ottawa et que des élections provinciales au Québec viennent élire un gouvernement péquiste, la tension va monter d'un cran et provoquer la tenue d'un prochain référendum qui va mettre les québécois au pied du mur. Branchez-vous ! Vous êtes canadiens ou Québécois ? Et ce Référendum ce pourrait être le ROC qui l'impose cette fois-ci au Québec.

  • - Inscrit 19 mars 2011 16 h 03

    La plus grande des menaces !

    Une majorité parlementaire harperienne signifierait la fin du cadnada, tel qu'on l'a connu depuis Pearson jusqu'à l'arrivée des 'reformists' en 2006, de 2006 à 2011 représentant sa période d'agonie.

    Le régime minoritaire de ces créationnistes a déjà montré une opposition complète aux manières de penser des Québécois(e)s, en plus du fait que la confédération cadnadienne constitue depuis toujours un fâcheux pis-aller pour la majorité d'ici. Harper et ses sbires de l'extrême Droite Nord-américaine représentent des menaces à tout point de vue par leurs allures fascistes, menaçant aussi le plein droit à l'autodétermination de la Nation Québécoise.

    Tout ce qui pourra être fait pour convaincre les gens du ROC, de l'Ontario en particulier, de rejeter la dictature despotique harperienne mérite d'être encouragé. Pensons à ce que serait l’Amérique du Nord sous un gouvernement majoritaire conservateur en association avec une Présidence américaine de Sarah Palin, une pouvant se matérialiser dans moins de 2 ans, l’argent de l’extrême Droite et la Moronnerie aidant ?!?

    Mon analyse de la personnalité de notre odieux 'El Duché' me fait craindre le pire, la menace de l'usage de l'armée cadnadienne pour placer en tutelle, 'manu militari', un gouvernement souverainiste et la Voix du Peuple, notre Assemblée Nationale.

    Vivre au cadnada, quelle misère pour la Nation Québécoise !

    Il faut absolument maintenir un minimum d'esprit démocratique à tatawa, pour éviter 'un "autre" mauvais sort’ « non-mérité » de la part des descendants de monkton, de lord durham et autres WASPs se croyant avoir droit à ‘tous les privilèges’, sans égard.