Sommets du G8 et du G20 - Ottawa craignait la menace nucléaire

Les coûts combinés pour les polices de Toronto, de l’Ontario et la GRC ont été de 573,7 millions lors des sommets.<br />
Photo: Agence Reuters Mark Blinch Les coûts combinés pour les polices de Toronto, de l’Ontario et la GRC ont été de 573,7 millions lors des sommets.

Ottawa — Le gouvernement conservateur était prêt à toute éventualité lors des sommets du G8 et du G20. Même à une menace nucléaire. Le relevé des dépenses dévoilé hier démontre ainsi qu'Ottawa a payé 1,3 million pour se prémunir d'une telle possibilité. Au final, le coût total des deux sommets s'annonce moins élevé que prévu, à 857,9 millions.

Les dépenses de 26 ministères et entités ont été dévoilées hier après-midi, à la veille d'un congé d'une semaine pour les députés. Le volumineux document propose une liste exhaustive de tous les coûts engendrés par les trois jours des sommets, du plus petit crayon au matériel technologique le plus sophistiqué.

On remarque notamment que le Bureau de la radioprotection, qui gère le Plan fédéral en cas d'urgence nucléaire, a bénéficié d'un copieux budget pendant les sommets. Au total, les documents déposés hier font état de dépenses de 1,3 million pour ce seul secteur. Une part importante de cette somme, soit 726 000 $, a servi à verser des «salaires supplémentaires aux employés chargés de la protection contre les radiations».

Ces employés, par ailleurs, ont obtenu des outils supplémentaires pour s'acquitter de leur tâche. Ainsi, ils ont acheté un détecteur au germanium de grande pureté à haute énergie au coût de 93 372 $. Ce détecteur, fabriqué par Canberra, une filière de la française Areva, permet notamment de détecter les rayons gamma. Il est considéré comme la crème dans le domaine. Placé dans un sac à dos, le détecteur permet une inspection discrète des lieux et distingue les radiations médicales des radiations suspectes.

Autre outil obtenu par le Bureau de la radioprotection: des dosimètres, au coût de 95 000 $. Les dosimètres prennent généralement la forme d'un timbre électronique qu'une personne porte sur elle pour mesurer son niveau d'exposition aux rayonnements radioactifs. Soit il peut s'agir d'un timbre «passif», emmagasinant mensuellement l'information qui est envoyée à Santé Canada pour déterminer si les niveaux d'exposition cumulatifs d'une personne donnée sont sécuritaires, soit il peut s'agir d'un timbre «actif» offrant immédiatement une lecture du niveau d'exposition. Chacun de ces timbres peut coûter entre quelques centaines et quelques milliers de dollars.

Enfin, les employés du Bureau ont obtenu la reconfiguration du laboratoire nucléaire mobile au coût de 24 500 $.

Le gouvernement a aussi consacré près de 70 000 $ à la formation de psychologues au sein de l'équipe d'intervention psychosociale en cas d'urgence. Les fonctionnaires ont expliqué que cette équipe se tient sur le qui-vive pour offrir au public des services psychologiques en cas d'événements traumatisants.

Parmi les centaines de pages, on note que les crayons «biodégradables» offerts aux médias et aux délégués ont coûté plus de 30 000 $ et que les Affaires étrangères ont offert pour 56 000 $ d'épinglettes. Les épouses des chefs d'État ont reçu une réplique de la tour du CN d'une valeur de 2300 $ chacune.

À la Défense nationale, on a notamment déboursé 300 000 $ en médicaments, 30 000 $ en bandages, 70 000 $ en insecticides et désinfectants, 15 000 $ pour des ustensiles de cuisine et plus de 70 000 $ pour des fournitures d'hygiène personnelle.

Postes Canada a elle aussi engendré des dépenses supplémentaires à cause de ces sommets, soit 34 000 $ pour mettre au point un plan sécuritaire d'envoi. L'Agence canadienne du revenu en a profité quant à elle pour remettre à neuf ses lecteurs pour la frontière, au coût de 18 000 $.

Anecdote: le ministère de la Sécurité publique a déboursé 1,5 million de dollars pour retenir les services professionnels de Services de vérification Canada, qui a mené une vérification et confirmé l'admissibilité des dépenses engendrées dans le cadre des deux sommets...

Notons que le Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS) ne s'est pas plié à l'exercice. Seul un paragraphe a été fourni en appui aux dépenses supplémentaires de 337 000 $: «Les informations détaillées reliées aux dépenses du Service sont classifiées "Secret". Je suis donc dans l'impossibilité de faire une déclaration publique des détails tel que demandé», écrit le fonctionnaire.

Coût exact à venir

Il faudra attendre la fin de l'exercice financier actuel pour connaître l'exact coût des sommets du G8 et du G20, mais Ottawa calcule maintenant que la facture sera de 25 % moins élevée que le 1,1 milliard anticipé. Des «surprises» peuvent encore survenir, mais «ça ne devrait pas être considérable», indique-t-on.

Globalement, les Affaires étrangères ont monopolisé 122,6 millions du budget, la Sécurité publique, 273,5 millions (dont 144 millions pour payer la police de Toronto et 100 millions pour la police provinciale), et la Gendarmerie royale du Canada (GRC), quelque 329,7 millions. La Défense nationale a dépensé 29,3 millions, et les Travaux publics 32,1 millions.

À la GRC, 89,7 millions sont allés aux salaires des employés (dont 37 millions en heures supplémentaires), 65,2 millions à l'hébergement, 15 millions à la sécurité du périmètre (ce qui comprend les coûts de la fameuse clôture de métal et ses caméras de surveillance), et près de 44 millions aux repas.
7 commentaires
  • bla bla - Inscrit 6 novembre 2010 08 h 31

    heu c n'importe quoi

    De toute les villes canadiennes ils auraient pris la chance d'irradier Toronto ? Même si le risque était minime je n'y croirait pas un seul instant. Ces dépenses extravagantes ne sont qu'une façon détourné de passer de l'argent dans les coffres du partie conservateur rien d'autre.

    Les commandites aux libéraux et la sécurité aux torries.

  • Sanzalure - Inscrit 6 novembre 2010 10 h 19

    Écran de fumée

    Avant, pendant et après ces deux fameux sommets (G8 et G20), il n'a été question dans les médias que de ce qui s'est passé à l'extérieur des barricades, jamais de ce qui s'est passé à l'intérieur.

    Il me semble qu'on ne peut juger de la pertinence de dépenser autant d'argent pour ces rencontres qu'en fonction de la qualité des discussions et des décisions qui y ont été prises.

    Comme presque rien n'a été rapporté des faits et gestes des grands de ce monde pendant ces sommets, j'en conclus qu'ils n'avaient tellement rien à dire qu'ils ont délibérément dépensé tout cet argent inutilement afin d'accaparer l'attention des médias et de détourner l'attention générale de leur ineptie et absence totale de contenu.

    Et les médias complaisants et/ou complices continuent de parler des mesures de sécurité au lieu de fouiller les agendas secrets de ces soi-disant leaders mondiaux.

    Serge Grenier

  • oracle - Inscrit 6 novembre 2010 10 h 22

    Crise de paranoia conservatrice ?

    Comment ne pas assimiler cette assertion à une crise aigue de paranoia conservatrice, quand on sait que, pour protéger le Canada, notre honorable premier ministre projette d'investir au moins 19 milliards pour acquérir ni plus ni moins que des F35, à l'ère des fusées balistiques intercontinentales.

    Malheureusement, personne ne se souvient plus d'hélicoptères ou de sous-marins morts de vieillesse, sans avoir même lancé une grenade en papier, ni des dépôts fantômes d'armes de destruction massive de Saddam Hussein.

    Pierre-Michel Sajous

  • France Marcotte - Inscrite 6 novembre 2010 11 h 48

    Menace nucléaire?

    Il aurait été intéressant de savoir ici quelle forme peut prendre une menace nucléaire lors de tels événements. On parle d'un appareil capable de détecter les rayons gamma et que l'on peut porter dans un sac à dos..., d'un autre en forme de timbre que l'on porté sur soi qui permet de mesurer le niveau d'exposition aux rayonnements radioactifs... Chose certaine, on ne craignait pas une menace venue du ciel. Des manifestants eux-mêmes alors? Àmoins que la plus grande menace se soit trouvée parmi les invités à ces sommets? À quoi ressemble une menace nucléaire lors de tels événements? En tout cas, une telle menace, si elle est réelle, peut justifier bien des dépenses je suppose...

  • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 6 novembre 2010 12 h 14

    Qui sème le vent ...

    Si le Canada n’abandonne pas ses aventures guerrières dans le monde, au lieu de s’en tenir exclusivement à des missions humanitaires, ce genre de menaces vont continuer de plus belle.

    Prenons le cas de la guerre en Afghanistan. Voici ce que j’écrivais il y a deux ans:
    Cette guerre en Afghanistan est un crime. Et elle est inutile car on ne changera jamais la mentalité des fous de Dieu.

    La guerre en Afghanistan a coûté quelque 25 milliards de $, donc à peu près 5 milliards de $ provenant des impôts des Québécois siphonnés à Ottawa.

    Avec son erreur guerrière en Afghanistan, le Canada a perdu son auréole d'ange de maintien de la paix. De plus, en s'immisçant dans un conflit où des intégristes fanatiques sont en action, le Canada en subira très probablement des retombées très négatives ici-même sur le sol canadien.

    Les Québécois forment un peuple pacifique. Malheureusement, par l’intermédiaire du Fédéral, nous dépensons contre notre gré des milliards de dollars dans cette guerre promue par M. Harper.