F-35: les États-Unis pourraient sabrer les commandes

Le prix moyen par appareil F-35 est passé de 50 millions $US à 92 millions $US, le tout en dollars de 2002.<br />
Photo: LOCKHEED MARTIN / Agence France-presse Le prix moyen par appareil F-35 est passé de 50 millions $US à 92 millions $US, le tout en dollars de 2002.

L'avion de chasse F-35 continue de soulever la controverse aux États-Unis, au point où une commission spéciale du Congrès recommande de couper de moitié la commande de 2443 appareils. Si la réduction se concrétisait, l'impact pourrait être majeur sur le prix que s'attend à payer le gouvernement canadien pour ses 65 avions F-35.

Le dernier chapitre entourant le développement du F-35 par Lockheed Martin a été écrit samedi dans le Wall Street Journal, alors que le responsable des acquisitions au Pentagone, Ashton Carter, a confirmé que le prix moyen par appareil est passé de 50 millions $US à 92 millions $US, le tout en dollars de 2002 (selon la manière dont le Pentagone calcule la hausse des coûts sans l'inflation). En dollars de 2010, cela équivaut à 106,7 millions $US par appareil. Une facture qui pourrait «inciter les acheteurs à regarder ailleurs», a-t-il dit.

La moyenne de 92 millions $US par appareil comprend les trois versions commandées par les États-Unis (décollage classique, décollage court, décollage vertical). La version à décollage classique de l'Armée de l'air américaine, également achetée par le Canada, est la moins dispendieuse, mais son prix n'a pas été précisé par M. Carter.

L'augmentation de la facture n'a pas échappé à la commission spéciale sur le déficit — de son vrai nom, la National Commission on Fiscal Responsibility and Reform — un groupe de travail composé de démocrates et de républicains qu'a formé le président Obama pour cerner des façons de réduire le déficit des États-Unis d'ici 2015. La commission a rendu public son rapport il y a quelques jours et plusieurs suggestions touchent le ministère de la Défense, notamment en ce qui concerne le F-35.

Les membres de la commission proposent d'annuler la commande de 311 avions F-35B (le modèle à décollage vertical) destinée au corps des Marines. C'est la version de l'avion qui pose le plus de problèmes. La commission suggère aussi de réduire de moitié les commandes de F-35 de l'Armée de l'air américaine et de la Marine américaine.

En tout, ce sont près de 1000 appareils qui disparaîtraient du carnet de commandes de Lockheed Martin si les élus du Congrès acceptent de concrétiser les suggestions de la commission, ce qui est toutefois loin d'être fait. La commission propose d'acheter des F-16 (40 millions) et des F-18 Super Hornet (80 millions), moins coûteux, pour remplacer les commandes du F-35, puisque les États-Unis, peut-on lire, n'auraient pas besoin d'une flotte entière d'avions furtifs dernier cri pour combler leurs besoins.

Or le nombre total d'avions vendus a une incidence sur le prix par appareil. Sur les 2800 à 3000 appareils F-35 que Lockheed Martin estime pouvoir vendre d'ici 2020, les États-Unis doivent en acheter 2443. Un retrait important de Washington aurait donc un impact à la hausse significatif sur le prix des appareils. Déjà, la hausse des coûts a un impact sur les pays partenaires du F-35. Par exemple, les Pays-Bas viennent de réviser à la hausse leurs coûts d'acquisition de 20 %, à 89 millions d'euros par appareil.

Une incidence sur le Canada

À la lumière de ces informations, les partis d'opposition à Ottawa s'inquiètent. Actuellement, le gouvernement Harper affirme qu'il payera de 70 à 75 millions de dollars par avion au moment de recevoir les F-35, entre 2016 et 2020.

«Le gouvernement Harper prétend que, en raison du volume des ventes et du moment de notre achat, le Canada va avoir un bon prix. Il est clair que c'est trop optimiste. Si les États-Unis réduisent leur commande, l'impact sur notre achat va être énorme», affirme le député Claude Bachand, porte-parole du Bloc québécois en matière de défense.

Il en va de même pour les retombées économiques, puisque les entreprises canadiennes doivent soumissionner afin d'obtenir des contrats de sous-traitance sur la chaîne de montage du F-35, qui doit démarrer en 2012 ou 2013. Le gouvernement Harper répète que cela donne accès à une plateforme de 3000 à 5000 avions. Or, si les commandes ne sont pas au rendez-vous, les retombées seront moins importantes, fait valoir Claude Bachand.

Même son de cloche au Parti libéral du Canada. «Il s'agit de très mauvaises nouvelles pour le Canada, qui n'est pas immunisé contre les dérapages du programme», affirme le député Dominic Leblanc, porte-parole de son parti en matière de défense.

Au bureau du ministre de la Défense, Peter MacKay, on affirme que le Canada s'attend toujours à payer de 70 à 75 millions par appareil. «Le gouvernement américain et Lockheed Martin absorbent la hausse des coûts», affirme le porte-parole du ministre, Jay Paxton. Par contre, il n'a pas commenté la possibilité que les États-Unis réduisent leur commande.

Le 1er décembre dernier, lors d'une séance d'information avec quelques médias, dont Le Devoir, le colonel Dave Burt, directeur des acquisitions de la Force aérienne au ministère de la Défense, a affirmé que le Canada n'a pas de protection contre la hausse des coûts du programme aux États-Unis, mais que l'estimation de 75 millions «est la meilleure disponible».
2 commentaires
  • Philippe Leduc - Inscrit 21 décembre 2010 10 h 48

    Bonne Nouvelle

    Voici la nouvelle de la semaine, voir même du mois ! On devrait retrouver celle-ci en front page ! Reste à voir si le gouvernement américain va belle et bien couper la commande.

    Enfin une preuve que les choses peuvent changer des fois pour le mieux.

  • Curieux_Roadrunner - Inscrit 30 mars 2011 13 h 57

    Le prix des avions de chasse F-35

    Voilà une bonne raison de faire fluctuer le prix des avions de chasse F-35 dont nous parlions à votre émission de mercredi le 30 mars 2011. C'est un point important dont nous devrions tenir compte dans les discussions. En effet, je ne crois pas que nous puissions afficher le pris exact des chasseurs F-35 présentement.
    Gabriel Grenon