Bev Oda avoue être intervenue pour bloquer le financement du groupe Kairos

La ministre Bev Oda a finalement admis hier que c’est elle qui a refusé de financer l’organisme Kairos, qui fournit de l’aide en développement, notamment au Moyen-Orient.
Photo: Agence Reuters Chris Wattie La ministre Bev Oda a finalement admis hier que c’est elle qui a refusé de financer l’organisme Kairos, qui fournit de l’aide en développement, notamment au Moyen-Orient.

Ottawa — La ministre de la Coopération internationale, Beverley Oda, a finalement admis hier que c'est elle qui a refusé de financer l'organisme Kairos. Elle a reconnu que ses fonctionnaires lui avaient recommandé de poursuivre le financement de Kairos, mais qu'elle n'était pas d'accord. Elle admet par la bande que des documents officiels ont été falsifiés par son équipe politique.

«Les ministres ont la responsabilité de prendre des décisions au nom du gouvernement. Dans ce cas-ci, je n'étais pas d'accord avec la recommandation de mon ministère», a déclaré Mme Oda à la Chambre des communes hier. Il s'agit d'un revirement complet pour la ministre, qui avait soutenu jusqu'à présent que la proposition du groupe Kairos avait été évaluée «selon nos standards d'efficacité» et qu'elle «ne satisfaisait pas à ces standards».

La semaine dernière, le président de la Chambre, Peter Milliken, avait reconnu que les déclarations passées de la ministre pouvaient amener une personne «à douter de l'intégrité du processus de prise de décisions» au gouvernement. Sans pouvoir trancher la question de privilège pour un point de détail, le président n'en concluait pas moins que les «hauts fonctionnaires de l'ACDI concernés doivent être profondément troublés par des documents falsifiés dont on a donné l'impression qu'ils les avaient signés».

Le groupe Kairos, qui fournit de l'aide en développement notamment au Moyen-Orient, cherchait à renouveler un financement fédéral de 7 millions de dollars sur quatre ans. Le gouvernement conservateur a refusé sa demande. La première explication publique fournie à l'époque était que le groupe était trop critique d'Israël. Le gouvernement s'est ensuite ravisé pour dire que les projets de Kairos ne cadraient plus avec ses objectifs.

Or un document officiel obtenu par des journalistes en octobre a démontré que les fonctionnaires de l'ACDI avaient approuvé ce financement. La recommandation anglaise dactylographiée et signée par la présidente de l'ACDI, Margaret Biggs, et la ministre Oda a été modifiée, un «not» ayant été ajouté à la main. Mme Biggs a affirmé que ce mot, transformant complètement sa recommandation, n'était pas présent au moment de sa signature.

Les partis d'opposition estiment que la ministre a menti aux parlementaires. «Donner des documents qui laissent croire que quelqu'un a signé quelque chose qu'il n'a pas signé, c'est de la fraude», lance le député libéral Bob Rae. Le néodémocrate Paul Dewar estime que la ministre «nous a induits en erreur parce qu'elle nous a dit qu'elle avait signé le document quand le mot "not" était là».

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