Objets de l'année 2010 - Un faux lac, de vraies dépenses

Dans le centre médias du sommet du G20, Madeline Boyce et Kalyna Kardash profitent d’un (faux) bout de Muskoka en plein cœur du centre-ville. <br />
Photo: Agence France-Presse (photo) Don Emmert Dans le centre médias du sommet du G20, Madeline Boyce et Kalyna Kardash profitent d’un (faux) bout de Muskoka en plein cœur du centre-ville.

Ottawa — Pour être beau, c'était beau. Un bout de Muskoka en plein cœur de Toronto. La nature canadienne dans toute sa splendeur bucolique, air conditionné en prime. Grands espaces, belles forêts. Et ce bruit qu'on entend ici, dans les haut-parleurs, ce ne serait pas des mouches?

Bienvenue au faux lac le plus célèbre du monde. Odeurs et couleurs de Muskoka dans le centre médias du G20 de la Ville reine. Six pouces d'eau dans un bassin préfabriqué, des canots suspendus et quelques images vidéo comme symboles d'une «orgie de dépenses» que l'opposition n'a pas cessé de critiquer depuis le printemps.

Près d'un milliard de dollars pour trois jours de sommets rassemblant dans deux villes les membres du G8 et du G20: vrai que la facture a été salée. Et parfois surprenante: des dizaines de milliers de dollars pour des bâtons lumineux (glow sticks) ou pour des manteaux antimoustiques, des centaines de milliers de huards pour de la lotion antimouches (combattre les mouches coûte cher, décidément) ou de la crème solaire, la liste des dépenses en a fait sursauter plus d'un.

Plusieurs petits projets financés par le gouvernement sont ainsi devenus célèbres pour leur inutilité apparente: les toilettes et le belvédère (gazebo) de 300 000 $ situés à plus de 20 kilomètres du lieu du sommet du G8, par exemple. Ou encore, le vieux bateau à vapeur restauré pour près de 400 000 $... mais toujours en réparation au moment du sommet. Le tout situé dans la circonscription du ministre Tony Clement, élu de justesse en 2008.

Pour les trois partis d'opposition de la colline parlementaire, les sommets du G8 et du G20 sont devenus la meilleure illustration des contradictions d'un gouvernement qui se vante d'être un modèle en matière d'économie, mais qui traîne le plus large déficit de l'histoire canadienne... et qui ne rechigne pas à sortir les milliards quand il s'agit d'acheter des avions militaires, d'agrandir des prisons ou de faire de Toronto une forteresse le temps d'une fin de semaine.