Omar Khadr offre ses excuses à la veuve de sa victime

Omar Khadr a pris la parole à son procès, hier, afin de s'excuser directement à la veuve du soldat américain qu'il a tué, il y a huit ans.

Se présentant à la barre pour livrer un témoignage sans serment, Khadr a aussi indiqué que son plus grand rêve était de sortir de prison et de devenir médecin afin de soulager la douleur d'autrui. «Je suis vraiment, vraiment désolé pour la douleur que je vous ai causée, à vous et à votre famille», a affirmé Omar Khadr à Tabitha Speer, qui l'avait regardé dans les yeux et l'avait traité d'assassin quelques heures auparavant. «J'aimerais pouvoir faire quelque chose pour vous soulager de cette souffrance», a-t-il ajouté.

Khadr, âgé de 24 ans, s'est aussi adressé à son avocat désigné par le Pentagone, le colonel Jon Jackson, pour lui dire qu'il avait plaidé coupable pour «prendre la responsabilité des actes [qu'il] avait commis».

Il a souligné qu'il avait été blessé dans l'échange de coups de feu qui avait mené à la mort de Christopher Speer. Omar Khadr a notamment perdu la vue de son oeil gauche et son oeil droit a été blessé. Il a reçu deux balles dans le dos.

«Qu'aimerais-tu faire quand tu seras grand?» lui a demandé un de ses avocats. Khadr a répondu qu'il voulait devenir médecin, puisqu'il avait déjà souffert de douleurs physiques et émotionnelles. «Je sais ce qu'est la douleur», a-t-il affirmé, s'exprimant en anglais d'une voix faible mais claire.

Plus tôt, hier après-midi, la veuve du soldat américain tué par la grenade que Khadr reconnaît maintenant avoir lancée, avait regardé droit dans les yeux le meurtrier avoué de son mari et l'avait traité de tueur.

Témoignant en larmes à l'audience pour déterminer la peine de Khadr pour crimes de guerre, Tabitha Speer a dit au jeune Canadien qu'il avait privé ses deux enfants d'un père.

Le sergent Christopher Speer, un membre des forces spéciales, est mort 12 jours après avoir été atteint à la tête par des éclats de grenade lors d'une opération lancée contre une enceinte où se trouvait Omar Khadr en juillet 2002. Celui-ci a avoué lundi avoir lancé la grenade mortelle, et a plaidé coupable au meurtre du soldat, en violation avec le droit humanitaire international.

Cannon muet


À Ottawa, le ministre des Affaires étrangères, Lawrence Cannon, a refusé de parler de l'entente qui verrait Khadr revenir au Canada après un an de prison purgé aux États-Unis. «Nous ne sommes pas impliqués dans l'entente de réponse à l'accusation entre M. Khadr et ses avocats et le gouvernement des États-Unis. C'est une question interne qui est réglée au sein du système judiciaire des États-Unis. Le gouvernement du Canada n'intervient pas dans cette question», a soutenu le ministre.

Une affirmation difficile à croire pour les partis d'opposition. D'autant plus que le ministre Cannon s'est entretenu au téléphone avec la secrétaire d'État des États-Unis, Hillary Clinton, sur le cas d'Omar Khadr, vendredi dernier.

«J'imagine que les fonctionnaires des deux pays ont discuté de la situation. C'est difficile de comprendre comment le gouvernement du Canada n'était pas impliqué dans une discussion ou plusieurs concernant le sort de M. Khadr», a réagi le chef néodémocrate, Jack Layton.

«Ça me semble un peu bizarre qu'il n'y ait eu aucune discussion en ce qui concerne cette question», a renchéri le député libéral Bob Rae.

Les détails de l'acte de reconnaissance de culpabilité ne seront dévoilés que lorsque le jury du procès se sera prononcé sur la peine d'Omar Khadr.
6 commentaires
  • Rironie - Inscrit 29 octobre 2010 11 h 53

    La condition humaine devant le tribunal

    Imaginez. Il y a la guerre, on a repéré votre refuge et on vous lance des bombes. Alors que vos assaillants s'approchent de votre refuge maintenant évantré, vous êtes conscient que votre dernière heure est fort probablement arrivée, sinon, avec un peu de chance, que vous serez capturé vivant et emprisonné pour quelques décenies. Vous avez une grenade dans la main. Que faites-vous? Si vous ne faites pas la même chose qu'Omar Khadr, c'est que vous n'êtes pas humain.

    Alors pourquoi ce procès kafkaien?

  • Duchêne Denys Mehdi - Inscrit 29 octobre 2010 13 h 14

    Des excuses non nécessaires.

    Le jeune Khadr avait reçu deux balles dans le dos au moment des faits. Peut-être bien que c'est ce soldat qui les lui a tiré....Il aurait pu se garder une petite gêne. En légitime défense, tu n,a pas à t'excuser dans des situations semblables.

  • Rodrigue Tremblay - Inscrit 29 octobre 2010 14 h 09

    @duchesne

    Le soldat tué était un médic (les médics soignent, ils ne tuent pas)

    Avec cette confession, l'affaire est clause. Khadr a bel et bien tué un Américain. Plus aucun doute.

  • Jacques Gagnon - Abonné 29 octobre 2010 15 h 09

    Une fabrication née d'une fabulation

    On a fabriqué un terroriste pour justifier les fabulations des américains.

    Omar Khadr est un pauvre enfant qu'on a utilisé pour combattre l'envahisseur. Pendant un raid, où règne le chaos le plus total et où les soldats de l'occident souvent se tuent entre eux par erreur (tirs amis disent-ils), il aurait tué un soldat américain. La veuve éplorée vient le traiter de tueur. Il a tué un soldat madame, pas un civil. Un soldat, c'est dangereux que ça se fasse tuer, le saviez-vous ? Depuis quand les soldats qui défendent leur pays sont-ils des assassins ?

    On le torture, on le garde emprisonné pendant 8 ans sans lui dire pourquoi et finalement, il a une ouverture qui lui permet d'envisager sortir un jour de prison. Peu importe ce qu'il a réellement fait, une peine de 8 ou 10 ans c'est un bon deal.

    Alors, il ne va pas se présenter pour les représentations sur sentence avec une attitude qui viendrait envenimer son dossier, lui attirer encore moins de sympathie et lui ajouter quelques années de peine. Alors quand Omar Khadr dit qu'il a tué et qu'il regrette, ce n'est pas suffisant pour croire que c'est vrai parce que c'est la seule chose intelligente qu'il pouvait faire.

    Une bien triste illustration du monde kafkaïen dans lequel on vit.

  • Roland Berger - Inscrit 29 octobre 2010 16 h 44

    À Rodrigue Tremblay

    Cette joie débordante trahit votre position idéologique : les plus forts ont toujours raison.
    Roland Berger