Pas question d’intervenir pour l’instant en Haïti, tranchent Cannon et Clinton

Pas question d’intervenir, pour l’instant, dans le processus électoral en Haïti, malgré les allégations d’irrégularités, ont tranché les ministres des Affaires étrangères du Canada et des États-Unis, aujourd’hui.

Réunis pour une rencontre tripartite avec leur homologue mexicaine, Patricia Espinosa, Lawrence Cannon et Hillary Clinton ont souligné qu’il revenait d’abord et avant tout au gouvernement et au peuple haïtien de «prendre leurs responsabilités» afin de s’assurer que la démocratie se poursuive dans ce petit pays des Antilles.

Le ministre canadien a souligné, en point de presse pour clore la rencontre de quelques heures qui s’est tenue lundi à Wakefield, en Outaouais, que «la communauté internationale ne peut pas tout faire».

Si le sujet a été discuté au cours des pourparlers entre les trois ministres, ceux-ci en sont venus à la conclusion qu’il valait mieux en premier lieu laisser aux Haïtiens gérer la situation. Les pays sont prêts à étudier la situation avec leurs partenaires des Nations unies ou de la communauté des Caraïbes.

«Mais d’abord et avant tout, il est important que les Haïtiens eux-mêmes assument cette responsabilité parce que, je le répète, il n’y aura pas de progrès économiques s’il n’y a pas de stabilité gouvernementale. Et ce qui est essentiel, c’est d’obtenir la stabilité gouvernementale», a argué le ministre Cannon.

Une position partagée par son homologue américaine, Hillary Clinton, qui a dû expliquer les commentaires d’un sénateur démocrate du Vermont, Patrick Leahy. Ce dernier a suggéré vendredi qu’il fallait geler l’aide au gouvernement haïtien en réaction aux rumeurs de fraude électorale qui ont suivi le premier tour de l’élection présidentielle haïtienne, fin novembre, et qui ont donné lieu à d’importants soulèvements violents au pays.

La secrétaire d’État américaine a plaidé que son gouvernement travaillait fort pour tenter de résoudre les questions soulevées par le premier tour du scrutin et qu’il allait continuer à le faire.
«Mais nous ne voulons pas non plus punir les Haïtiens à cause des problèmes qui ont été constatés pendant l’élection», a-t-elle indiqué.

Une certaine frustration


Mme Clinton a néanmoins reconnu que la sortie du sénateur Leahy traduisait une «certaine frustration» - partagée par une partie de la population américaine - à l’approche du premier anniversaire du tremblement de terre qui a secoué le pays, face au manque de réaction coordonnée de la part du gouvernement haïtien.

La semaine dernière, le ministre Cannon avait évoqué la possibilité que le gouvernement canadien ne reconnaisse pas les résultats du deuxième tour de l’élection, prévu mi-janvier, si celui-ci se déroule dans les mêmes conditions que le premier.

M. Cannon et Mme Clinton ont suggéré que leurs pays offrent un soutien technique, comme d’envoyer des spécialistes en Haïti à l’occasion de cette prochaine étape électorale.
Outre le dossier d’Haïti, les ministres des Affaires étrangères des pays de l’Amérique du Nord ont également abordé la question de la sécurité du continent.

Si des médias rapportaient la semaine dernière qu’Ottawa et Washington auraient négocié une entente prévoyant un périmètre de sécurité entre les deux pays, M. Cannon et Mme Clinton se sont abstenus de commenter l’annonce potentielle de celle-ci en janvier, comme le rapportait le quotidien The Globe and Mail.

Questionnés sur ce plan commun, les ministres se sont contentés de souligner les défis auxquels ils sont confrontés; c’est-à-dire de maintenir leurs échanges commerciaux tout en protégeant leur territoire contre la menace terroriste. Tous deux sont restés muets quant à l’accord qui serait discuté en coulisses, selon des documents d’information obtenus par le quotidien torontois.

Les ministres nord-américains ont enfin discuté de la lutte contre les organisations criminelles transnationales, et d’un dialogue sur le sujet avec les pays d’Amérique centrale.

M. Cannon et Mme Clinton ont en outre félicité Mme Espinosa, qui a présidé la Conférence des Nations unies sur les changements climatiques qui s’est conclue samedi matin. La ministre mexicaine a quant à elle remercié les délégations canadienne et américaine de leur participation à la rencontre de deux semaines qui se tenait à Cancun.
1 commentaire
  • Lou Sand - Inscrit 13 décembre 2010 22 h 42

    L’ONU importe le choléra en Haïti

    Pas un mot sur le choléra et l’ONU. M. Cannon et Mme Clinton préfèrent parler de fraude électorale.

    Selon le professeur Renaud Piarroux, épidémiologiste mandaté par la France, les Casques bleus népalais sont bien à l'origine de l'épidémie de choléra en Haïti. Celle-ci a déjà fait 2120 morts et contaminé près de 92 000 personnes. Quand l'épidémie débute sur l'île, les Haïtiens accusent très vite les Casques bleus asiatiques d'avoir introduit le choléra via une base de la région rurale de la rivière Artibonite, où sont apparus les premiers cas de contamination.

    On renvoie à son Rapport de mission sur l’épidémie de choléra en Haïti lequel concluait que la mission d’investigation menée depuis trois semaines a révélé le caractère sévère et inhabituel de cette épidémie, dont l’origine importée ne fait aucun doute. Elle a démarré aux abords du camp de la MINUSTAH et a été propagée de manière explosive du fait de la contamination massive de l’eau de l’Artibonite et d’un de ses affluents par des matières fécales de patients atteints de choléra. Après la première vague meurtrière sur l’Artibonite et dans les communes rurales avoisinantes, la situation semble se stabiliser et la mortalité a tendance à décroître.

    Ce rapport rend donc obsolètes les nombreux démentis de Nations unies. Un porte-parole de l'ONU, Martin Nesirky, déclarait, le 7 décembre à New-York : « La mission a conduit un certain nombre de tests dans l'eau à l'intérieur du camp et entre le camp et la rivière, et tous les résultats ont été négatifs. »

    C'est vrai que c'est un sujet hautement politique qui dépasse le domaine épidémiologique. C’est sûrement pourquoi le rapport du professeur Piarroux a été mis sous le boisseau afin de ne pas perturber le processus électoral en Haïti tant voulu par les parrains. Et la presse avec en première ligne Radio-Canada qui traitait la population avec mépris quand celle