Harper maintient le cap pro-Israël

Stephen Harper s’est adressé hier à 200 participants de la seconde conférence internationale de la Coalition interparlementaire de lutte contre l’antisémitisme, une organisation que dénonce le groupe de gauche Independent Jewish Voices.<br />
Photo: Agence Reuters Chris Wattie Stephen Harper s’est adressé hier à 200 participants de la seconde conférence internationale de la Coalition interparlementaire de lutte contre l’antisémitisme, une organisation que dénonce le groupe de gauche Independent Jewish Voices.

Ottawa — Le premier ministre Stephen Harper assume entièrement les conséquences de son soutien inconditionnel à Israël. Si le fait qu'il se porte à la défense de l'État juif explique la non-obtention par le Canada d'un siège au Conseil de sécurité des Nations unies, soit. Cela ne le fera pas changer d'avis, dit-il, car il ne croit pas au rôle traditionnel de «conciliateur» joué par le Canada dans l'épineux conflit israélo-palestinien.

M. Harper s'est présenté hier matin devant environ 200 participants à la seconde conférence internationale de la Coalition interparlementaire de lutte contre l'antisémitisme, tenue à Ottawa. Le premier ministre fait entièrement sienne cette idée, défendue par la Coalition, voulant que l'antisémitisme soit en progression sur la planète.

«L'histoire nous enseigne que l'antisémitisme est une forme de haine tenace, et surtout dangereuse, et les événements récents montrent que cette haine est désormais en résurgence dans le monde entier», a-t-il déclaré. Il soutient qu'il existe des éléments — qu'il ne précise pas — prêts à relancer la fureur de la Seconde Guerre mondiale. «Encore aujourd'hui, il y a ceux qui choisiraient le Mal et relanceraient un Holocauste si on ne les surveillait pas.»

Pour M. Harper, ses prises de position en faveur d'Israël découlent d'un débat entre le Bien et le Mal. «Les humains peuvent choisir d'être inhumains. C'est le paradoxe de la liberté, celui d'avoir la liberté de choisir entre le Bien et le Mal. [...] Dans les débats contemporains qui influencent le sort de la patrie juive, il y a ceux qui rejettent le langage du Bien et du Mal. Ils disent que la situation n'est pas noir ou blanc et qu'il ne faut pas choisir son camp. En réponse à cette ambivalence, on doit parler clairement», a soutenu M. Harper.

Pour être certain d'être bien compris, le premier ministre a fait allusion à la récente défaite du Canada aux Nations unies, qui n'a pas réussi à se faire élire au Conseil de sécurité. Plusieurs observateurs ont lu dans ce revers le jugement d'une communauté internationale pour une politique étrangère canadienne délestée de ses nuances traditionnelles. M. Harper y voit au contraire matière à réjouissance.

«Je sais, car j'en porte les cicatrices, qu'il est plus facile, aux Nations unies ou dans tout autre forum international, de laisser faire cette rhétorique anti-Israël en évoquant l'équilibre des torts et de s'excuser en posant en conciliateur. Il y a beaucoup plus de votes à aller chercher, beaucoup plus, avec une position anti-Israël. Mais tant que je serai premier ministre, que ce soit aux Nations unies ou à la Francophonie, le Canada prendra cette position quel qu'en soit le prix.»

M. Harper a affirmé que la critique d'Israël était possible et qu'Israël, en tant que pays démocratique, s'y adonne d'ailleurs amplement. Mais, selon lui, les critiques constantes d'Israël alors que la communauté internationale se fait silencieuse envers d'autres pays violant les droits de la personne équivalent à de l'antisémitisme. Il dénonce ainsi les «3D» du nouvel antisémitisme: «la démonisation, le double standard et la délégitimisation».

Le chef libéral, Michael Ignatieff, n'adhère pas à cette lecture de la situation. Affirmant prendre «très au sérieux» les menaces antisémites et les attaques diverses ayant ciblé la communauté juive, il ajoute: «Il ne faut pas exagérer non plus. Nous sommes un pays de tolérance. Il faut lutter continuellement contre le racisme et l'antisémitisme. La communauté juive n'est pas la seule victime du racisme et des préjugés.»

Des chiffres exagérés

Independent Jewish Voices, un groupe de gauche rassemblant des Juifs s'opposant aux politiques d'Israël face aux Palestiniens, dénonce la Coalition et sa section canadienne, la Coalition parlementaire canadienne de lutte contre l'antisémitisme (CPCCA). «Ce lobby non officiel a tenu des audiences rappelant la chasse aux sorcières de Joseph McCarthy aux États-Unis, estime une de ses porte-parole, Diana Ralph. Il étiquette d'antisémites ceux qui demandent justice pour le peuple palestinien, et son but est de criminaliser toute critique légitime des abus d'Israël.»

En conférence de presse, Mme Ralph a dénoncé la CPCCA et les audiences tenues l'hiver dernier sur la colline parlementaire. «Ces audiences étaient biaisées, soutient-elle. 45 % des groupes entendus étaient des groupes pro-Israël, dont certains ne provenaient même pas du Canada. Les autres témoins, incluant les représentants de la police et les dirigeants d'université, n'appuyaient pas la conclusion du comité selon lequel l'antisémitisme est en croissance au pays.» Aucun des groupes juifs critiques d'Israël ou des autres plaidant la cause palestinienne qui avaient soumis des opinions n'a été invité à témoigner, note Mme Ralph.

La CPCCA n'a toujours pas rendu public son rapport. Pour Mme Ralph, la raison en est simple: il n'a pas entendu de ses témoins ce qu'il souhaitait. Le B'nai Brith publie néanmoins chaque année un rapport indiquant une recrudescence des incidents à caractère antisémite. Michael Keefer, professeur à l'Université de Guelph et membre d'Independent Jewish Voices, croit que ces données sont «gonflées». Il en veut pour preuve une comparaison effectuée avec les mêmes données recueillies en Grande-Bretagne par un groupe plus autocritique. «Ce groupe a découvert après analyse que 39 % des incidents leur étant rapportés comme étant probablement antisémites ne l'étaient finalement pas.» Il ajoute qu'à Toronto, ville où l'on retrouve la plus grande communauté juive du Canada, dix cas d'antisémitisme survenus de vive voix avaient été recensés. «Je ne dis pas que ces cas ne sont pas inquiétants, mais prétendre qu'il y a là une menace au tissu social canadien équivaut à mener une campagne de peur», conclut M. Keefer.
76 commentaires
  • Gebe Tremblay - Inscrit 9 novembre 2010 00 h 39

    Pauvre Harper

    Complètement "brainwashé" !

    Ils ont dû le piquer avec une drogue ou quelque chose du genre !

    Il est prêt à faire sauter le Canada pour sauver son peuple élu !

    Il a perdu ses billes le pauvre !

  • arabe - Inscrit 9 novembre 2010 04 h 39

    Félicitations au premier ministre Harper (version finale; prière d'effacer les autres versions)

    Quand on vit dans un monde si tordu que l’UNESCO songe même à classifier la tombe de Rachel (femme de Jacob-Israel; mère de Benjamin) et la cave des patriarches (tombes d’Abraham et Sarah, Isaac et Rebecca, ainsi que Jacob-Israel et Léa) comme mosquées, il est bon de voir que nous avons un premier ministre qui sait se tenir droit sans plier sous aucun des diktats politiques islamistes ; non pas pour faire un pied-de-nez à quiconque, mais pour défendre les intérêts de la vérité historique et des valeurs partagées par tous.

    Il faut aller au-delà de toute partisanerie politique mesquine et savoir féliciter notre premier ministre pour ses déclarations fort honorables.

    Toute personne qui ne croit pas que l’antisémitisme, ou plus exactement la judéophobie (la judéophobie actuelle contient peu des éléments racistes qui sous-tendaient l’antisémitisme occidental des années 1860-1945), n’est pas en hausse, ou fort vivace, dans le monde musulman, devrait lire les nombreux et excellents livres de Pierre-André Taguieff sur le sujet. Ou encore constater à quel point des livres comme « Mein Kampf » et « Le péril juif ; les protocoles des Sages de Sion » sont des best-sellers dans plusieurs pays musulmans.

    La judéophobie n’est plus vraiment un souci dans le monde chrétien, mais elle est plus que jamais un problème dans de nombreux pays musulmans et chez certaines franges musulmanes dans les pays occidentaux. Il faut savoir le dire et se prémunir contre les conséquences nocives de cette idéologie délétère. Dommage que les musulmans modérés ne le disent pas plus souvent.

  • Gabriel RACLE - Inscrit 9 novembre 2010 05 h 36

    Un parallèle intéressant

    Il serait, sera, intéressant de faire un parallèle entre S. Harper et son mentor, G.W. Bush, dont les mémoires paraissent aujourd’hui, «Decision Points». D’après la critique unanime, celui-ci semble confirmer que Bush est «un homme dilettante, agissant de manière instinctive et brouillonne». Il montre aussi l’inculture internationale de l’ancien gouverneur du Texas et son manque d’analyse d’une situation.
    N’y connaissant rien et faute d’analyse soignée, au lieu de se concentrer sur l’Afghanistan, foyer d’Al-Qaïda, il attaque l’Irak poussé par les Cheney et Rumsfeld, et montrer qu’il fait mieux que son père qui, bien conseillé, n’avait pas renversé S. Hussein lors de la première guerre du Golfe, pour éviter le chaos.
    Même chose pour le Proche-Orient. Bush ne poursuit pas les efforts de Clinton pour régler la question, même s’il dispose de l’arme de l’aide financière et militaire.
    Dans son livre il s’autojustifie et s’absout des problèmes qu’il a créés par son incompétence et sa recherche de fins électoralistes à tout prix. Il oublie qu’en tant que chef des armées et président, il porte la responsabilité ultime des décisions qu’il a prises.
    Harper suit le même modèle. Il ne procède pas à une analyse complète du problème israélo-palestinien, dont la solution n’est pas unilatérale. Il oublie les résolutions de l’ONU, qui si elles avaient été appliquées auraient réglé cette question depuis longtemps. Il se réjouit de l’échec du Canada qui n’a pas obtenu un siège au Conseil de sécurité de l’ONU. Il n’analyse pas toutes les implications de son soutien unilatéral, et il poursuit, comme Bush, des visées électoralistes, qui lui tiennent lieu de politique. Étant donné qu’il n’agit pas sur un plan logique et rationnel, il est difficile voire impossible, de lui faire entendre raison.
    A lui comme à Bush, on peut appliquer cette phrase d’un homme politique d’une au

  • Yves Claudé - Inscrit 9 novembre 2010 06 h 00

    Territoire sous occupation sioniste ?


    Alors que la politique pro-israélienne des gouvernements canadiens précédents ménageait malgré tout une place pour des négociations de paix susceptibles d'amener un minimum de justice et de dignité pour la nation palestinienne, celle du gouvernement conservateur actuel s'enferme dans un radicalisme qui ne peut être interprété autrement qu'une adhésion inconditionnelle à la logique belliciste et colonialiste de la structure politique sioniste qui s'est implantée au Palestine en 1948, sous l'appellation ethno-religieuse d'"État d'Israël".

    Il n'est pas question ici seulement de géopolitique classique, mais aussi des effets politiques d'un phénomène qui se manifeste en Amérique du Nord depuis une vingtaine d'années: l'alliance, voire la convergence de mouvements religieux juifs et chrétiens campés à droite ... mais aussi de plus en plus à l'extrême droite.
    Au Canada, signalons en particulier l'influence notable et disproportionnée du mouvement religieux et sioniste radical kahaniste sur le gouvernement Harper. La percée politique discrète mais efficace des kahanistes canadiens, racistes et pro-génocidaires avérés, a laissé les organisations sionistes "classiques" dans un grand embarras, mais aussi sans réaction publique qui pourrait leur valoir le crédit d'un minimum de décence morale.

    Il peut paraître étonnant qu'un mouvement dont certaines constituantes politiques (Kach, Kahane Chai, etc.) sont cataloguées comme "organisations terroristes" par l'État canadien soit devenu un partenaire politique du gouvernement canadien ! Il suffit cependant de prendre en considération le projet politique ET moral du parti minoritaire qui a pris le contrôle de l'État canadien pour comprendre que cette contradiction n'est qu'apparente !

    L'État canadien serait-il devenu un territoire sous occupation sioniste ?

    Yves Claudé

  • Duchêne Denys Mehdi - Inscrit 9 novembre 2010 06 h 26

    Il était une fois un Clone

    Clone de Bush, format économique, HarPEUR reprend sa maxime «Il y a le bien et il y a le mal». Pas de zone grise pour le «singe de poche» du lobby Juif. Vous êtes appelé à choisir votre camp, tenez vous le pour dit. Lui a choisi le sien, celui du sionisme.

    L'historien Benny Morris, un des pionniers de la «nouvelle histoire» en Israël a publié certaines révélations entre autres de Joseph Nachmani, Chef militaire et dirigeant sioniste actif, déjà qualifié comme «un assassin sans larmes» par certains journalistes qui avait résumé ce visages à deux faces du sionisme : «Le premier constructif, moral et apte au compromis(cela se discute) et l'autre, destructif, égoiste, militant, chauviniste et raciste» Les deux sont sincères et réels».

    HarPEUR a choisi le camp de la deuxième définition. Et ce qui est le plus indécent, c'est qu'il parle en notre nom sur la scène internationale avec moins de 35% des voix.

    Et au fait, où était «les complices» de ce discours hier, les Duceppe, Layton et Ignatieff ? Y a t-il encore quelqu'un qui croit que ce pays n,est pas un otage du lobyy sioniste canadien ?