Nouvelle orientation - Droits et Démocratie s'éloignera de la société civile

Ottawa — Le président de Droits et Démocratie, Gérard Latulippe, tente de donner une nouvelle orientation à l'organisme qu'il dirige depuis maintenant un an. Les employés ont désormais pour consigne de privilégier les projets de développement des droits démocratiques plutôt que les droits de la personne. Pour ce faire, ils sont invités à collaborer avec les regroupements officiels, comme les associations de parlementaires déjà établies, plutôt qu'avec la société civile. Un choix qui fait grincer des dents à l'interne.

Dans une lettre qu'il a fait parvenir à tous les employés de Droits et Démocratie la semaine dernière, Gérard Latulippe expose les sept objectifs qui guideront son action. Le premier consistera à «rétablir l'équilibre au sein de la programmation du Centre entre les projets axés sur la promotion du respect des droits de la personne et les projets dirigés vers le développement démocratique», est-il écrit dans cette lettre dont Le Devoir a obtenu copie. Le corollaire de cette orientation est qu'il faudra passer «par des acteurs au-delà de la société civile».

Après vérification, cela signifie que l'organisme, actif dans les pays en voie de développement, devra favoriser les projets visant à accroître la participation électorale des populations locales. On devra travailler avec des partis politiques, des commissions parlementaires ou encore des agences électorales.

Le modèle américain

Cette orientation dérange nombre d'employés. Ils rappellent que la démocratie n'est pas qu'une mécanique qui s'exporte dans l'absolu. Encore faut-il que la société civile s'organise et apprenne à s'impliquer dans son environnement pour que cette expression électorale soit significative et durable. Certains voient dans cette orientation une tentative de modifier l'objectif de Droits et Démocratie afin de calquer ce que le National Democratic Institute (NDI) fait pour les États-Unis.

Le NDI est un organisme à but non lucratif dont l'objectif est de consolider les institutions démocratiques à l'étranger en surveillant le processus électoral. Gérard Latulippe travaillait au NDI avant d'arriver à Droits et Démocratie. Il vient de s'entourer de Maxime Poulin et Thomas Cormier, respectivement directeur au développement et directeur des programmes, qui ont tous deux travaillé aussi pour le NDI. M. Cormier est considéré comme un expert en surveillance électorale.

Le responsable des communications de Droits et Démocratie, Stéphane Bourgon, explique qu'il s'agit simplement de retrouver l'équilibre «perdu» entre les deux missions de l'organisme. «Notre mission est double», rappelle-t-il. «On doit faire plus de développement démocratique que ce qui se fait à l'heure actuelle.» Pour ce qui est de la société civile, il ne s'agit pas de la mettre de côté, assure-t-il. «Si on regarde la situation telle qu'elle est, Droits et Démocratie fait presque exclusivement des projets avec la société civile. Il y a une volonté d'aller au-delà en passant par les partis politiques et les commissions parlementaires. C'est une façon d'être plus efficace sur le terrain.» Encore là, dans les coulisses, on fait remarquer que ces instances politiques officielles sont souvent la cause des désorganisations démocratiques dans les pays en voie de développement.