Dévoilement du nombre de détenus afghans par Ottawa - Scepticisme au Bloc et au NPD

Ottawa — La décision du gouvernement et des Forces canadiennes (FC) de dévoiler in extremis des chiffres sur le nombre de détenus afghans a été accueillie avec scepticisme par les partis d'opposition hier. Néodémocrates et bloquistes ne s'expliquent pas pourquoi ces données ont été gardées secrètes si longtemps.

Depuis leur arrivée au pouvoir, les conservateurs n'avaient jamais dévoilé de statistiques permettant de détailler l'ampleur des arrestations faites par les FC en Afghanistan, non plus que le nombre de détenus transférés aux forces locales. Le gouvernement a toujours évoqué des impératifs de sécurité opérationnelle pour justifier ce refus d'ouvrir les livres.

Or, les forces armées ont décidé mercredi soir de dévoiler publiquement ces informations jusqu'ici délicates. On a expliqué qu'un «examen des activités liées à la mission en Afghanistan» a permis de conclure que «les statistiques sur le nombre d'individus détenus entre 2001 et 2008 par les FC en Afghanistan ne représentent plus une menace immédiate pour les opérations».

Au total, le Canada a donc capturé 439 Afghans durant cette période. De ce nombre, 283 ont été transférés aux autorités locales — dont 232 entre 2005 et 2007. Le protocole de transfert qui était en vigueur entre décembre 2005 et mai 2007 ne permettait pas au Canada de garantir que les prisonniers capturés par les FC et transférés aux Afghans ne seraient pas torturés.

Pour le critique du NPD en matière de défense, Jack Harris, la divulgation des chiffres «justifie encore plus les besoins d'ouvrir une enquête publique pour savoir si le Canada a respecté ses obligations internationales». Selon M. Harris, le moment choisi pour dévoiler l'information — soit quelques minutes avant le vote sur le registre des armes à feu — montre le «double discours» du gouvernement. «Ils veulent pouvoir dire qu'ils ont donné l'information, mais ils ne veulent pas qu'elle reçoive l'attention qu'elle mérite», a-t-il dénoncé.

Le critique du Bloc québécois, Claude Bachand, juge également que «la stratégie d'entourer de mystère et de cacher les choses le plus longtemps possible est toujours présente dans ce dossier». M. Bachand ne croit pas les chiffres sur le nombre de détenus ont déjà représenté un danger pour les FC. Le gouvernement voulait plutôt cacher l'ampleur du problème de suivi des détenus et des allégations de torture, croit M. Bachand.

Le ton est toutefois plus nuancé chez les libéraux. Bob Rae s'est simplement dit «heureux de voir que le gouvernement a finalement décidé de dévoiler l'information.» Il a indiqué qu'il acceptait les explications du gouvernement voulant qu'on croyait que le fait de rendre publiques ces données poserait un risque pour la sécurité des opérations — discours qu'a d'ailleurs repris en Chambre le ministre de la Défense nationale, Peter MacKay.

Globalement, personne n'a voulu jeter de l'huile sur le feu hier — la trêve décrétée en juin pour permettre à un comité d'étudier l'ensemble des documents reliés à ce dossier tient toujours.