Régimes de pensions privés: Ottawa fait fausse route, selon la FTQ

Le fédéral commet une grave erreur en refusant de bonifier le Régime de pensions du Canada, dit Michel Arsenault
Photo: Le fédéral commet une grave erreur en refusant de bonifier le Régime de pensions du Canada, dit Michel Arsenault

La Fédération des travailleurs du Québec dénoncera aujourd'hui l'intention du ministre canadien des Finances de créer de nouvelles caisses de retraite administrées par des établissements financiers privés, appelées Régimes de pensions agréés collectifs.

Cette proposition d'Ottawa vise à gonfler le revenu de retraite des Canadiens, mais sans passer par une bonification du Régime de pensions du Canada, géré par le fédéral. Cette idée est appuyée par le milieu financier, mais elle ne fait absolument pas l'unanimité chez les ministres provinciaux des Finances.

Pas plus qu'auprès de la Fédération des travailleurs du Québec (FTQ), qui doit faire aujourd'hui une sortie en règle contre ce projet, selon les informations obtenues par Le Devoir. «Dans la proposition d'Ottawa de création de Régimes de pensions agréés collectifs, les employeurs ne seraient pas obligés de contribuer pour les salariés et les salariés pourraient ne pas cotiser au régime. Avec une telle formule, comment le ministre peut-il croire que le sort des futurs retraités, nos jeunes d'aujourd'hui, s'améliorera? Pourtant, il y a urgence d'agir pour réduire la pauvreté chez les futurs retraités», affirme son secrétaire général, Daniel Boyer.

Jim Flaherty a demandé jeudi dernier aux provinces de donner leur aval à sa proposition de créer des Régimes de pensions agréés collectifs. Ceux-ci pourraient, selon lui, profiter aux employés de petites entreprises et aux travailleurs autonomes, mais surtout aider les Canadiens qui n'épargnent souvent pas assez pour leur retraite. De plus, a assuré le ministre, plusieurs petites et moyennes entreprises qui ne peuvent se permettre de mettre en place des régimes de retraite pour leurs employés auraient désormais l'occasion de le faire.

L'employeur ne serait toutefois pas obligé de contribuer financièrement à ce régime. «Il y a de bonnes chances qu'on oblige les employeurs à offrir ce régime à leurs employés, mais ils ne seraient pas forcés d'y contribuer, a précisé M. Flaherty. Les employés seront obligés de cotiser, à moins qu'ils ne décident de se retirer complètement du régime. Ils auront le droit de le faire. Ce serait une manière simple pour les gens d'épargner sur une base régulière en vue de leur retraite.»

Selon le président de la FTQ, Michel Arsenault, l'assurance d'avoir une meilleure retraite passe plutôt par l'obligation de cotiser à un régime, d'où l'importance de bonifier le Régime des rentes du Québec (RRQ), «qui est le régime de rentes le plus efficient avec des frais de gestion beaucoup plus faibles que ceux des institutions financières». Il considère donc comme une grave erreur le choix du fédéral de refuser de bonifier le Régime de pensions du Canada (RPC), l'un étant lié à l'autre.

«Parce que le taux de pauvreté des aînés au Québec est l'un des plus élevés au Canada, la FTQ en appelle à la solidarité de tous les députés du Québec, particulièrement du premier ministre et du ministre des Finances, de s'engager solennellement à améliorer le RRQ et à faire pression sur Ottawa pour que nos aînés puissent vivre une retraite dans la dignité», demande donc le président de la FTQ.

La porte-parole libérale en matière de finances, Judy Sgro, a quant à elle déjà accusé M. Flaherty de choisir la voie facile. Elle a dit croire que la proposition s'appliquait à un segment de la population très restreint et qu'elle apporterait peu à plusieurs travailleurs autonomes, aux femmes qui retournent sur le marché du travail de façon intermittente et aux travailleurs agricoles.

Pas moins de 11 millions de Canadiens n'ont pas accès à un régime de retraite auprès de leur employeur.

Salué par le patronat

Le milieu patronal et le secteur financier — qui devrait profiter des changements proposés — ont au contraire salué l'initiative. Outre le Mouvement Desjardins et la Standard Life, l'Association canadienne des compagnies d'assurances de personnes et l'Association canadienne du commerce des valeurs mobilières se sont réjouies de cette décision. Le Conseil du patronat a également profité de l'occasion pour exiger du gouvernement fédéral et de Québec qu'ils écartent «une fois pour toutes» l'idée d'une augmentation des ponctions sur la masse salariale pour bonifier le Régime de pensions du Canada et le Régime des rentes du Québec.

Reste à voir quelle sera la décision des ministres provinciaux des Finances, qui doivent en débattre avec M. Flaherty aujourd'hui lors de leur rencontre à Kananaskis, en Alberta. Plusieurs sont d'avis qu'Ottawa devrait augmenter les contributions au Régime de pensions du Canada. Encore hier soir, l'Île-du-Prince-Édouard, la Nouvelle-Écosse, le Nouveau-Brunswick, le Manitoba, la Colombie-Britannique et l'Ontario ont demandé au gouvernement fédéral «de continuer d'envisager une augmentation modeste» du RPC.

Mais, dans une lettre qu'il leur a fait parvenir, le ministre fédéral ne fait pas du tout mention de l'élargissement du programme canadien. Les nouveaux régimes pourraient être en place avant la fin de 2011, a noté le ministre. Le gouvernement et les provinces avaient jusqu'ici discuté de l'élargissement du Régime de pensions du Canada, mais M. Flaherty a affirmé qu'une entente serait difficile à obtenir dans ce dossier.

Une étude de l'Institut CD Howe publiée vendredi affirmait que, d'ici 35 ans, le nombre des retraités qui n'auront pas suffisamment épargné pour être en mesure de remplacer 75 % de ce qu'ils gagnaient en travaillant va tripler. Ce sera notamment le cas de près de 45 % des travailleurs actuellement âgés de 25 à 30 ans, selon l'étude. Ce sont 30 points de pourcentage de plus que dans le groupe des Canadiens partis à la retraite dans les cinq dernières années.

Un rapport de Statistique Canada publié au printemps a par ailleurs révélé que seulement la moitié des contribuables avaient mis de l'argent en 2008 dans un régime privé d'épargne-retraite, comparativement à 57 % en 1997.

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Avec La Presse canadienne

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