Mensonges autorisés sur les ondes?

Ottawa — La volonté du CRTC de permettre aux diffuseurs radio et télé de mettre en ondes des nouvelles qu'ils savent fausses ou trompeuses inquiète la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ). Celle-ci emboîte le pas au NPD et demande au conseil de laisser tomber cette modification.

Le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes termine aujourd'hui une période de consultations publiques au sujet d'une modification aux règlements imposés aux radios et télédiffuseurs du pays. Il est actuellement interdit de diffuser en ondes «toute nouvelle fausse ou trompeuse». Cette obligation tomberait sous les nouvelles dispositions.

Le CRTC pourrait ainsi permettre la diffusion de nouvelles volontairement erronées, pour autant que celles-ci ne risquent pas de «constituer un danger pour la vie, la santé ou la sécurité du public». Surprenante, la manoeuvre vise à répondre à un jugement de la Cour suprême datant de... 1992.

À l'époque, la Cour avait déterminé dans une cause concernant un négationniste de l'Holocauste que la publication «délibérée de faussetés ne peut pas être empêchée» si l'on veut respecter les principes de liberté d'expression garantis par la Charte. Car celle-ci protège aussi l'expression des «croyances minoritaires que la majorité des gens considèrent comme erronées ou fausses».

Cette conclusion de la Cour suprême entre en apparente contradiction avec les règlements internes du CRTC. C'est pour cette raison que le comité mixte permanent d'examen de la réglementation demande depuis longtemps au CRTC de se pencher sur la question et d'apporter les modifications nécessaires.

Le dossier est resté latent pendant près de 15 ans, avant de discrètement resurgir à la fin 2010. Le CRTC a ouvert le 10 janvier une période de consultations: plus de 1600 personnes ou organisations ont envoyé leurs commentaires depuis. D'autres sont attendus d'ici ce soir — la sortie publique du NPD contre ce projet lundi a popularisé une démarche jusqu'alors plutôt intime.

De son côté, la FPJQ estime que «la règle en vigueur doit être maintenue», indique le président Brian Myles. «Les journalistes de toutes les époques se sont battus pour établir les valeurs importantes que sont la rigueur, la véracité et l'exactitude, dit-il. C'est souvent ce qui finit par distinguer les journalistes de la multitude des autres commentateurs qui accaparent les médias, notamment la radio.»

Selon M. Myles, «changer les règles pourrait ouvrir la porte à un dangereux précédent. Ce serait l'équivalent de donner un permis pour dire tout et n'importe quoi» en ondes.
14 commentaires
  • Catherine Paquet - Abonnée 9 février 2011 04 h 56

    Il faut absolument maintenir les règles en vigueur...

    Un relâchement de la discipline actuelle permettrait en effet à tout un chacun de dire n'importe quoi... On a déjà assez de vivre avec des sondages rapides, éclairs et superficiels qui se pennent pour une opinion publique éclairée et définitive portant sur les sentiments du moment plutôt que sur la vérité et les preuves que chacun exigerait si ces sondages portaient sur leur personne. Je veux parler des sondages sur les allégations de Marc Bellemare, officiellement reconnues non fondées, deux fois plutôt qu'une, que les sondages, à répétition, ont fini par rendre crédibles pour certains.

    Comme il n'est pas permis de nier l'Holocoste, il ne doit pas être permis de propager une information que l'on sait être fausse. On a assez vu d'exemple d'incidents inventés de toute pièce, comme celui de la Cabane à sucre de Mont st-Grégoir, où des musulmans auraient forcé de citoyens à leur céder la place. Tous les medias en ont parlé et l'incident est entré dans la mémoir collective, et il y demeure, même si la Commission Bouchard Taylor a confirmé, après une enquête sérieuse, que cet incident n'a jamais eu lieu.

    Propager des faussettés et nier l'évidence, n'a jamais fait progresser le moindre débat ni éclairé la moindre intelligence.

  • Sylvain Auclair - Abonné 9 février 2011 08 h 48

    Mais c'est permis

    Au Canada, aucune loi n'interdit de nier l'Holocauste, à moins de considérer cela comme de la propagande haineuse. C'est justement sur cela que la Cour suprême avait statué.

  • MJ - Inscrite 9 février 2011 09 h 09

    Les décisions incongrues de la Cour suprême du Canada et l’interprétation “tordue” de la Charte des droits

    Quand est-ce qu’on va enlever le pouvoir des juges de se substituer aux élus pour décider à leur place? Tout cela parce que la Charte des droits fait partie de la Constitution depuis son rapatriement en 1982 par Trudeau, et que ladite Charte a été imposée comme loi suprême...

  • Oznog - Inscrit 9 février 2011 09 h 34

    Liberté d'expression

    La liberté d'expression n'a rien à voir avec la vérité. Mais concerne la fragilité de l'individu fasse aux masses, particulièrement aux masses médias en ce siècle d'hypercommunication. C'est une assurance de ne pas être ostracisé pour une opinion sans véritable pouvoir.

    Pour moi la liberté est davantage celle que j'OFFRE AUX AUTRES et vice versa. Ce n'est pas le pouvoir de faire ni de dire n'importe quoi n'en déplaise à M. Fillion et la génération Y. C'est donc plutôt une question de censure, de plus en plus rependue, pour des questions de sécurité par exemple.

    La liberté d'expression est justement une façon au peuple de se prémunir du pouvoir, des médias entres autres. Et d'ailleurs les médias ont les moyens de se payer un avocat, n'en déplaise au pauvre P. K. P. de ce monde!

  • Clément Loubert - Inscrit 9 février 2011 14 h 26

    Liberté d'expression, liberté de mouvement

    La liberté de mouvement ne donne pas le droit de bousculer ceux et celles qui vont à notre encontre dans la rue, même quand on ne les blesse pas. Il en va de même de la liberté d'expression. Elle ne donne pas le droit de répandre des inepties par le biais de diffuseurs respectant à un code de déontologie. Il y a d'autres forums pour cela, et qui sont reconnus pour diffuser n'importe quoi.

    Clément Loubert
    Moncton, N.-B.