Gérard Latulippe au Devoir - Droits et Démocratie en mode retenue

«J’ai une indépendance dans la définition de mes objectifs stratégiques et des programmes que je mets en place», a dit hier le nouveau président de Droits et Démocratie, Gérard Latulippe.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir «J’ai une indépendance dans la définition de mes objectifs stratégiques et des programmes que je mets en place», a dit hier le nouveau président de Droits et Démocratie, Gérard Latulippe.

Le nouveau Droits et Démocratie dirigé par Gérard Latulippe se fera désormais plus discret. Plus question pour l'organisme de défense des droits de militer au Canada, en signant par exemple des lettres ouvertes pressant le gouvernement fédéral d'agir dans tel ou tel domaine de politique étrangère.

En entrevue éditoriale avec Le Devoir hier, Gérard Latulippe, le nouveau président du Centre international des droits de la personne et du développement démocratique (de son nom complet), a énoncé la direction qu'il entend imprégner à l'organisme. «Nous ne sommes pas un organisme dont le rôle est de faire du plaidoyer public comme des organismes de pression auprès du gouvernement canadien dans un sens ou dans l'autre», explique M. Latulippe.

Les nouvelles «lignes de conduite pour la programmation 2011-2012» l'indiquent clairement. «Droits et Démocratie n'est pas une ONG [organisation non gouvernementale]. [...] Le Centre n'a pas le mandat de faire du plaidoyer publiquement au Canada, seul ou à l'intérieur d'une coalition avec des ONG, sur toutes questions liées aux lois et politiques canadiennes.»

La politique plus précise sur le plaidoyer sera développée au cours des prochaines semaines, explique M. Latulippe, mais pour lui, il va de soi qu'un changement s'imposait. «Moi, je n'ai pas de rôle à jouer dans la politique extérieure du Canada parce que ce n'est pas comme ça qu'on va améliorer la condition des gens qui souffrent sur le terrain.»

Un passé plus engagé

Cette déférence envers le pouvoir politique canadien n'a pourtant pas toujours été de mise. Les précédents dirigeants de Droits et Démocratie ne se sont pas gênés pour prendre publiquement position sur des questions de politique étrangère, parfois en critiquant sévèrement le gouvernement en place.

Ainsi, Warren Allmand (président de 1997 à 2002) avait condamné dans une lettre ouverte les déclarations d'un représentant de l'Agence canadienne de développement international en poste au Vietnam. Jean-Louis Roy (2002-2008) était un abonné aux pages Idées des quotidiens. Dans une longue lettre datée de 2004, il offrait ses conseils au gouvernement sur les changements à apporter à la politique étrangère canadienne. «L'obsession de la "bonne gouvernance" apparaît bien futile dans des régions du monde où il n'y a plus d'investissements, où la croissance de l'emploi est nulle et où les multinationales briment les droits fondamentaux», écrivait-il.

M. Latulippe n'explique pas ce qui l'a convaincu de prendre un tel virage. Il n'a cité aucune prise de parole controversée dans le passé qui aurait pu amener le groupe à se faire plus discret. Il évoque seulement de manière évasive des «coalitions» auxquelles aurait pris part Droits et Démocratie dans le passé, notamment le Conseil canadien de coopération internationale (CCCI). Le CCCI, auparavant financé en partie par Ottawa, s'est vu couper ses fonds par le gouvernement Harper après avoir contesté l'étranglement financier d'un autre groupe, Kairos.

Droits et Démocratie finance sur le terrain à l'étranger divers groupes oeuvrant au développement d'institutions et de réflexes démocratiques. Dans ce contexte, ces groupes locaux pourront continuer à prendre la parole publiquement et seront même encouragés à le faire, assure M. Latulippe. «Ils peuvent parler de ce qu'ils veulent quand ils le veulent.»

Indépendance

Cette discrétion nouvelle marque-t-elle une perte d'indépendance de Droits et Démocratie face au gouvernement fédéral qui le finance à hauteur de 9 millions de dollars par année? M. Latulippe assure que non. «J'ai une indépendance dans la définition de mes objectifs stratégiques et des programmes que je mets en place. Plus on sera en mesure d'aller chercher des fonds de façon autonome et de les diversifier, plus on sera indépendants.»

Il reconnaît que le Centre a l'obligation de respecter la politique étrangère du Canada, mais dans son sens large. Si Droits et Démocratie est appelé à financer des projets d'aide aux femmes en Afrique et qu'un des partenaires offre des avortements, aura-t-il la permission de s'impliquer compte tenu de la nouvelle politique canadienne anti-avortement à l'étranger? M. Latulippe se fait évasif. Il finit par déclarer: «On ne va pas exclure des services ou quoi que ce soit. On ne regarde pas l'aide sous l'angle idéologique ou politique.»

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