Bloc québécois - Duceppe prépare-t-il sa succession?

Dans les coulisses du Bloc québécois, tout le monde dit que Gilles Duceppe sera toujours le chef aux prochaines élections. <br />
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Dans les coulisses du Bloc québécois, tout le monde dit que Gilles Duceppe sera toujours le chef aux prochaines élections.

Ottawa — La fin d'une session parlementaire automnale est toujours l'occasion pour les chefs de parti de faire le bilan de l'année écoulée. Stephen Harper a accordé quelques rares entrevues cette semaine; Michael Ignatieff et Jack Layton les ont enchaînées. Et Gilles Duceppe? Rien. Il a laissé toute la place à son bras droit, Pierre Paquette.

C'est la deuxième session consécutive que le chef du Bloc québécois confie à son leader parlementaire le soin de résumer la session écoulée. Tous les leaders parlementaires le font... mais les chefs complètent aussi toujours le portrait. D'où la question qui se pose discrètement à Ottawa: Gilles Duceppe est-il en train de préparer sa succession? Et Pierre Paquette est-il son dauphin désigné?

Dans les coulisses bloquistes, tout le monde est d'accord sur un point: Gilles Duceppe sera là aux prochaines élections. Et il demeurera chef du parti aussi longtemps qu'il le voudra. «Nous sommes tous conscients que c'est une locomotive pour le parti. Il n'y aurait aucune raison de vouloir remplacer le chef le plus aguerri de la colline», confie une source.

À 63 ans, M. Duceppe semble avoir complètement mis de côté l'idée de faire le saut à Québec. «Il a l'intention de rester, il l'a dit à de nombreuses reprises, indique Pierre Paquette. Je l'encourage à rester, tout le caucus aussi. Les mois et les années qui s'en viennent seront intéressants pour un leader souverainiste expérimenté. Il y a eu une valse-hésitation en 2007 [quand M. Duceppe a annoncé son intention de briguer la chefferie du Parti québécois... avant de revenir à Ottawa 30 heures plus tard], il en a tiré les leçons. Je n'ai aucun doute qu'il sera ici à la prochaine élection.»

En conférence de presse-bilan de session, Pierre Paquette a rougi un brin quand les journalistes lui ont demandé s'il était le dauphin désigné du chef. «Absolument pas», a-t-il répliqué. N'empêche: M. Paquette est le seul député du caucus bloquiste qui vient régulièrement parler aux journalistes après la période de questions. Si Gilles Duceppe n'est pas disponible pour une entrevue, c'est systématiquement lui qui est envoyé au front (aux débats de RDI, notamment).

Une autre source proche des bloquistes ne doute pas du statut de M. Paquette. «S'il y a un dauphin, quelqu'un que M. Duceppe veut mettre en avant, c'est Pierre Paquette. Ils travaillent ensemble depuis la CSN, et M. Paquette incarne bien le courant social-démocrate du Bloc. Mais je ne crois pas qu'il y ait de stratégie de remplacement en cours», dit-elle.

D'autres trouvent saine l'idée que M. Duceppe s'efface parfois pour laisser un peu de lumière à son caucus. Les députés bloquistes qui obtiennent du «temps de glace» auprès des médias sont rares, et la situation donne l'impression qu'il n'y a pas beaucoup de députés capables de «faire la job derrière lui», indique une troisième source. «C'est bon de voir des visages comme M. Paquette ou Daniel Paillé [député d'Hochelaga, à qui on prête un intérêt pour le leadership]. Ça montre qu'il y a d'autres forces au sein du Bloc», soutient-on.