Le Canada reconnaît avoir arrêté et transféré des mineurs en Afghanistan

Des enfants afghans observaient un soldat canadien, dans le village d’Hajano Kali, en juillet 2007. Pressé de questions en Chambre, le ministre des Affaires étrangères, Lawrence Cannon, a admis du bout des lèvres que des «jeunes [juveniles]» avaient été arrêtés et détenus par le Canada.<br />
Photo: Agence Reuters Finbarr O'Reilly Des enfants afghans observaient un soldat canadien, dans le village d’Hajano Kali, en juillet 2007. Pressé de questions en Chambre, le ministre des Affaires étrangères, Lawrence Cannon, a admis du bout des lèvres que des «jeunes [juveniles]» avaient été arrêtés et détenus par le Canada.

Ottawa — Le gouvernement conservateur a reconnu implicitement hier que des combattants d'âge mineur avaient été arrêtés par les forces armées canadiennes en Afghanistan, puis transférés aux autorités locales. Un aveu qui a soulevé l'ire de l'opposition et relancé le débat sur les détenus afghans.

Pressé de questions en Chambre, le ministre des Affaires étrangères a admis du bout des lèvres après plusieurs réponses évasives que des «jeunes [juveniles]» avaient été arrêtés et détenus par le Canada.

«Ce n'est pas toujours possible de connaître l'âge d'un prisonnier, a indiqué Lawrence Cannon. Alors, les forces canadiennes traitent ceux qui semblent avoir moins de 18 ans comme des jeunes.» Il a ajouté qu'on séparait dans ces cas les mineurs des adultes lors de la détention.

Perplexe, l'opposition a compris de cette réponse que M. Cannon confirmait la teneur d'un document dévoilé dimanche soir par le réseau CBC. Daté du 30 mars 2010, il constitue une note d'information préparée par le sous-ministre de la Défense pour le ministre Peter MacKay.

La note a été rédigée au moment où le Canada décidait d'ajouter le Kandahar Juvenile Rehabilitation Centre (JRC) à la liste des établissements pénitenciers où les Afghans capturés et transférés par le Canada peuvent être détenus. «Ce changement pourrait attirer l'attention [du public] sur le rôle des jeunes dans le conflit en Afghanistan», souligne-t-on.

La note est limpide à cet égard. «Depuis 2006, X jeunes ont été détenus, et X transférés aux Afghans», peut-on lire dans le document légèrement caviardé. Si certains ont été libérés, d'autres étaient toujours aux mains des Canadiens au moment de la rédaction de la note.

Le document précise ensuite que ces jeunes prisonniers font l'objet d'un traitement spécial. Ils sont séparés des autres détenus, et leur dossier est évalué plus rapidement. «Ces procédures sont cohérentes avec celle de l'OTAN et respectent les normes internationales», affirme-t-on.

«Après consultations avec le Comité international de la Croix-Rouge et l'UNICEF, nous avons évalué que les conditions de détention au JRC sont satisfaisantes», indique le sous-ministre à M. Mackay. Le gouvernement afghan a accepté le 18 mars 2010 que le JRC soit ajouté à la liste des établissements que les autorités canadiennes peuvent visiter en tout temps pour s'assurer que les détenus transférés ne sont pas torturés.

Malgré la clarté de cette note, le ministre Cannon a longuement hésité avant de répondre aux questions de l'opposition lors de la période de questions d'hier. Dans ses cinq premières réponses, il a rappelé que le protocole de transfert adopté en 2007 permettait un bon suivi et une bonne surveillance des détenus et que les transferts étaient arrêtés lorsqu'il y avait des «preuves crédibles d'abus». Ce n'est qu'au sixième essai qu'il a abordé la question des détenus mineurs.

S'abstenir

Or, selon Gilles Duceppe, s'il y a eu des transferts de mineurs, «il faut absolument le dénoncer». Il a dit trouver «très inquiétant» de penser qu'il y a une «norme Omar Khadr qui prévaut». «Je pense qu'il faut que le Canada travaille de concert avec une institution internationale [quand de jeunes combattants sont capturés], et surtout ne pas les remettre au service de renseignement afghan». Le chef du Bloc estime que s'il y a un doute concernant l'âge d'un détenu, «on s'abstient» de le transférer.

Au NPD, le critique en matière de Défense, Jack Harris, a dit trouver «outrageant ce nouvel exemple de camouflage des méfaits du gouvernement en Afghanistan». M. Harris a rappelé que «sous les lois internationales, les enfants doivent être traités différemment des adultes», et que cette obligation excède la question des cellules séparées évoquée par M. Cannon.

Le critique libéral en affaires étrangères Bob Rae considère pour sa part qu'il y a un «problème si on n'a pas de garanties que les enfants seront traités comme des enfants». Dans le contexte des allégations de torture associées aux autorités afghanes, il n'est «franchement pas certain» que de telles garanties existent.