Michael Ignatieff promet d’aider les aidants naturels

Pour le moment, le congé de compassion est peu utilisé.
Photo: - Le Devoir Pour le moment, le congé de compassion est peu utilisé.

Ottawa — Les prisons ou les aidants naturels. C’est ainsi que le Parti libéral du Canada présentera le choix s’offrant aux citoyens lors du prochain scrutin. Michael Ignatieff dévoile ce matin un important pan de son programme électoral, une aide annuelle d’un milliard de dollars pour appuyer les personnes s’occupant d’un aîné en perte d’autonomie ou d’un proche en fin de vie.

Le programme comporte deux volets. Le premier s’adresse aux personnes voulant s’absenter du travail pour accompagner dans la mort un proche en phase terminale. Le PLC promet de porter à six mois le congé de compassion financé à même la caisse d’assurance-emploi.

Un tel congé de compassion existe déjà depuis 2004, mais sa durée n’est que de six semaines. En outre, pour y avoir droit, le proche du malade doit obtenir une attestation médicale qu’il n’a plus que six mois à vivre. Une telle attestation constitue pour bien des malades une abdication à laquelle peu se résolvent. À preuve, dit le Parti libéral, le congé n’a jusqu’à présent été utilisé que par environ 5000 personnes chaque année. Un seul congé par mourant est autorisé.

Le nouveau congé de six mois pourrait être utilisé sous forme intermittente au cours d’une année. Le Parti libéral convoquera aussi des représentants du milieu médical pour trouver une nouvelle formule d’attestation afin que le médecin n’ait plus besoin de confirmer aux fonctionnaires l’espérance de vie du mourant.

Les modalités de qualification de l’aidant resteront les mêmes, soit d’avoir travaillé au moins 600 heures. Les six mois pourront encore être partagés entre plusieurs proches voulant s’occuper d’un même malade. Par exemple, chacun des trois fils d’un homme pourrait prendre deux mois de congé pour s’en occuper.

Soutien aux soins à domicile

L’autre volet du programme libéral consiste en un soutien financier aux personnes prodiguant des soins à domicile à un proche. Un crédit d’impôt remboursable d’un maximum de 1350 $ par année sera versé à quiconque offre de tels soins à la maison ou au domicile du proche. Le crédit sera versé, même si la personne ne paye pas d’impôt ou ne travaille pas. Sa valeur diminuera à mesure que le revenu familial augmente et sera nul pour tout revenu familial de 106 000 $ ou plus.

«Pour nous, il s’agit de renforcer les familles», explique une source libérale proche de l’élaboration du programme. «Notre priorité n’est pas de bâtir des prisons ou de réduire les impôts des entreprises, c’est d’aider la classe moyenne à se donner des choix.»

Le Parti libéral calcule que ces deux promesses coûteront un milliard de dollars par année, soit 750 millions de dollars pour le crédit d’impôt remboursable versé à 600 000 personnes et 250 millions $ pour le congé de compassion. Dans ce dernier cas, le PLC juge ses calculs très conservateurs dans la mesure où il a pris pour acquis que 30 000 personnes s’en prévaudront, soit six fois plus qu’à l’heure actuelle. Bien que l’argent sera pris à même la caisse d’assurance-emploi, le PLC n’augmentera pas les cotisations au régime pour le financer. Il y versera plutôt des sommes prises à même les revenus généraux du gouvernement.

Le milliard nécessaire proviendra ainsi de l’annulation de la baisse d’impôt prévue pour les entreprises le 1er janvier prochain. Le gouvernement conservateur a en effet prévu de faire passer ce taux de 18 % à 16,5 %, ce qui se traduira par une perte de revenu de 1,7 milliard de dollars chaque année. Le taux d’imposition corporatif est maintenant 25 % inférieur à celui des États-Unis, calcule le Parti libéral.

Le Parti libéral est d’autant plus satisfait de son programme qu’il lui permet à la fois de parler de questions sociales -l’aide aux aidants naturels- sans empiéter sur les champs de compétence des provinces. «L’assurance-emploi et les crédits d’impôt sont entièrement de notre compétence», assure un des concepteurs du programme. «Ensuite, chaque province offre les services d’aides de leur choix. L’offre de service varie d’une province à l’autre.»

À voir en vidéo