F-35: les conservateurs ont négligé la concurrence

Photo: Agence France-Presse (photo) Fabrice Coffrini

Le ministère de la Défense et le gouvernement Harper voulaient tellement acheter l'avion de chasse F-35 de Lockheed Martin qu'ils n'ont jamais véritablement vérifié si d'autres fabricants pouvaient offrir un appareil qui correspond aux besoins du Canada, a appris Le Devoir. Or, à la lecture d'un document du ministère de la Défense qui précise les exigences du Canada en matière d'avions de combat, on constate que d'autres entreprises militaires pourraient très bien remplir les critères lors d'un appel d'offres.

Selon nos informations, deux multinationales de la défense, l'américaine Boeing et la française Dassault, confirmeront cet après-midi devant le Comité parlementaire de la défense, à Ottawa, qu'elles peuvent satisfaire les exigences du Canada formulées par les Forces canadiennes.

Le gouvernement fédéral a décidé d'accorder le contrat, d'une valeur de 9 milliards de dollars, à Lockheed Martin, sans appel d'offres. Le ministre de la Défense, Peter MacKay, soutient qu'aucun autre appareil ne peut combler les besoins du pays. Le F-35 est «le seul avion de cinquième génération», dit-il.

Pourtant, il y a quelques jours, le ministère de la Défense a préparé un résumé des besoins du Canada et des critères de sélection qui ont guidé le choix du nouvel avion de chasse: rayon d'action, taille de la flotte, vitesse, ravitaillement en vol, armements, interopérabilité, surveillance, reconnaissance, capteurs et fusion de données, etc. Le document, dont Le Devoir a obtenu copie, s'intitule «Capacités de haut niveau obligatoires de la prochaine génération des avions de chasse du Canada». Il a été remis aux députés du Comité de la défense.

Or, il s'avère que ces exigences ne sont pas particulières au F-35 de Lockheed Martin, de sorte que d'autres entreprises pourraient offrir leur produit. Les constructeurs militaires intéressés par le contrat canadien — Boeing (Super Hornet), Eurofighter (Typhoon), SAAB (Gripen) et Dassault (Rafale) — ont été estomaqués en prenant connaissance du document dans les derniers jours. «On peut très bien remplir ces critères. On se demande pourquoi il n'y a pas eu d'appel d'offres», souligne un haut dirigeant de l'une de ces entreprises, qui a préféré garder l'anonymat jusqu'à son passage au Comité de la défense. Tous les concurrents de Lockheed Martin seront entendus d'ici la fin du mois de décembre.

Manque d'information

Les Forces canadiennes, et la Force aérienne en particulier, très favorable au F-35 depuis des années, ont-elles obtenu toutes les informations nécessaires avant de décider qu'un appel d'offres était inutile? Les entreprises qui souhaitaient remporter le contrat des chasseurs canadiens se plaignent de ne pas avoir eu la possibilité d'expliquer en détail leurs produits à l'équipe chargée de planifier cet achat majeur au ministère de la Défense.

Selon nos informations, en 2008 et 2009, lorsque le Bureau de la capacité de la nouvelle génération de chasseurs (le nom officiel de l'équipe) a contacté plusieurs entreprises pour tâter le pouls du marché, il n'a fait qu'un survol des appareils disponibles, sans aller en profondeur. Par exemple, il n'a pas demandé aux États-Unis, à la France ou à la Grande-Bretagne d'obtenir les informations classifiées «Secret» sur les appareils. C'est aux États de décider quel gouvernement peut avoir accès aux données secrètes des constructeurs, comme les radars, la furtivité ou la sécurité des données...

Les compagnies s'attendaient à devoir révéler ces informations pour que les fonctionnaires canadiens puissent véritablement juger des possibilités avant de lancer l'appel d'offres promis à l'époque.

«Sans ces informations, il est impossible de savoir ce qu'un avion peut offrir, car ça fait une grosse différence. Lorsque le Canada nous a contactés, on leur a fourni les données de base de nos appareils, en se disant qu'ils allaient demander les informations secrètes quand la démarche deviendrait sérieuse. La demande n'est jamais venue», explique un cadre d'une compagnie militaire, concurrente de Lockheed Martin.

Le choix était-il déjà fait? Le 19 septembre 2006, le sous-ministre adjoint responsable des acquisitions au ministère de la Défense, Dan Ross, écrivait dans une note secrète envoyée au ministre de l'époque, Gordon O'Connor, que les résultats d'une analyse favorisaient le F-35 Joint Strike Fighter. «Les résultats de cette étude indiquent que la famille JSF possède les meilleures capacités opérationnelles pour remplir les besoins du Canada, tout en ayant la plus longue durée de vie et les coûts par avion les plus bas», peut-on lire.

Pourtant, en septembre 2006, les fonctionnaires de la Défense n'avaient toujours pas demandé d'informations aux concurrents de Lockheed Martin pour comparer les appareils sur le marché...
3 commentaires
  • Sylvain Auclair - Abonné 4 novembre 2010 08 h 15

    Faire affaire avec des socialistes?

    Vous croyez vraiment que Harper aurait voulu faire affaire avec la France ou la Suède?

  • Geoffroi - Inscrit 4 novembre 2010 10 h 42

    Un beau cadeau

    La ville de Saguenay dépense acuellement 20 $ millions à la base militaire de Bagotville...et ça servira, entre autres, aux F-35 et aux C-17 de l'aviation militaire canadienne. Un beau cadeau du maire Jean Tremblay au Canada.

    Source : Le Quotidien du 4 novembre 2010

  • François Dugal - Inscrit 4 novembre 2010 15 h 52

    Magasinage

    Pas d'appel d'offres? voici un petit tour de ce qu'a à offrir la concurrence.
    1-Dassault Rafale: mis en service, 2001; prix 140 millions $USD. Entièrement fait en France.
    2-Boeing F-18 E/F Super Hornet: mis en service, 1999; prix 60 millions $USD. Version obèse du F-18; il vole mal et les pilotes ne l'aime pas.
    3-Saab JAS 39 Gripen: mis en service 1996, avionique de 4me génération. Cet avion est techniquement dépassé.
    4-Eurofighter Typhoon II: mis en service 2004, prix ????. Cet avion a la réputation de passer sa vie dans un hangar ou les mécanos essaient en vain de le réparer.
    5-Sukhoi 30 MKI: mis en service 2002; prix 36.5 millions $USD. Fabriqué en Inde par HAL, c'est le meilleur rapport qualité-prix; un avion russe fait par les indiens. La solidarité entre les pays du Commonwealth jouera-t-elle? Bombardier ne pourrait-il pas le fabriquer sous licence?