Deux autres nominations au Sénat pendant la relâche

Nommé au Sénat hier, Larry Smith est pressenti comme candidat conservateur<br />
Photo: Nommé au Sénat hier, Larry Smith est pressenti comme candidat conservateur

Ottawa — Comme cela est devenu son habitude, le premier ministre Stephen Harper a attendu les vacances parlementaires pour procéder à de nouvelles nominations au Sénat. Il a comblé deux postes vacants hier, obtenant du coup la majorité absolue à la Chambre haute. Cette fois, il a jeté son dévolu sur une vedette du monde sportif québécois et un pasteur pentecôtiste aux vues sociales traditionalistes très marquées.

M. Harper a annoncé hier après-midi la nomination de Larry Smith, le président démissionnaire des Alouettes de Montréal, et de Don Meredith, un candidat conservateur torontois éconduit en 2008. Ces deux nominations, qui visent à remplacer des libéraux, dont le comédien Jean Lapointe, portent le caucus sénatorial conservateur à 54 sur un total de 105. Le Parti libéral en compte 46. Il y a cinq indépendants, dont deux qui ont refusé de gagner les rangs de M. Harper au moment de la fusion des partis de droite et qui se disent encore progressistes-conservateurs.

M. Smith tiendra une conférence de presse aujourd'hui à Lac-Saint-Louis, où il est pressenti comme candidat aux prochaines élections fédérales. Il serait le second sénateur conservateur d'abord nommé par M. Harper qui tenterait de se faire élire à la Chambre des communes.

Le premier ministre poursuit donc la tradition qu'il a instaurée, à savoir effectuer ses nominations pendant que les regards sont tournés ailleurs que vers la Colline parlementaire. En excluant le ministre Michael Fortier, qui a fait son entrée au cabinet en 2006 par la porte sénatoriale, M. Harper a nommé son premier sénateur en juillet 2007. Il a ensuite récidivé en janvier 2009 pendant le congé de prorogation, sous la menace d'être remplacé par la coalition, en envoyant 18 nouveaux visages à la Chambre rouge. Neuf autres ont été appelés au coeur de l'été 2009, puis cinq nouveaux pendant le second congé post-prorogation, en janvier et février 2010. Il a effectué une autre nomination en mai cette année, pendant une relâche parlementaire, et une autre en juillet, pendant le congé estival.

Au total, depuis qu'il est premier ministre, Stephen Harper a nommé 38 sénateurs. Aucun ne l'a été pendant que le Parlement siégeait. Interrogé à ce sujet, son porte-parole, Andrew McDougall, a d'abord déclaré: «Je ne saisis pas la pertinence de cette question.» Le gouvernement tente-t-il de cacher ses nominations? «Si nous voulions les cacher, nous n'enverrions pas un communiqué de presse à des milliers de journalistes du pays. Il s'agit d'une accusation sans fondement. Nous sommes fiers de nos nouveaux sénateurs.»

Par voie de communiqué, M. Harper a déclaré que «ces deux personnalités respectées et bien en vue de leur communauté sauront, dans leur nouveau rôle de sénateur, faire fructifier leur vaste expérience du monde des affaires, des organismes de charité, du sport et des initiatives communautaires». Les deux, poursuit le communiqué, se sont «engagés à soutenir les efforts du gouvernement à rendre le Sénat plus démocratique et responsable», c'est-à-dire appuyer les projets de loi instaurant une durée de mandat limitée et des élections sénatoriales.

Le bureau du premier ministre n'a toutefois pas indiqué si les deux hommes s'engageaient à quitter leurs fonctions dans huit ans, comme vise à le rendre obligatoire un des projets de loi.

Le chef du NPD, Jack Layton, ne décolère pas. «C'est honteux quand on sait que M. Harper a promis de ne jamais nommer des sénateurs non élus», lance-t-il en entretien téléphonique. M. Layton craint que cette majorité conservatrice ne soit de plus en plus utilisée pour bloquer au Sénat des projets de loi adoptés par la majorité des élus à la Chambre des communes, comme cela s'est produit cet automne.

«M. Harper a la garantie d'avoir les soldats nécessaires pour assurer que le processus démocratique ne fonctionne pas.» Ces «freins», comme il les appelle, seront en poste pendant «des décennies». Vingt-huit des sénateurs nommés par M. Harper pourront rester légalement en poste plus de 10 ans, certains, comme le Québécois Patrick Brazeau, jusqu'en 2049. Le fait d'annoncer ces nominations à la veille de Noël est «très cynique» et témoigne d'un «manque de respect pour les institutions parlementaires».

Nomination partisane

Larry Smith est bien connu des Montréalais. Ancien joueur de football, il était depuis 2004 le président et le chef de la direction des Alouettes de Montréal. Il avait été éditeur de The Gazette en 2002 et 2003. Il s'est engagé auprès de Centraide et a siégé au Comité olympique canadien.

Moins connu est Donald (Don) Meredith. M. Meredith a été un candidat conservateur dans Toronto-Centre lors de l'élection partielle de mars 2008. Il a dû s'incliner devant le libéral Bob Rae. Il n'avait récolté que 12 % des voix, arrivant quatrième, derrière le NPD et le Parti vert du Canada. M. Meredith est actif dans la communauté torontoise, notamment dans la lutte contre les armes à feu. Il a fondé et dirige un centre interconfessionnel de lutte contre la violence juvénile, le GTA Faith Alliance. Originaire de la Jamaïque, il a passé près de 20 ans de sa vie hors du Canada.

M. Meredith a suscité la controverse à cause de ses propos tranchés sur les questions sociales. Il s'oppose aux relations sexuelles avant le mariage ainsi qu'au mariage entre conjoints de même sexe. Il désire aussi relever l'âge du consentement sexuel à 18 ans. Les conservateurs l'ont déjà fait passer de 14 à 16 ans. Dans un discours retrouvé dans Internet, M. Meredith expliquait à quel point les parents doivent «enseigner à [leurs] jeunes filles comment devenir des dames et enseigner à [leurs] jeunes garçons comment devenir des hommes». «Les mères qui ont ces jeunes filles à la maison doivent leur enseigner qu'elles n'ont pas besoin de coucher avec plusieurs partenaires», rappelant que cela mène à des grossesses non désirées. Il ajoute que «nous devons revenir à la base. Nous devons revenir aux mariages. Parce que, lorsque nous avons des mariages, nous n'avons pas ces problèmes sociaux.»
8 commentaires
  • lephilosophe - Inscrit 21 décembre 2010 07 h 00

    Le fanatique et le paravent

    Après le «noyautage» de Droits et Démocratie, qui est la vitrine du Canada en matière de défense des droits de la personne et des droits humains en général, voici celui du Sénat par la frange la plus radicale du mouvement sioniste canadien. Aurel Braun, dont les partis d'opposition réclament la démission de Droits et démocratie est l'ancien président du B'nai and Brit, la même organisation où siège Don Meredith. Cela n'est pas étonnant puisque Nigel Wright, le nouveau directeur du Conseil privé, le ministère de Harper, est issu du même sérail sioniste, ayant été le Directeur général d'Onex fondée par Gerald Schwartz, mari de madame Reisman, propriétaire des libraires Chapters et Indigo, qui écrit aux journaux canadiens avec madame Harper pour dénoncer le régime iranien. Ce sont les nouveaux fondamentalistes sur lesquels les Contre-Réformistes-Conservateurs s'appuient désormais.
    La fin de semaine dernière à Montréal se tenait également une grande réunion de toutes les organisations juives canadiennes dont certaines, les plus sionistes d'entre elles, visent à centraliser les décisions de toutes ces organisations afin de les mettre au service de la défense des intérêts d'Israël. Elles auront donc désormais un porte-parole direct dans ce Sénat non-élu que les Contre-Réformistes-Conservateurs disent vouloir abolir. Ils avaient juré de ne jamais nommer de Sénateurs mais de les faire élire mais, comme pour le reste, toute promesse de la part de ces gens n'est qu'un tremplin pour asseoir davantage leur mainmise sur toutes les institutions de la démocratie canadienne...
    Ainsi de bas en haut, les «soldats» fondamentalistes sont à l'oeuvre au pays. Mais ayant nommé quelqu'un de populaire en même temps, tout le monde discutera de la nomination de Larry Smith. Il fera fonction de paravent.

    Bernard Gadoua

  • Chartrands - Inscrit 21 décembre 2010 08 h 03

    Les intentions des alliancistes conservateurs.

    S.V.P. Québecois,ne soyez pas dupe.

  • Pierre Rousseau - Abonné 21 décembre 2010 11 h 09

    Autre clou dans le cercueil de la démocratie

    Dorénavant, aucun projet de loi des représentants du peuple qui sont la majorité aux Communes ne pourra passer au sénat, les conservateurs étant maintenant la majorité. Même si les électeurs ont élu un parlement minoritaire, les conservateurs vont quand même pouvoir contrôler les lois qui vont finalement être adoptées par un sénat non-élu. C'est de la graine de dictature.

  • d.lauzon - Inscrite 21 décembre 2010 12 h 25

    Steven Harper le dinosaure


    Stephen Harper est un PM incompétent (voir les articles parus cette semaine sur le bilan de 2010 de ce gouvernement) et aux valeurs ultra-conservatrices. La nomination comme sénateur de ce pasteur pentecôtiste vient révéler, une fois de plus, les vraies couleurs de Stephen Harper. Cet homme me fait penser, pour diverses raisons, à un dinosaure: il est gros, lent mais dangereux, est réfractaire aux compromis et fait parti d'un temps ancien. Alors pourquoi on est pris avec lui aujourd'hui? C'est sûrement parce qu'ils y a encore plein de dinosaures dans notre pays qui ont voté pour lui.

  • MJ - Inscrite 21 décembre 2010 12 h 55

    Pour l’abolition du Sénat et pourquoi pas, également de la fonction désuète de Gouverneur général

    Le Sénat - et combien d’autres institutions dont celle de gouverneur général - une institution de non-élus, issue de nominations très politiques par le parti au pouvoir, et assimilée à des récompenses $$$,$$$,00 pour les amis du parti, horriblement coûteuse pour les citoyens, a-t-elle encore sa place au XXIe siècle?

    Des sénateurs, incompétents pour la plupart de la chose politique, qui suivront immanquablement la ligne du parti et qui chambouleront les règles du jeu de notre démocratie parlementaire, en minant les possibilités que des projets de loi initiés par l’opposition (majoritaire) soient adoptés, par un blocage systématique au Sénat - désormais majoritairement conservateur - représentent une farce et un rabaissement de la valeur de nos institutions démocratiques dans un pays désormais gouverné par des marionnettes téléguidées par les lobbies les plus puissants sur la planète.