Les libéraux rejettent eux aussi l'idée d'une redevance sur les iPod

Ottawa — Il n'y a pas que le gouvernement Harper qui soit contre l'idée d'une redevance sur les iPod: les libéraux ont aussi rejoint le club, hier, en affirmant pour la première fois clairement qu'ils cherchent une autre solution pour dédommager les créateurs. Une volte-face qui survient alors que les conservateurs sont accusés de désinformation sur ce sujet.

«Nous n'avons jamais appuyé l'idée du prélèvement sur le iPod, a soutenu au Devoir le critique libéral en matière de culture, Pablo Rodriguez. Nous travaillons sur une solution alternative pour nous assurer du respect du principe que les créateurs soient dédommagés. Mais nous sommes contre une redevance sur le iPod, ça, c'est clair.»

Cette position n'était pourtant pas si limpide il y a encore deux semaines, lors du passage d'une centaine d'artistes québécois à Ottawa pour protester contre le projet de loi C-32 sur les droits d'auteur. Et en mars et avril 2010, l'opposition officielle avait appuyé une motion demandant que le régime de copie privée «s'applique aux enregistreurs audionumériques afin que les créateurs de musique aient droit à un certain dédommagement pour les copies de leur travail».

Mais selon Pablo Rodriguez, cet appui des libéraux à la motion du Bloc québécois concernait le principe, pas les détails. «On est immuables là-dessus: il faut dédommager nos créateurs», dit-il. Comment? Les libéraux gardent leur jeu secret, mais M. Rodriguez dit vouloir «quelque chose de technologiquement neutre. Le iPod est populaire aujourd'hui, mais ce sera quoi demain? On veut une solution à long terme.»

Nouvelle taxation

Depuis 1999, le régime de copie privée impose une redevance sur la vente de chaque disque ou cassette vierge. La redevance est perçue par la Société canadienne de perception de la copie

privée (SCPCP). Elle a permis de remettre aux artistes près de 180 millions en une décennie. Le système est néanmoins en perte de vitesse depuis l'avènement des baladeurs MP3 — la SCPCP demande d'ailleurs depuis 2003 que le régime soit étendu pour intégrer ces nouveaux appareils.

Le gouvernement a toutefois toujours rejeté cette idée, qu'il associe à une nouvelle taxation. Cette position a été réaffirmée avec éclat hier midi à Ottawa, alors que le ministre du Patrimoine, James Moore, et son collègue de l'Industrie, Tony Clement, ont organisé un point de presse impromptu dans un magasin de disques du centre-ville.

Entre les CD et les DVD, et devant une rangée de jeunes recrutés pour porter des chandails dénonçant la «iPod Tax», MM. Moore et Clement ont souligné que le gouvernement était le seul parti à s'opposer à cette «taxe» — ce qui a poussé les libéraux à clarifier leur position. L'échange s'inscrit dans une longue campagne menée par le gouvernement conservateur pour présenter les libéraux comme des partisans tous azimuts de la taxation.

«Nous ne pouvons tout simplement pas appuyer la lourde taxe sur les iPod que l'opposition propose d'imposer aux amateurs de musique, a indiqué M. Moore. Une telle taxe pourrait ajouter jusqu'à 75 $ au prix de tout baladeur MP3 et téléphone intelligent sur le marché.»

Soixante-quinze dollars? L'opposition — libéraux compris — n'en croyait pas ses oreilles. «Je n'ai aucune idée d'où il tire ce chiffre, a répliqué la critique du Bloc québécois en culture, Carole Lavallée. On a toujours parlé d'une somme allant de 2 $ à 25 $ selon la taille de l'appareil.»

Ces derniers montants correspondent aux revendications de la SCPCP. «Les conservateurs désinforment sciemment la population», accuse Mme Lavallée. Au Nouveau Parti démocratique, le critique Charlie Angus a pour sa part qualifié les propos de M. Moore de «fiction».
7 commentaires
  • Jean-Marc Desharnais - Inscrit 15 décembre 2010 05 h 26

    Redevance sur les IPod

    Je suis contre cette redevance car elle implique une double taxation. Pour avoir de la musique sur le IPod il faut d'abord acheter cette musique qui est souvent sur un CD ou DVD déjà taxé. Contrairement au CD et DVD dont le produit est sur le média, le produit n'est pas sur le média pour le IPod qui sert aussi à autre chose.
    Je suis aussi contre toute taxe sur la mémoire car elle devient de plus en plus relative pour la même raison. Aujourd'hui un 320 gigabytes est peut-être considéré comme beaucoup, mais demain 1 Térabyte sera la norme ou même 2. Si la taxe est sur le nombre de gigabytes ça veut dire qu'il y aura avec le temps augmentation des taxes sans que le consommateur ait vraiment beaucoup plus. Avec le temps la taxe sera plus grande que le prix du produit lui-même. De plus, il n'y a pas seulement que de la musique sur un disque rigide, c'est plutôt minime en fait.

  • Claude Archambault - Inscrit 15 décembre 2010 06 h 40

    Une taxe injuste.

    Pourquoi cette taxe? Quand on acquiers une musique, une chanson que ce soit sous forme numérique ou CD on se trouve à payer les droit d'auteur alors pourquoi devrions nous payer encore pour maintenant pouvoir écouter ce que l'on a légalement acheté? C'est comme si il y 30 ans on avait mis une taxe sur les tables tournantes.
    Certain dirons que c'est à cause des copies illégales, ce qui viens à dire que tout ce qui est écouté avec ces appareils sont des copies illégales.
    Et à qui irait ces argents? Si 70% de ce qui est écouté avec ces appareils proviendrait de l'extérieur, de la musique américaines disons, alors pourquoi cette manne pour des compositeurs qui n'ont pas la faveur du publique.
    Quand l’environnent change, il faut s’adapter, innover et changer nos méthodes et non allez vers la façon simple et taxer cela devient du nivellement par le bas, le moindre effort et n'encourage pas une saine compétition qui naturellement fait toujours ressortir le meilleur.

  • Jacques Gagnon - Abonné 15 décembre 2010 09 h 30

    Quand la malhonnêteté fait loi.

    La plupart des gens écoutent de la musique copiée sur leur iPod. Les «torrent» et autres «hacks» se chargent de fournir toute cette musique et les gens en viennent à oublier qu'il n'y a pas que la musique libre de redevance.

    Quand plus personne ne pourra créer parce qu'on ne les paie pas, vous continuerez à écouter Mozart par ce qu'il est mort depuis longtemps, mais s'il avait vécu aujourd'hui l'inconscience des copieurs aurait probablement tué son talent dans l'oeuf. Vous pourrez toujours écouter et regarder tous les minables qui se prennent pour des artistes dans Youtube, bien que déjà on commence à
    vendre ce «stuff».

    Maintenant, fidèles à leur viscérale malhonnêteté intellectuelle, appuyée par la couardise lébérale, ils osent qualifier de taxe ce qui n'est que payer pour ce dont tu jouis.

  • Albert Descôteaux - Inscrit 15 décembre 2010 13 h 18

    mauvaise cible

    Mon iPod me sert surtout à surfer sur internet (activités bancaires, médias sociaux, nouvelles dont Le Devoir!), prendre/envoyer mes courriels et photos, téléphoner via Skype, bref gérer toutes sortes de choses de façon très pratique. L'écoute de musique sur mon iPod est dans mon cas une activité marginale. Et la quasi totalité des pièces musicales qui s'y trouvent proviennent de CD que j'ai achetés. Je trouve donc abusive cette idée de taxer les iPod pour compenser les artistes canadiens qui en grande partie ne m'intéressent pas ($25 sur un appareil de $350, c'est du vol).

  • simsim - Inscrit 15 décembre 2010 14 h 10

    «Redevances», et non «taxes»

    Premièrement, précisons qu’il ne s’agit pas d’une taxe, mais bien d’une redevance. Une taxe est perçue par le gouvernement et réutilisée par le gouvernement. Une redevance est perçue par le gouvernement et versée aux ayant droit, dans le cas qui nous intéresse, les artistes qui ont créé ce que vous utilisez.

    La copie n’était pas un problème du temps de la cassette et de la table tournante. La qualité d’enregistrement d’une cassette était assez ordinaire, donc les gens devaient acheter le vinyl pour avoir une bonne qualité d’écoute, payant du même coup les droits aux artistes. Le problème est arrivé avec le CD qui permettait de faire un nombre illimité de copies d’une qualité équivalente à l’original, sans frais supplémentaires. C’est pourquoi il existe une redevance à payer sur l’achat de CD et DVD vierges. Les lecteurs mp3 et internet sont l’extension de ce problème et c’est pourquoi il faut s’ajuster.

    Dans un monde idéal, cette redevance serait perçue à chaque fois que quelqu’un fait une copie de l’œuvre qu’il a achetée. C’est évidemment impossible à contrôler. C'est en ce sens que le système de redevance en lien avec le support devient nécessaire.

    La grande majorité des artistes de la musique ne vit pas riche et les subventions (assez minuscules) ne cessent d’être coupées par nos bons gouvernements «responsables». Résultat : notre culture ne cesse de s’affaiblir, et se fait remplacer par le bulldozer américain qui bénéficie d’un bassin linguistique immense pour se financer.

    Les artistes ne demandent pas grand-chose. Ils ne demandent même pas d’être payés pour ce qu’ils font, seulement de l’être pour ce qui est utilisé.

    Il serait temps que l’on comprenne collectivement que notre culture nous appartient à tous, qu’elle n’appartient pas qu’aux artistes, qu’elle nous identifie et nous distingue des autres, et que sans elle, nous ne sommes pas grand-ch