F-35: la note risque d'être trop salée

Alan Williams estime, contrairement au gouvernement Harper, que le F-35 n’est pas «le meilleur avion au meilleur prix».<br />
Photo: Agence Reuters Andy Wolfe Alan Williams estime, contrairement au gouvernement Harper, que le F-35 n’est pas «le meilleur avion au meilleur prix».

Le gouvernement fédéral fait une «grave erreur» en achetant 65 avions de combat F-35 sans appel d'offres, estime Alan Williams, qui a été sous-ministre responsable des acquisitions au ministère de la Défense entre 1999 et 2005. Selon lui, Ottawa prend le risque de payer 20 % trop cher et de ne pas obtenir le meilleur avion pour remplir les besoins du Canada.

Alan Williams a été associé de près au dossier du F-35 avant de prendre sa retraite, en 2005. Son passage hier devant le Comité parlementaire de la défense était très attendu. Et il n'a pas mâché ses mots, prenant soin de démolir les arguments du gouvernement, qui avance depuis des semaines que le F-35 est «le meilleur avion au meilleur prix».

«Aucune des raisons invoquées par les ministres pour accorder ce contrat à Lockheed Martin ne passe un examen minutieux», a dit M. Williams. Il a ajouté: «La seule façon de connaître avec certitude quel avion satisfait aux exigences du Canada et à quel coût, c'est de publier un énoncé des exigences, de lancer un appel d'offres et de conduire une évaluation rigoureuse des réponses des soumissionnaires.»

L'expert en acquisition militaire estime que l'absence d'un appel d'offres peut faire gonfler les coûts de 20 %. «Les fonds que nous gaspillons parce nous payons trop cher proviennent du budget de la Défense et on pourrait réaffecter cet argent à d'autres investissements militaires. Dans ce seul cas, jusqu'à 3,2 milliards de dollars sont gaspillés si on se base sur un prix d'achat de 16 milliards de dollars», a-t-il lancé.

Le gouvernement a annoncé que la facture d'acquisition des avions se chiffre à 9 milliards de dollars. Le coût de l'entretien pendant 20 ans est estimé à 7 milliards de dollars, mais le contrat d'entretien avec Lockheed Martin n'a toujours pas été négocié, ce que déplore Alan Williams.

«Il est franchement scandaleux que nous achetions un avion sans connaître le coût global de son cycle de vie, a-t-il écrit dans un texte distribué à tous les membres du comité. [...] C'est comme si on allait chez un concessionnaire d'automobiles pour louer une voiture et que le vendeur affirmait qu'il y a un acompte de 1000 $ et une charge mensuelle qu'il n'est pas en mesure de révéler. Est-ce qu'on louerait une voiture sans cette information? Non. Pourtant, c'est exactement ce que nous sommes en train de faire avec l'argent des contribuables.»

Selon lui, la multiplication des contrats militaires accordés sans appel d'offres depuis 2006 peut causer de sérieux problèmes. «Passer des contrats sans concurrence rend le processus d'approvisionnement plus vulnérable à la fraude, à la corruption et à des ententes en coulisse», a-t-il lancé.

De passage à Winnipeg hier, le premier ministre Stephen Harper a soutenu qu'Alan Williams a changé de position depuis qu'il a quitté le gouvernement. «Ce n'est pas ce qu'il disait à l'époque», a-t-il dit, ajoutant que les partis d'opposition font de la «petite politique» en critiquant le choix de l'appareil et son processus d'acquisition. Le commentaire du premier ministre n'est rien de moins qu'un «mensonge», a répliqué M. Williams.
2 commentaires
  • François Dugal - Inscrit 8 octobre 2010 08 h 49

    Les conséquences

    À la fin des années 50, le Canada a produit le meilleur avion de supériorité aérienne au monde, le Avro CF-105 Arrow. Les conservateurs l'ont «scrappé» et depuis ce temps, le Canada achète américain.
    Vivons avec les conséquences des nos gestes.

  • Alain Deloin - Inscrit 8 octobre 2010 09 h 26

    Ce n'est pas une erreur.

    "pour remplir les besoins du Canada".

    Geez, quelle horreur! Encore une manifestation du malin. L’Anglois guerroie dans le bocage, la baïonnette entre les dents...Ah ils sont partout !
    "Satisfaire" c’est mieux, mais au niveau du style "besoins" c’est pas génial.

    Pour revenir au sujet, le Canada est un acteur du projet depuis le début. Il doit y’avoir un engagement quelque part.
    Et puis un condensé de technologie à la pointe de la pointe à ce prix-là, c'est cadeau. Il n'y a rien de comparable sur le marché. D’ailleurs Israël achète, c’est plutôt bon signe.