Harper favorable à la peine de mort

Stephen Harper a indiqué mardi soir que «personnellement, dans certains cas, [il] croi[t] que la peine capitale est appropriée».
Photo: Agence Reuters Blair Gable Stephen Harper a indiqué mardi soir que «personnellement, dans certains cas, [il] croi[t] que la peine capitale est appropriée».

Ottawa — Stephen Harper a fait son nid: la peine de mort est selon le premier ministre une sentence acceptable dans certains cas. Il affirme toutefois ne pas vouloir transformer cette position personnelle en projet de loi, même s'il est élu majoritaire. L'opposition en doute néanmoins fortement et dénonce des intentions cachées.

En entrevue avec le réseau CBC mardi soir, M. Harper a indiqué en réponse à une question que «personnellement, dans certains cas, [il] croi[t] que la peine capitale est appropriée». Le premier ministre a poursuivi en affirmant n'avoir aucun «plan pour rouvrir ce débat» dans la prochaine législature. «Je ne crois pas que la population désire» que la peine capitale soit réintroduite au pays, a-t-il ajouté.

Les propos de M. Harper ont fait bondir l'opposition hier à Ottawa. «C'est très inquiétant», a réagi Joe Comartin, critique du Nouveau Parti démocratique en matière de justice. «Quand on regarde ce qui se passe avec eux, ils utilisent des projets de loi privés [proposés par des députés et généralement non soumis à la ligne de parti] pour faire ce qu'ils ne veulent pas faire officiellement. Il y a plusieurs députés conservateurs qui appuient la peine de mort», pense M. Comartin.

Selon lui, la remarque de M. Harper est «irresponsable». «C'est un débat dont ce pays n'a pas besoin, a-t-il dit. Bien sûr qu'il parle à sa base en faisant cela. Mais en définitive, ça donne de la crédibilité à ceux qui pensent que la peine de mort est acceptable dans une démocratie mature.»

Même crainte du côté du Bloc québécois, où la whip Claude DeBellefeuille estime que «c'est un très mauvais message à envoyer à la veille de la rentrée parlementaire». Elle juge que M. Harper aurait dû être ferme dans sa réponse: dire carrément que le débat est clos. «En disant qu'il est personnellement pour, mais que, comme premier ministre, ce n'est pas un objectif de réintroduire la peine capitale, ça lance un message complètement contradictoire. Avait-il besoin de préciser qu'il y était favorable dans certaines circonstances?», demande-t-elle.

Tout comme M. Comartin, Mme DeBellefeuille craint que la position de

M. Harper soit reprise au bond par des députés de son caucus. «Il y a plusieurs moyens pour rouvrir des débats», dit-elle.

Quant aux libéraux, ils ont immédiatement accusé le premier ministre d'avoir des «intentions cachées». «Si M. Harper est vraiment en faveur de la peine capitale, alors il devrait le dire clairement et déposer un projet de loi à la Chambre des communes», a lancé le leader parlementaire, David McGuinty. Ce dernier pense qu'il est impossible de faire confiance au premier ministre quand il dit qu'il ne veut pas rouvrir les débats sur l'avortement et la peine de mort.

Acceptable

Pour autant, la sortie de M. Harper n'a pas surpris les partis d'opposition. S'il n'a jamais été rouvert officiellement sous le règne Harper, le débat sur la question a néanmoins surgi à quelques reprises dans l'actualité. En juin 2009, le ministre des Affaires étrangères, Lawrence Cannon, avait par exemple affirmé que la peine capitale est acceptable dans les pays démocratiques qui ont un système de justice basé sur la primauté du droit.

Partant de ce principe, le gouvernement ne demande plus systématiquement la clémence pour les Canadiens condamnés à la peine de mort à l'étranger — comme Ronald Allen Smith, qui attend d'être exécuté au Montana depuis 1983 et qui désire commuer sa peine en prison à vie.

La peine de mort a été abolie en 1976 au Canada. La Chambre des communes a réaffirmé cette politique en 1987 lors d'un vote libre. La question demeure controversée: il y a un an, un sondage Angus Reid montrait que 62 % des Canadiens — et 69 % des Québécois — étaient pour le rétablissement de la peine de mort pour punir certains meurtriers.

À voir en vidéo