Parti libéral du Canada - Des programmes sociaux plutôt que des prisons

Le chef du Parti libéral du Canada, Michael Ignatieff, croit que schématiser la prochaine question électorale a été sa plus grande réussite cette année.<br />
Photo: Agence Reuters Andy Clark Le chef du Parti libéral du Canada, Michael Ignatieff, croit que schématiser la prochaine question électorale a été sa plus grande réussite cette année.

Ottawa — Posez-lui la question directement et Michael Ignatieff s'en défendra farouchement. Non, prétend-il, il ne veut pas provoquer une élection en 2011. Mais au détour de chacune des réponses du chef du Parti libéral du Canada, on comprend qu'il prédit une telle joute électorale pour l'année qui s'en vient. Et malgré des sondages décevants pour sa formation, M. Ignatieff estime qu'il a suffisamment réussi à cristalliser la différence philosophique entre lui et son adversaire conservateur pour créer la surprise le grand soir.

La question était prévisible et, pour son entrevue de fin d'année avec Le Devoir, Michael Ignatieff avait préparé sa réponse. «Je ne cherche pas d'élections. Je n'attends pas d'élections. Je veux juste me préparer pour une élection.» Mais dans le même souffle, M. Ignatieff parle de 2011 comme d'une année au cours de laquelle les électeurs devront décider s'ils continuent de voter pour leur candidat favori, quitte à ce que ce choix du coeur favorise la réélection de Stephen Harper.

«Nous préparons un terrain en 2011 où il y aura la porte rouge et la porte bleue. Il n'y aura qu'un choix valable, un choix de gouvernement. Si vous votez pour M. [Gilles] Duceppe, vous aurez M. Harper. Si vous votez pour Mme [Elizabeth] May, vous aurez M. Harper. Si vous votez pour M. [Jack] Layton, vous aurez M. Harper. C'est aussi simple que ça.»

Le chef libéral se montre humble par rapport à sa performance en 2010. Il est fier d'avoir été aussi souvent en contact direct avec la population, que ce soit lors des débats thématiques organisés en début d'année sur la colline pour remplacer les travaux parlementaires prorogés, pendant sa traversée estivale du pays ou au cours de sa tournée à micros ouverts de l'automne. Quand on lui met sous le nez ses piètres résultats personnels dans les sondages malgré cette opération charme, il nous met en garde contre la tentation d'attendre un messie politique.

«J'ai trop de respect pour les électeurs pour penser qu'il y a une cure miracle, que c'est juste une question de charisme. Ce que j'ai montré, depuis mon entrée en politique, c'est que j'ai de la persévérance, de la patience et même une certaine obstination.» La seule solution, dit-il, est le «travail de terrain».

Michael Ignatieff estime que sa plus grande réussite cette année a été de schématiser la prochaine question électorale, celle que les citoyens auront à l'esprit lorsqu'ils iront tracer leur croix sur le bulletin de vote. «L'année prochaine, ce sera une alternative claire entre la vision économique du Parti libéral disant qu'il faut maintenir le standard de vie de la famille moyenne canadienne, avec des programmes d'investissement dans la formation, l'aide aux aidants naturels, les régimes de pension et les garderies, contre une politique conservatrice qui consiste à dire que le seul moyen de doser l'économie est de réduire les impôts des grandes entreprises.»

Clarté, vraiment?

Le Parti libéral est-il aussi clair que le prétend M. Ignatieff? Après tout, c'est le parti qui, après avoir hésité à prolonger la mission en Afghanistan en 2008 sous le leadership de Stéphane Dion, a accepté cette année, sans même un vote à la Chambre des communes, de la prolonger jusqu'en 2014. C'est aussi le PLC qui, après avoir laissé entendre qu'il appuyait les artistes demandant une redevance sur la vente des iPod, s'y est finalement opposé cette semaine. Les conservateurs ne sont-ils pas plus clairs, eux qui martèlent sans arrêt leur appui aux militaires, réitèrent inlassablement leur croyance en un système de justice implacable et réduisent chaque année les impôts des sociétés?

«C'est une fausse clarté avec de fausses solutions, s'exclame M. Ignatieff. Ça ne convainc plus personne. Ils n'ont aucune politique sociale, ces gens-là. Zéro. Zéro. [...] Oui, c'est plus clair, mais c'est plus bête!»

En fait, il pose la question autrement. Comment se fait-il qu'après cinq ans de pouvoir et de contrôle sur tous les leviers à la disposition d'un premier ministre, Stephen Harper est incapable de dépasser la barre psychologique des 33-35 % d'appuis? «Je sais que nous sommes où nous sommes, mais pensons à la situation de M. Harper. Après cinq ans au pouvoir, la capacité de dépenser des milliards de l'argent des contribuables, des occasions de se vanter sur la scène internationale lors des Jeux olympiques ou de la visite de la reine, où est-il? Dans la même situation que moi! Et moi, je n'ai pas d'armes! [...] C'est très significatif qu'après cinq ans de pouvoir, de machination, de "nous sommes tough on crime", il n'aille nulle part. C'est pour cela que je suis convaincu qu'il y a une possibilité de dégel en 2011.»

S'appuyant sur des sondages internes, M. Ignatieff prétend que, lorsque les électeurs sont à l'écoute ces jours-ci, ils choisissent la vision libérale plutôt que conservatrice. Mais encore faut-il qu'ils écoutent, justement, et M. Ignatieff reconnaît qu'ils ne seraient que 25 % à le faire... «J'aurai 36 jours d'une campagne électorale pour "allumer la lumière"», conclut-il.
2 commentaires
  • France Marcotte - Inscrite 19 décembre 2010 12 h 30

    Un fin patineur

    C'est bien dommage qu'il n'y ait que 25% de la population qui soit à l'écoute.
    "...lorsque les électeurs sont à l'écoute ces jours-ci, ils choisissent la vision libérale plutôt que conservatrice", dit M.Ignatieff. C'est que la vision conservatrice fait appel aux bas instincts (voir M. Frank dans un autre article) alors que la vision libérale serait culturelle...
    Avec M.Ignatieff, on apprend des choses intéressantes sur la façon dont les politiciens perçoivent l'électorat:
    *On peut avoir réussi, malgré des sondages défavorables, à "cristalliser la différence philosophique (entre deux partis) pour créer la surprise le grand soir".
    *Il peut arriver que les électeurs doivent décider "s'ils continuent de voter pour leur candidat favori, (même si) ce choix du coeur favorise la réélection (du parti adverse qui inspire de la crainte)".
    *Les électeurs ont une propension marquée pour les messies. Il faut leur démontrer alors qu'un bon chef n'est pas qu'une question de charisme.
    *Il est important pour un parti de schématiser la bonne question électorale, celle que les citoyens auront à l'esprit lorsqu'ils iront tracer leur croix sur le bulletin de vote.

    Bref, l'électorat, c'est une entité plutôt ingrate et capricieuse mais comme électrice, cet article m'apporte le sentiment que M.Ignatieff se débrouille de mieux en mieux pour répondre aux questions même un peu vicieuses des journalistes.

  • Serge Granger - Abonné 21 décembre 2010 09 h 44

    Un titre faux

    Le titre de cet article est mauvais. Mme Buzzetti sait surement que le parti libéral a voté pour des prisons avec leur appui au projet de loi C-15. Contraduiction fondamenetale comme le titrte de cet article et son contenu.

    J'espère que le Devoir ne va pas nous dire ces mensonges en campagne électorale.

    Adieu le Devoir