Nominations à Droits et Démocratie: Ottawa ne bronche pas

Le gouvernement Harper n'a pas l'intention de revenir sur sa décision contestée de renouveler le mandat de Jacques Gauthier et Elliot Tepper au conseil d'administration de l'organisme fédéral Droits et Démocratie. Les deux hommes étaient au cœur de la crise qui a secoué l'organisme tout au long de l'année 2010.

Hier, c'était au tour du Parti libéral du Canada et du NPD d'exprimer leur mécontentement devant cette décision «étonnante» et «absurde», selon les mots du député libéral Bob Rae. La veille, le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, avait aussi demandé au gouvernement de faire marche arrière, tel que l'a révélé Le Devoir.

Le chef libéral, Michael Ignatieff, a envoyé une lettre au ministre des Affaires étrangères, Lawrence Cannon, responsable de l'organisme. «Droits et Démocratie a longtemps joui d'une renommée internationale. Cette renommée a sévèrement été endommagée par la tourmente et par la nature partisane imposée par le gouvernement à cette organisation depuis plus d'un an. Afin de redonner un statut de fierté à l'organisation, le gouvernement doit nommer un conseil d'administration non partisan», écrit-il.

Le gouvernement n'a pas bronché. «Droits et Démocratie est un organisme plutôt indépendant financé par le gouvernement et chargé de faire la promotion des droits de la personne, a dit Lawrence Cannon. Nous avons été en mesure d'apporter à cette organisation une nouvelle direction. Nous souhaiterions que l'opposition se joigne à nous pour donner tout l'appui nécessaire à la nouvelle direction.»

Au NPD, on est outré de cette réaction. «En voulant prolonger le mandat de ceux-là mêmes qui sont à l'origine de la crise, les conservateurs démontrent qu'ils n'ont tiré aucune leçon des erreurs commises dans le dossier de Droits et démocratie», affirme le député Paul Dewar. Le gouvernement «prouve que le processus de nomination n'est qu'un simulacre d'exercice démocratique, puisque le Parlement a déjà demandé le congédiement de ces personnes», a-t-il ajouté.

Jacques Gauthier et Elliot Tepper sont renommés pour un mandat de trois ans. En janvier dernier, 46 des 47 employés de Droits et Démocratie avaient demandé leur départ, reprochant aux deux vice-présidents du conseil d'avoir fait du profilage ethnique, exigeant de savoir qui était arabe et pourquoi il n'y avait pas d'employés juifs dans l'organisme.

Avec le président du conseil d'administration Aurel Braun, MM. Gauthier et Tepper ont été au coeur de la crise qui a secoué l'organisme. Les trois hommes étaient en guerre contre l'ancien directeur aujourd'hui décédé, Rémy Beauregard, parce que ce dernier avait autorisé des subventions à trois organismes du Proche-Orient que les trois administrateurs jugeaient inappropriées en raison de leur ton critique envers Israël. On a aussi accusé les employés de Droits et Démocratie de mauvaise gestion. Après une enquête interne de plusieurs mois, la firme Deloitte & Touche n'a rien trouvé de grave.

À voir en vidéo