Retour au recensement obligatoire - Harper fait fi de la motion adoptée

Stephen Harper a dit hier préférer traiter les Canadiens «comme des adultes».
Photo: Agence Reuters Blair Gable Stephen Harper a dit hier préférer traiter les Canadiens «comme des adultes».

Ottawa — La Chambre des communes a sans surprise adopté hier soir la motion libérale demandant le retour au caractère obligatoire du recensement. Le gouvernement est resté campé sur ses positions, disant préférer traiter les Canadiens «comme des adultes», et ce, malgré une lettre commune du Québec et de l'Ontario lui expliquant les effets néfastes de cette décision sur leurs programmes en éducation et en formation de la main-d'œuvre.

La motion libérale a été adoptée à 152 voix contre 141. Tous les députés de l'opposition présents ont voté pour, tandis que tous les conservateurs, en plus des indépendants Helena Guergis et André Arthur, ont voté contre. La motion enjoint aussi au gouvernement d'éliminer la clause permettant d'emprisonner toute personne refusant de remplir le questionnaire, clause qui n'a jamais été utilisée.

Le chef libéral, Michael Ignatieff, avait plus tôt invité Stephen Harper à faire marche arrière. «Le premier ministre confond entêtement et leadership», avait-il dit. Le premier ministre Stephen Harper a plutôt persisté et signé, répliquant que la coercition n'était pas la meilleure façon de soutirer des informations des citoyens. «Nous avons une façon de faire différente, une façon de faire qui traite la population comme des adultes au XXIe siècle», a-t-il déclaré à la Chambre des communes.

Québec et Toronto interpellent Ottawa

Pendant ce temps, les deux provinces les plus populeuses du pays, le Québec et l'Ontario, ont écrit au gouvernement fédéral pour lui signifier qu'il faisait fausse route dans ce dossier parce que les données recueillies de manière volontaire ne seront plus aussi fiables.

«Les données fiables recueillies au moyen des questionnaires longs sont cruciales pour développer et maintenir des programmes d'éducation et de formation postsecondaires efficaces», écrivent les ministres québécoises de l'Éducation, Line Beauchamp, et de l'Emploi, Julie Boulet, ainsi que le ministre ontarien de la Formation, John Milloy. «C'est grâce aux données provenant des questionnaires longs que nous pouvons interpréter les liens entre l'éducation postsecondaire et le marché du travail, prendre des décisions en matière de financement et suivre les résultats de nos investissements.»

Les trois ministres terminent leur missive en écrivant que «la décision du gouvernement fédéral d'éliminer le questionnaire long de recensement est une erreur et aura un impact défavorable sur la prestation des services à la population de nos provinces. Nous vous demandons donc de revenir sur cette décision aussitôt que possible».

Le ministre fédéral de l'Industrie, Tony Clement, estime qu'il «n'y a rien de nouveau» dans cette sortie provinciale. Il a promis de déposer sous peu son propre projet de loi éliminant les peines de prison et les amendes pour les réfractaires au recensement.

Depuis lundi, M. Clement qualifie la position de son gouvernement de «compromis» et «d'équilibre» et celle de l'opposition, d'extrême. C'est exactement la même rhétorique qui avait été utilisée dans le débat sur le registre des armes à feu et celle qui émerge à propos du programme d'assurance-emploi. Cela procède d'une volonté de repositionner, du moins dans le discours, le Parti conservateur au centre de l'échiquier politique et de pousser les adversaires dans les marges.

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