Revue de presse - Doutes et histoire

La décision du Canada de participer à la formation de l'armée afghane jusqu'en 2014 continue de faire jaser et soulève un certain scepticisme chez plusieurs chroniqueurs. Thomas Walkom, du Toronto Star, se demande par exemple si les soldats afghans que les Canadiens formeront ne finiront pas par rejoindre les talibans et par nous combattre. Walkom rappelle qu'en mars dernier, le grand responsable de la formation pour l'alliance disait que le nombre de recrues était élevé au point où il avait de la difficulté à les gérer. Selon l'OTAN, l'alliance doit former 23 recrues pour 10 soldats qui restent. Certaines sont tuées, mais la plus grande partie démissionne ou déserte. La situation est encore moins reluisante avec la police. En août, le responsable de l'OTAN affirmait que les désertions et autres abandons étaient la plus grande menace à la création d'une armée afghane capable de tenir tête aux talibans. «La possibilité que l'OTAN forme et arme ses propres ennemis demeure l'éternel cauchemar de l'alliance», poursuit le chroniqueur, avant de citer le cas de trois soldats britanniques tués en juillet par un insurgé enrôlé dans l'armée afghane. Plus tôt ce mois-ci, sept membres d'une unité de police ont rejoint les talibans alors que leurs neuf collègues, eux, ont été tués. Selon Walkom, l'OTAN aura beau faire, elle ne pourra jamais s'immuniser contre ce phénomène dans un pays où on n'est même jamais sûr de l'allégeance des élites locales.

Dan Gardner, de l'Ottawa Citizen, trouve intrigant que, malgré tous les palabres qui ont entouré le dernier sommet de l'OTAN, on ait si peu à dire sur les raisons de notre présence en Afghanistan. La mission a démarré après les attentats du 11-Septembre et peu de gens contesteraient l'utilité d'avoir détruit l'infrastructure d'une organisation terroriste. «Mais cela a été réalisé il y a un bon moment et, même si l'OTAN quittait l'Afghanistan, la reconstruction de cette infrastructure tout comme le gouvernement qui l'appuierait pourraient être rapidement réduits en poussière, ce qui explique qu'un futur gouvernement afghan soit peu tenté de le faire.» Les droits de la personne et le développement ont connu des avancées, mais était-ce notre but? demande Gardner, à qui les coûts de l'opération militaire donnent le tournis. La facture américaine à elle seule — 455 milliards de dollars en dix ans — est quatre fois plus que ce que tous les pays riches dépensent en aide au développement en une année. «Si la promotion des droits de la personne et du développement est la raison de notre présence en Afghanistan, partons immédiatement. Nous pourrions accomplir énormément plus ailleurs pour une fraction du prix. Et une fraction du prix est ce dont nous avons les moyens, la plupart des pays de l'OTAN croulant sous les déficits et les dettes», écrit Gardner. Il n'est pas davantage convaincu par ceux qui invoquent l'impératif stratégique ou la menace de déstabilisation du Pakistan. «Je voudrais appuyer la guerre. J'admire nos soldats, écrit Gardner, et je suis heureux de voir disparaître le mythe du maintien de la paix. Mais j'ai beau essayer, tout ce que je vois est un conflit coûteux, inutile et sans fin. Et l'OTAN ne m'aide pas à voir les choses autrement.»

David Akin, de l'agence QMI, appuie la nouvelle mission canadienne, mais estime que les tergiversations des derniers mois du premier ministre ont nui à sa crédibilité et à celle de son gouvernement. Il cite en particulier les propos tenus en janvier dernier par Stephen Harper, lors d'une entrevue avec nul autre qu'Akin. Il avait alors affirmé que la future mission serait civile et une éventuelle présence militaire, limitée à garder l'ambassade. On en est bien loin, souligne le journaliste. Malgré cela, Harper n'a même pas cru bon d'en faire l'annonce au Parlement, ni même au pays, s'indigne-t-il. «Harper dirige un parti qui a pourtant promis de donner au Parlement un droit de regard sur tous les déploiements militaires.» Dans ces conditions, Akin se demande qui à l'avenir croira Harper et son équipe quand ils affirmeront que tous nos soldats reviendront au pays en 2014.

Histoire ancienne

Lawrence Martin, du Globe and Mail, a préféré se pencher sur les difficultés des libéraux fédéraux. Son diagnostic? Les racines du mal sont anciennes. Elles remontent à aussi loin que 1993, année pourtant victorieuse pour les libéraux et leur chef Jean Chrétien. Mais les contours de cette victoire et des deux autres qui suivront auraient dû susciter une inquiétude, écrit-il. Le Parti progressiste-conservateur avait implosé, le Reform avait fait son entrée et la droite s'était divisée, mais ce nouvel échiquier, marqué aussi par l'arrivée en force du Bloc québécois, cachait un changement important. Le Parti libéral dépendait du vote ontarien pour se maintenir au pouvoir et sa base s'érodait partout ailleurs au pays, en particulier dans les Prairies et au Québec. La presque totalité des sièges ontariens étaient libéraux. L'Ontario allait dominer le caucus et le gouvernement pour les années à venir. Selon Martin, ces majorités cachaient l'«isolement géographique» croissant du PLC, un isolement dont le parti souffre toujours et qu'aucun remède miracle ne pourra corriger.

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mcornellier@ledevoir.com
1 commentaire
  • Roland Berger - Inscrit 27 novembre 2010 12 h 19

    Un pays ingouvernable

    Mais on n'admettra pas que le Canada est un pays ingouvernable qui ne fait les délices que des politiciens.
    Roland Berger