Le voile levé sur un Canada complexé...

La visite de Barack Obama au Canada en février 2009 allait aider à la survie du gouvernement Harper lors du vote de confiance sur le budget fédéral, selon l’un des câbles diplomatiques.
Photo: Agence Reuters Chris Wattie La visite de Barack Obama au Canada en février 2009 allait aider à la survie du gouvernement Harper lors du vote de confiance sur le budget fédéral, selon l’un des câbles diplomatiques.
Les quatre nouvelles communications entre l'ambassade américaine à Ottawa et Washington, étalées sur la place publique hier, offrent davantage de détails croustillants que du contenu substantiel à se mettre sous la dent. Un câble daté du 22 septembre 2008, soit en pleine campagne électorale fédérale, relate à quel point les États-Unis ne font pas partie des enjeux discutés par les chefs politiques. Au grand étonnement de l'ambassadeur américain en poste à Ottawa, David Wilkins.

M. Wilkins offre quelques explications à cette situation. «Un complexe d'infériorité canadien presque inhérent conditionne peut-être les leaders politiques canadiens à parler d'enjeux intérieurs du quotidien [bread and butter issues] plutôt que de faire porter cette élection sur les États-Unis (comme lors de la campagne sur le libre-échange de 1988)», écrit-il. Les États-Unis sont donc, conclut-il, «le proverbial éléphant de cette élection: omniprésent, mais potentiellement trop menaçant pour en parler».

L'ambassadeur comprend d'autant moins ce «silence assourdissant» que les deux pays ont une intense relation politique et économique. «Logiquement, estime-t-il, la capacité d'un candidat, d'un parti et encore plus d'un chef de parti à gérer cette relation essentielle devrait être un facteur-clé que les électeurs ont à l'esprit en allant voter.»

L'autre expression de ce sentiment d'importance se lit dans le câble envoyé le 22 janvier 2009 par Terry Breese, chargé d'affaires à Ottawa, préparant le président Barack Obama à sa première visite à Ottawa. «Votre voyage aidera à assurer la survie du gouvernement lors du vote de confiance début février sur le budget fédéral, par lequel le Canada affichera son premier déficit en plus d'une décennie à cause d'un plan de relance de 30 à 40 milliards de dollars», écrit

M. Breese. Nulle part n'est-il fait mention que le gouvernement a dû proroger le Parlement avant Noël pour éviter d'être renversé par la coalition et que les partis d'opposition rendaient sa survie conditionnelle à la qualité du plan de relance proposé.

Antiaméricanisme à la CBC

Une autre communication, datée de janvier 2008 et signée de l'ambassadeur Wilkins, prévient Washington de l'image de plus en plus négative que les séries dramatiques diffusées à CBC renvoient des États-Unis. L'ambassadeur s'inquiète des émissions Border, Little Mosque on the Prairie, Intelligence et H2O, dans lesquelles on observe des références peu subtiles à Maher Arar, à la «No-Fly-List» ou encore aux enlèvements pour interrogatoires musclés de la CIA.

Un autre câble relate que, lors de leur première rencontre bilatérale, Hillary Clinton a demandé à son homologue français Bernard Kouchner si l'Europe était prête à accueillir certains prisonniers de Guantánamo. M. Kouchner a répondu oui, mais sur la base du «cas par cas». À la fin de la rencontre, est-il écrit, «il a remis un papier à la secrétaire d'État à propos d'Omar Khadr, un musulman de 15 ans d'origine canadienne. La secrétaire a accepté de revoir le dossier».

Notons enfin que les esprits s'échauffent concernant le site WikiLeaks. Tom Flanagan, un ancien conseiller très proche de Stephen Harper, a déclaré sur les ondes de CBC que le responsable de cette fuite massive devrait être «assassiné». Il s'est fait l'écho de Mike Huckabee aux États-Unis.

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