Revue de presse - Fin d'année

Toute fin de session parlementaire s'accompagne des habituels bilans de fin d'année. Celle-ci ne fait pas exception. Le décompte a commencé la semaine dernière et s'est poursuivi cette semaine. Et on peut dire que certains ne cachent plus leur frustration. Susan Riley, de l'Ottawa Citizen, s'étonne de l'apathie des Canadiens. «Les conservateurs de Stephen Harper mènent toujours dans les sondages malgré leurs efforts incessants pour s'aliéner tous ceux qui ne forment pas leur très loyale base militante», écrit-elle.

Comment y parviennent-ils? demande-t-elle. Ils jouissent d'abord d'une «opposition médiocre et divisée». Mais pour garder la forme après des mois de faux pas, d'accrocs éthiques et de critiques, «il faut bénéficier d'un électorat résigné, indifférent ou distrait. Il semble que les conservateurs l'aient.» Pour prouver son point, elle cite le dossier de l'achat sans appel d'offres des avions de chasse F-35 au coût éventuel de 16 milliards alors que le déficit dépasse les 50 milliards. La prudence fiscale qu'on attribue aux conservateurs aurait dû les amener à réduire le nombre d'appareils ou à choisir un modèle plus abordable, poursuit-elle, mais le gouvernement a préféré lancer une opération de relations publiques pour convaincre les citoyens des mérites d'un achat dont on ignore le coût définitif. Riley énumère les réserves de la vérificatrice générale et d'anciens aviateurs canadiens. Elle note que d'autres pays ont réduit ou reporté leur commande et se demande ce «que sont devenus ces radins presbytériens, prudents Écossais, austères prêcheurs, économes fermiers, populistes réformistes qui dénonçaient le gaspillage et le mauvais usage de l'argent des contribuables. Ils vivent toujours, mais seulement en mythe, ce que personne ne semble avoir remarqué».

James Travers, du Toronto Star, note que le bilan des conservateurs en matière d'éthique, bien qu'encore meilleur que celui de leurs prédécesseurs, n'est pas sans tache. Un brin cynique, il n'attend pas de changement, car «tout ce qui profite au parti gouvernemental est attaqué sans merci dans l'opposition, mais vigoureusement préservé une fois au pouvoir». Stephen Harper a battu les libéraux en se faisant le chantre de l'ouverture, de la transparence et de la responsabilité. Depuis, il baigne dans le secret. Sa Loi sur la responsabilité est truffée d'échappatoires et le poste de commissaire aux nominations est toujours vacant. Travers ne croit pas que les libéraux ni même le Nouveau Parti démocrate seraient plus enclins à changer les choses. Pour l'instant, l'opposition a l'avantage de pouvoir compter sur des chiens de garde parlementaires qui exposent les travers du gouvernement. La réponse du gouvernement est de serrer la vis, de miner les contrepoids. Selon le chroniqueur, cette tendance pourrait être facilement brisée. Il suffirait que le premier ministre envoie le signal clair que les chiens de garde et les fonds publics doivent être respectés. Un gouvernement de la taille de celui d'Ottawa sera toujours la cible d'opportunistes et d'arnaqueurs, note Travers, mais «il serait raisonnable d'attendre et d'exiger de nos politiciens, qui sollicitent l'appui et la confiance des Canadiens, qu'ils adoptent une fois au pouvoir une culture intolérante à l'égard des comportements irréguliers. Ce n'était pas le cas quand les libéraux gouvernaient. Ce n'est pas le cas maintenant que les conservateurs sont aux commandes».

Pendant ce temps...

Les Canadiens pauvres le sont à longueur d'année, mais on en parle toujours plus quand Noël approche. Lundi, le Conseil canadien du bien-être social rendait public son rapport annuel sur les revenus de bien-être social, un bilan qui a attiré l'attention au Québec. Mercredi, c'était au tour de Toronto d'être secoué par un rapport faisant le portrait d'une ville coupée en deux. Dévoilé par le Globe and Mail, le document, produit par le professeur David Hulchanski et une équipe du Cities Centre de l'Université de Toronto, montre combien le phénomène de polarisation économique de la capitale ontarienne, amorcé il y a 35 ans, s'est accentué au cours des dernières années. La classe moyenne est poussée dans ses derniers retranchements. Les mieux nantis vivent au centre-ville et près des lignes de métro et les moins nantis, dans des zones moins densément peuplées et mal desservies par les services publics et les transports en commun. Et ceux aux plus bas échelons sont plus souvent immigrants et appartiennent à une minorité visible. La ville se balkanise socialement et économiquement.

La chroniqueuse Margaret Wente, du Globe, n'est pas surprise. Toronto n'est plus la ville qui fonctionne, dit-elle, mais elle n'est pas seule dans ce bateau. Citant un urbaniste, elle note que toutes les grandes villes du monde développé vivent cette polarisation, la classe moyenne préférant les banlieues et les villes de taille moyenne, où les maisons sont moins dispendieuses et la congestion, moindre. Les pauvres, eux, ne peuvent partir. Ils ont besoin du transport en commun, des logements sociaux, des services et d'avoir accès à des emplois. Le défi pour les villes, dit-elle, n'est pas d'être plus cool, mais de faire une place pour la classe moyenne. Ce pour quoi bien peu de gens ont des réponses pour l'instant.

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