Pétard mouillé à Droits et Démocratie

Manifestation devant les bureaux montréalais de Droits et Démocratie en mars dernier.<br />
Photo: Jacques Grenier - Le Devoir Manifestation devant les bureaux montréalais de Droits et Démocratie en mars dernier.

Ottawa — Pourquoi au juste le nouveau conseil d'administration de Droits et Démocratie a-t-il fait la guerre à son président, feu Rémy Beauregard, et congédié plusieurs employés? Les hommes du gouvernement Harper assuraient que cela n'avait rien à voir avec leur désir d'implanter une philosophie plus favorable à Israël au sein de l'organisme. Ils faisaient plutôt, disaient-ils, la guerre à la mauvaise gestion. Un rapport de vérification externe éventé hier démontre que de scandale, il n'y avait point.

La nouvelle direction de Droits et Démocratie, alléguant qu'il y avait peut-être eu des malversations financières sous l'ancien régime, avait en février commandé à la firme Deloitte et Touche une vérification des livres de l'organisme. Promis pour trois semaines plus tard, le rapport se faisait toujours attendre. Hier, le Globe and Mail en a obtenu et diffusé une copie et la conclusion est dévastatrice pour ses commanditaires: aucune malversation n'a été mise au jour.

Le nouveau conseil d'administration soupçonnait par exemple que des sommes de 30 000 $ par mois étaient transférées au bureau de Droits et Démocratie de Genève sans qu'il sache pourquoi. Conclusion des vérificateurs: ces transferts n'ont jamais existé. Le nouveau C.A. criait à la mutinerie parce les employés refusaient de lui fournir certaines informations concernant des programmes financés à l'étranger. Conclusion: ces informations n'existaient pas! La précédente administration, reconnaissant que les projets devaient être mieux documentés, avait commencé à modifier les pratiques.

Les problèmes de gestion découverts dans de précédentes évaluations internes étaient quant à eux en voie d'être réglés par M. Beauregard lorsque celui-ci est décédé dramatiquement d'une crise cardiaque en début d'année. Tout au plus les vérificateurs externes enjoignent-ils au nouveau conseil d'administration de mieux dialoguer avec les employés de Droits et Démocratie.

Le conseil devrait «revoir, redéfinir et établir les orientations stratégiques de Droits et Démocratie et les communiquer au personnel de gestion», est-il écrit dans ce volumineux document plutôt aride. Les vérificateurs notent que ces orientations «semblent avoir changé entre 2005 et 2010, particulièrement depuis l'arrivée de nouveaux membres du conseil d'administration. Ces changements semblent être à la source de plusieurs conflits entre certains membres du conseil d'administration et certains employés de gestion».

Les députés fédéraux ont été frappés par le caractère anodin de ce rapport, qui du coup n'explique pas les motivations véritables des nouveaux administrateurs nommés par le gouvernement de Stephen Harper.

«Soudain arrivent des personnes nommées par les conservateurs qui chamboulent l'organisme et ternissent la solide réputation qu'il avait sur la scène internationale, fait remarquer le néodémocrate Paul Dewar. Ils trouvent le moyen de dépenser près d'un demi-million de dollars pour partir à la recherche de quelque chose qui n'existe pas. En d'autres mots, ils ont lancé une chasse aux sorcières et n'ont rien trouvé.»

Pour le chef bloquiste, Gilles Duceppe, ce rapport prouve que le noeud du problème à Droits et Démocratie «relève d'un débat idéologique entre le conseil d'administration et les employés».

Droits et Démocratie est un organisme oeuvrant sur la scène internationale. Il reçoit un financement de 11 millions de dollars par année du gouvernement canadien. Les problèmes à l'interne ont débuté lorsqu'un nouveau président du conseil d'administration, Aurel Braun, a été nommé. Réputé faucon et défenseur indéfectible de l'État d'Israël, M. Braun était à couteau tiré avec le président Rémy Beauregard. Ce dernier est décédé un soir de janvier après une rencontre particulièrement houleuse du conseil d'administration. M. Braun lui reprochait l'octroi de trois contributions à des organismes palestiniens actifs au Moyen-Orient.

Éventuellement, tous les employés de Droits et Démocratie ont signé une lettre demandant la démission de M. Braun. Il a réussi à se maintenir parce que le gouvernement a nommé de nouveaux administrateurs lui étant favorables. Lorsque les problèmes de Droits et Démocratie ont été étalés sur la place publique, M. Braun et ses alliés ont nié qu'une volonté d'implanter une philosophie pro-Israël était à l'origine du conflit. Ils ont soutenu que c'était plutôt leur désir de faire le ménage dans la gestion de l'organisme qui braquait les employés.

La direction de Droits et Démocratie devait comparaître en comité parlementaire hier après-midi, à huis clos, pour présenter le rapport de Deloitte et Touche aux députés. Les travaux parlementaires ont plutôt été ajournés. Le président, Gérald Latulippe, a annulé ses entrevues médiatiques. Droits et Démocratie ne voulait pas rendre public le rapport tant que certains passages ne seraient pas caviardés.
17 commentaires
  • Geoffroy Ménard - Abonné 17 décembre 2010 07 h 23

    "scandale il n'y en a point"

    À la fin du premier paragraphe, la formule " démontre que de scandale, il n'y avait point." est à mon avis, mal choisie. On ne sait pas à quel scandale la référence est faite: l'ingérence des conservateurs ou les soupçons de mauvaise gestion? En plus ce n'est pas élégant et ça jure avec le style du reste.

  • lephilosophe - Inscrit 17 décembre 2010 07 h 23

    Bas les masques!

    Alors, il est de plus en plus clair que ces partisans inconditionnels d'Israël ont pris les grands moyens pour se débarrasser de tous ceux qui gênaient leur passage pour s'emparer d'un organisme oeuvrant sur la scène internationale. Les partis d'opposition devraient joindre leurs voix à toutes celles qui dans de nombreux organismes à travers le pays ont eu maille à partir avec ces individus pour réclamer la démission immédiate de ces membres du Conseil d'administration. Non seulement ont-ils agi sous de faux prétextes, mais leurs agissements à l'égard d'un personnel compétent, par le profilage ethnique et religieux (disons-le franchement, le racisme) doit être sanctionné. Tout comme la nomination d'un ancien candidat conservateur, M. Bourgon, au poste de directeur des communications et de la planification stratégique qui est un avocat spécialisé en défense des criminels de guerre. Il faut en finir avec le «design» de cette organisation aux seuls fins de la défense d'Israël. De même il faudrait exiger le rétablissement du bureau de Genève qu'ils ont fermé parce qu'il aurait prétendument participé à la Conférence de l'ONU sur le racisme à Durban qui avait associé le sionisme au racisme et lors de laquelle la délégation canadienne avait été la première à claquer la porte pour affirmer son soutien «indéfectible» à Israël. Participation de Droits et démocratie qui n'a jamais eu lieu.
    Par contre, ces individus ont lancé plusieurs contrats sans appels d'offres au début de 2010 et ont dilapidé plus d'un demi-million de dollars sans qu'on sache exactement à quelles fins mais en en sachant suffisamment pour savoir que cela n'a rien à voir avec la mission de l'organisme. Alors messieurs Braun, Latulippe et tutti quanti... dehors.
    Et félicitations au Devoir et à Hélène Buzetti pour avoir, dès le début de la «crise» préfabriquée par les sionistes, alerté l’opinion publique sur les sombres agissements de ces individu

  • Jean Peupu - Inscrit 17 décembre 2010 07 h 38

    le chat sort du sac

    De nos jours plus rien ne peu rester cacher a l ère de l internet et des wikileeaks les gens veulent de la franchise et pas celles des cons servateur .Qui eux ont leurs fausses vérités et qui veulent nous l enfoncer de force dans la gorges.il aura fallu un malheureux décès et une enquête a nos frais pour qu une partie de la vérité soit connue.et cela n est qu une partie de ce qu on connait de ce que peu faire ce gouvernement
    merci a ceux qui nous font savoir la vérité, être mieux informer nous aide a mieux voter

  • Jude-Jean - Abonné 17 décembre 2010 07 h 59

    Le dégoût

    Plus ça va, plus ce gouvernement m'inspire le dégoût.

    Il n'y a rien d'autre à ajouter.

    André Hamel, Montréal

  • michel lebel - Inscrit 17 décembre 2010 08 h 25

    À dénoncer de nouveau!

    Voilà une assez sombre affaire qui devrait mettre le gouvernement actuel dans l'embarras. Celui-ci semble bien être intervenu pour nommer "ses hommes" dans un nouveau conseil d'administration. Pour cause, la défense à peu près inconditionnelle d'Israël. Bref, une saloperie de plus de ce gouvernement. À dénoncer sans ambages.


    Michel Lebel
    Ancien professeur des droits et libertés de la personne