Les conservateurs s'attaquent à l'immigration illégale

Les ministres Vic Toews (à droite), Jason Kenney (à gauche) et Stockwell Day ont dévoilé hier en Colombie-Britannique les détails du nouveau projet de loi. Derrière, le bateau à bord duquel sont arrivés 76 demandeurs d’asile tamouls en octobre 2009.<br />
Photo: Agence Reuters Richard Lam Les ministres Vic Toews (à droite), Jason Kenney (à gauche) et Stockwell Day ont dévoilé hier en Colombie-Britannique les détails du nouveau projet de loi. Derrière, le bateau à bord duquel sont arrivés 76 demandeurs d’asile tamouls en octobre 2009.

Ottawa — Les conservateurs ont présenté hier un projet de loi octroyant au ministre de la Sécurité publique l'autorité pour déterminer si l'arrivée d'un immigrant au pays est considérée comme «irrégulière» et sujette à un traitement plus sévère.

Les critiques ont immédiatement fusé au sein des partis d'opposition et des groupes de défense des réfugiés, rendant l'adoption du projet de loi peu probable si des changements majeurs n'y sont pas apportés.

Les opposants estiment que les mesures du projet de loi ne réduiraient en rien le trafic d'êtres humains et risqueraient de criminaliser des gens qui trouvent refuge au Canada.

Le projet de loi, complexe, durcit les peines en matière d'immigration illégale, et s'appliquera désormais à toute personne impliquée de près ou de loin au trafic d'êtres humains.

La nouvelle mesure législative imposerait également une période de probation de cinq ans pour les demandeurs d'asile, les empêchant de quitter le Canada ou de poser leur candidature pour parrainer la venue de leur famille au pays. Il permettrait aussi de détenir les demandeurs d'asile pour une période allant jusqu'à un an.

«Des mesures qui prolongent la détention des réfugiés, empêchent la réunification familiale et limitent leur liberté de mouvement sont susceptibles de violer la Charte canadienne et les obligations internationales en matière de droits de la personne, a déclaré la présidente du Conseil canadien pour les réfugiés, Wanda Yamamoto. Les gens qui doivent fuir pour sauver leur vie ont besoin d'un asile et d'un accueil chaleureux, et non d'être punis.»

Plus sévère

Les ministres fédéraux de l'Immigration et de la Sécurité publique, Jason Kenney et Vic Toews, ont annoncé officiellement à Vancouver les détails du projet de loi. M. Toews a reconnu la sévérité du projet de loi, mais il soutient qu'il est «juste».

Le projet de loi, présenté hier, a été réécrit au sein du gouvernement fédéral. Le premier ministre Stephen Harper n'était pas satisfait d'une série de propositions préliminaires, obtenues le mois dernier par la Presse canadienne, qui auraient permis la désignation des «arrivées massives» et aurait prolongé la période d'emprisonnement à 60 jours.

M. Harper a donc demandé aux fonctionnaires de revoir les mesures afin qu'elles soient plus sévères — ils ont donc ajouté à leur liste la détention d'un an et la période de probation pour les requérants d'asile.

«Graves inquiétudes»


Le porte-parole libéral en matière d'immigration, Justin Trudeau, a déclaré que son parti avait de «graves inquiétudes» par rapport à ce projet de loi. «Je comprends le principe de vouloir aller s'attaquer aux trafiqueurs humains, mais je pense qu'ils ont manqué de raffinement, de subtilité et de respect envers la Charte des droits et libertés», a indiqué M. Trudeau en ciblant la création de deux différentes catégories de réfugiés.

«On est en train de différencier des gens non par les dangers qu'ils sont en train de vivre chez eux, mais par leur moyen d'accéder au Canada. Ça, ça va dans une mauvaise direction», a-t-il dit.

Au NPD, la critique en matière d'immigration, Olivia Chow, a dénoncé que les «conservateurs ciblent les demandeurs du statut de réfugié plutôt que les criminels qui font du trafic d'êtres humains». Elle estime que le projet de loi donne des «pouvoirs énormes» au ministre.

Le Bloc québécois veut pour sa part étudier le projet avant de le commenter en profondeur. Mais le leader parlementaire Pierre Paquette a mentionné hier qu'il faudra «qu'il y ait un équilibre entre sécurité et respect des droits des réfugiés. On n'appuiera certainement pas une idée qui viserait qu'il y ait deux classes de réfugiés».

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D'après La Presse canadienne
1 commentaire
  • Paul Lafrance - Inscrit 22 octobre 2010 07 h 43

    Il est temps

    Il est temps que le gouvernement mette ses culottes et qu'il laisse entrer n'importe qui et pour n'importe quelle raison tous ceux qui sont des parias dans leur pays et ce, au nom des droits de la personne. Ce n'est pas à nous de régler les problèmes de tous les pays du monde. Notre pays est devenu une passoire pour tous ceux qui sont refusés ailleurs.