La discrimination positive reste en vigueur, se fait rappeler Ottawa

Ottawa — La présidente de la Commission de la fonction publique du Canada (CFP) a cru bon de rappeler aux fonctionnaires fédéraux qu'ils avaient encore le droit, et même l'obligation, de pratiquer la discrimination positive pour recruter davantage d'autochtones, de femmes, de handicapés et de membres des minorités visibles. Cette sortie survient alors que le gouvernement conservateur laisse entendre qu'il veut cesser cette pratique.

Maria Barrados, qui est indépendante du gouvernement, a envoyé la semaine dernière une lettre destinée aux chefs des ressources humaines dans la fonction publique fédérale. «Les lignes directrices de la CFP sur l'embauche au titre de l'équité en matière d'emploi n'ont pas été modifiées et sont toujours en vigueur», écrit-elle. En entrevue avec Le Devoir, Mme Barrados explique que ce rappel était rendu nécessaire «pour répondre aux questions que j'ai reçues de plusieurs gestionnaires».

Selon elle, une certaine confusion règne depuis quelques jours. En effet, la dirigeante principale des ressources humaines du gouvernement, Daphne Meredith, a diffusé il y a deux semaines une déclaration énumérant les mesures de discrimination positive mises à la disposition des gestionnaires pour assurer que la fonction publique est représentative de la diversité de la population. Mais, au même moment, le président du Conseil du trésor, Stockwell Day, a déclaré en Chambre qu'«aucun des affichages des ministères ne doit exclure un quelconque groupe et qu'ils doivent tous être ouverts à tous les candidats qualifiés. La décision finale [d'embauche] doit être basée sur le mérite et les qualifications».

Mme Barrados estimait qu'il y avait contradiction. «Quand on a un cadre de loi, c'est important de dire qu'on peut l'utiliser», explique-t-elle en entrevue. Ce cadre légal permet de privilégier l'embauche d'autochtones, de membres de minorités visibles, de femmes et de handicapés seulement si, dans une catégorie d'emploi donnée, on découvre que ces groupes sont sous-représentés par rapport à leur poids démographique réel. Les minorités visibles représentent 12,4 % de la population, mais 9,8 % des fonctionnaires fédéraux.

En outre, Mme Barrados était «frustrée» que le ministre laisse entendre que la discrimination positive conduit à l'embauche de personnes non qualifiées. «Les valeurs fondamentales du mérite et de l'impartialité politique [...] s'appliquent aussi aux nominations des membres des groupes visés par l'équité en emploi.»

Manoeuvre politique

Toute cette histoire a débuté le 22 juillet dernier, en plein débat sur le recensement. Sara Landriault, mère de trois enfants, se plaint que sa candidature a été écartée à un poste d'adjointe administrative au motif qu'elle est caucasienne. Sa sortie, confiée à l'agence de presse QMI, trouve immédiatement écho: deux ministres conservateurs, M. Day et Jason Kenney (Citoyenneté et Immigration), estiment que ces lois basées sur la race n'ont plus leur place en 2010. M. Day promet une enquête.

La sortie sent la manoeuvre politique. Sara Landriault est une blogueuse conservatrice et milite pour les principaux projets défendus par les conservateurs. Sur le site du groupe International Family Childcare Association qu'elle préside, on la voit photographiée aux côtés de Stephen Harper dans le bureau de celui-ci. Elle s'est lancée sur la Toile en décembre 2005 (en pleine campagne électorale) pour apporter son soutien à la promesse conservatrice d'offrir 100 $ par mois aux familles pour financer la garde d'enfants.

En 2007, Mme Landriault affirme en comité parlementaire être mère au foyer. «Je le suis et le resterai.» Pourquoi alors avoir cherché un emploi cet été? Jointe au téléphone hier, Mme Landriault a affirmé que ses enfants étaient maintenant à l'école et qu'elle cherchait activement un emploi. Elle a ensuite répondu que ce débat nuisait à ses perspectives d'emploi et qu'elle ne voulait plus faire de commentaires. Elle soutient que sa sortie n'était pas télécommandée par les conservateurs. Le bureau de M. Day affirme que le ministre «n'avait aucune connaissance de la situation de Mme Landriault avant sa sortie publique». Personne n'a vu le résultat de la révision des lois demandée par Stockwell Day depuis l'incident. Il a été impossible de l'obtenir hier.
 
4 commentaires
  • Rodrigue Tremblay - Inscrit 16 novembre 2010 09 h 24

    Les minorités visibles représentent 12,4 % de la population, mais 9,8 % des fonctionnaires fédéraux.

    Et combien sont qualifiés pour la Fonction publique fédérale, ne serait-ce qu'au niveau du bilinguisme?
    Et c'est quoi l'idée d'avoir une Fontion publique qui reflète parfaitement bien tous les sous-groupes de la société?
    D'où vient cette idée loufouque? On demande aux fonctionnaires d'être compétents et efficaces. That's it.

  • La Loutre - Inscrit 16 novembre 2010 13 h 16

    Les compétences, seuls facteurs acceptables pour l'embauche

    Comparons deux arrondissements fictifs de Montréal. Dans Saint-Lionel, il y a 50% de noirs et 35% de "latinos". Est-ce que la composition des employés de cet arrondissement doit réfléter la composition de la popiulation? Dans Descente-enneigées, il y a 46% de personnes agées, surtout de vieilles dames veuves vivant seules. Est-ce que la composition des employés de cet arrondissement doit réfléter la composition de cet arrondissement?

    Cessons cette logique ridicule, il faut simplement embaucher les personnes les plus compétentes pour les postes à combler. Point.

  • Fab. - Inscrit 16 novembre 2010 13 h 58

    tous les canadiens doivent être representés dans le gouvernement fédéral

    mon cher Rodrigue tu te trompes immensement. as-tu entendu parlé ou lu ce qu'un État de droit veut dire? Un État de droit est celui qui respecte la représentation de tous les groupes qui composent sa nation. tous les groupes doivent se reconnaître dans ses insttitutions. Je devrais aussi te conseiller de consulter les dernières statistiques sur les minorités visibles. Les membres de ce groupe ont un niveau d'éducation très élévé. Et puis dernière chose, si tu travaillais au gouvernement, tu saurais que la plupart des postes dans le gouvernment sont bilingues.
    Fabrice.

  • Fab. - Inscrit 16 novembre 2010 15 h 12

    Quand l'ignorance parle

    Comme les humains sont imparfaits de nature, la majorité prend souvent le grand morceau du gâteau. En ce qui concerne les emplois du gouvernement fédéral (et c'est pareil dans le secteur privé), la majorité des emplois sont occupés par des homes blancs et ces derniers recrutent souvent leurs semblables. Ainsi, pour qu'il n'y ait pas une oppression de la majorité sur les groupes minoritaires, un État de droit est censé garantir à tout le monde une meilleure représentation et une égalité des chances.
    N'oubliant pas ce dont l'humain est capable: il peut discriminer à base de la couleur de la peau, du sexe, etc....
    "L'homme est un loup pour l'homme" Hobbes.